Quand sept candidats draguent le vote agricole face à la FNSEA

Invités par la FNSEA, sept candidats se sont succédés jeudi 29 mars à la tribune du Corum, à Montpellier, pour tenter de séduire l'électorat du monde agricole. Avec plus ou moins de succès.

François Hollande pendant le 66e Congrès de la FNSEA à Montpellier
François Hollande pendant le 66e Congrès de la FNSEA à Montpellier (AFP PHOTO PASCAL GUYOT)

Invités par la FNSEA, sept candidats se sont succédés jeudi 29 mars à la tribune du Corum, à Montpellier, pour tenter de séduire l'électorat du monde agricole. Avec plus ou moins de succès.

La FNSEA peut se féliciter. L'organisation syndicale agricole a réussi son coup de force, jeudi 29 mars à Montpellier : faire de son congrès annuel un salon de l'Agriculture bis en terme d'influence dans la campagne électorale.

François Bayrou (Modem), Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), François Hollande (PS), Marine Le Pen (FN), Nicolas Sarkozy (UMP) et Eva Joly (EELV) ont ainsi répondu à l'invitation pour passer chacun leur tour "un grand oral" de 15 minutes devant 22 organisations syndicales agricoles.

Seuls manquaient à l'appel Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Arthaud (LO)qui, a priori, avaient pourtant été conviés. "Je n'étais pas au courant et ce n'est peut-être pas notre place d'y être", nous confiait Philippe Poutou qui voyait "un symbole" dans ces absences.

Avant l'entrée sur scène des protagonistes, un clip vidéo venait rappeler l'influence du lobby agricole : "Nous sommes le 2e employeur de France, il est temps qu'on parle de nous". Ce que les invités ont fait autour de cinq thèmes imposés : "défi alimentaire", "développement durable", "économie et territoires", "innovation et recherche", "emploi et formation".

  • Bayrou en terrain (agricole) conquis

Premier à s'exprimer, François Bayrou a joué la carte de l'exploitant agricole qu'il est, rappelant, une pointe de pathos dans sa rhétorique, avoir repris, à 20 ans, l'exploitation familiale à la mort de son père.
"Etre agriculteur, ce n'est pas seulement dans la tête et les bras, c'est aussi dans les tripes", a déclamé le candidat centriste, insistant ensuite sur le "produire en France". Son label.

Aussi a-t-il plaidé pour "une défense active du patrimoine écologique", pour "une défense du budget de la PAC", pour un nécessaire "besoin de régulation des marchés" et de "lutte contre la spéculation", ainsi que pour "une remise à plat de la fiscalité spécifique du monde agricole".

  • Cheminade et la "dictature du court terme"

Moins attendu, Jacques Cheminade a reçu un accueil plus mitigé, alternant réactions hostiles et applaudissements. AU cours d'un exposé presque universitaire de son programme, le candidat a énuméré ses propositions pour le monde agricole autour d'une idée force : "échapper à la dictature du court terme".

Aussi souhaite-t-il remettre "la recherche au cœur du monde agricole", "arrêter la spéculation financières" et "la mises en concurrence des marchés agricoles". Il souhaite un soutien à l'agriculture raisonnée et aux filières courtes afin "d'éviter le poids de la grande distribution".

La plus appréciée de ses propositions : l'idée d'un étiquetage des prix payés aux producteurs afin de rendre transparentes les marges de la grande distribution.

  • Dupont-Aignan et la carte gaulliste

D'emblée, Nicolas Dupont-Aignan a voulu amadouer son auditoire. "On aime tous les agriculteurs", a-t-il lancé avant d'attaquer de front l'Europe, responsable de tous les maux agricoles.

Aussi veut-il proposer "une autre voie", se référant à la politique "de la chaise vide" du Général de Gaulle. "On assiste à un détricotage de la PAC depuis vingt ans", persifle-t-il en critiquant les traités de Nice ou de Barcelone.

Tout en taclant l'exception culturelle française et en souhaitant "une exception agricole française", le souverainiste a voulu démontrer l'idée d'une Europe "qui va dans le mur". Son cheval de bataille. Et de dénoncer "la libre-concurrence dans l'Union européenne". Plutôt bien accueilli, il a conclu sa diatribe anti-européenne en citant Einstein : "Ne comptez pas sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre".

  • Hollande, défenseur de la PAC

Solennel et grave, François Hollande a répondu point par point aux thèmes imposés, les rattachant à chaque fois aux mesures de son programme : aides aux PME, contrat de génération valable dans l'agriculture, banque publique d'investissement, fiscalité incitative et diversification des ressources d'énergie.

S'il "mesure ce que ce secteur apporte à l'économie française", le candidat socialiste a estimé que le premier devoir du prochain président sera "de sécuriser nos engagements et maintenir le part de la PAC dans le budget européen".

Quant au développement durable, François Hollande estime que "progrès et environnement ne s'opposent pas" et que les problématiques agricoles sont celles de la compétitivité, maître-mot de son discours. Une compétitivité agricole mise à mal, selon lui, par le manque d'harmonisation européenne des règles sociales. Il s'engage ainsi "à une réforme du système de financement de la protection sociale".

Et de conclure, dans un clin d'œil à Nicolas Sarkozy : "Je crois aux corps intermédiaires".

  • Le Pen, entre séduction et provocation

Si le discours de Marine Le Pen trouve de plus en plus d'écho dans le monde rural, la candidate, talons haut et tailleur chic, a proposé l'intervention la plus offensive.

Offensive à l'égard de l'Europe et des institutions internationales d'abord. Elle a ainsi attaqué tour-à-tour "le libre-échange et l'OMC", "la verdisation de la nouvelle PAC", la politique agricole de Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire.

Se voulant "protectrice", idée centrale de son discours, Marine Le Pen a déclaré vouloir "défendre les maraichers français, pas marocains". "Je ne vois qu'une solution, dit-elle. Le protectionnisme. Je veux protéger la tradition, les terroirs et le savoir-faire".

Et la candidate frontiste de conclure, provocatrice et huée, sur une attaque en règle de Xavier Beulin, président de la FNSEA, sur ses positions pro-OGM et lobbyistes.

  • Sarkozy défend son bilan

Le président-candidat, premier dans les intentions de vote du monde rural, est venu "féliciter la balance positive du commerce extérieur de l'agriculture française" et saluer "un secteur de pointe indispensable à notre économie".

Acclamé par l'assemblée, Nicolas Sarkozy s'est autocongratulé d'avoir réformé, en janvier et pour octobre, "le gigantesque problème de coût du travail en France" en faisant la Tva dite sociale. Rappelant au passage qu'il avait "pris un risque soutenu par la direction de la FNSEA".

Le candidat de l'UMP a également cherché à se démarquer de Marine Le Pen, en se présentant comme un président protecteur. S'il a réitéré ses menaces envers Schengen, il a pourtant défendu l'Europe. "Sans Europe, il n'y a pas de PAC, et donc plus d'agriculture", a-t-il dit.

Après avoir, une nouvelle fois, "rendu hommage à la FNSEA", le candidat s'est engagé à appliquer la règle du "un sur deux" à propos des normes.

Et de conclure, en réponse à François Hollande et la CGT dans le viseur : "Certains corps intermédiaires n'ont que l'idée de bloquer en tête. D'autres assument leurs responsabilités. Ne faites pas de politique vous aussi."

  • Eva Joly, l'intruse

Dernière à passer son grand oral agricole, Eva Joly est celle qui prenait le plus de risque à se présenter devant la FNSEA à Montpellier.

Aussi, les amabilités se sont d'abord multipliées de part et d'autre. "Je tiens à remercier Eva Joly davoir accepté l'invitation", a déclaré Xavier Beulin. "Merci de m'avoir invitée", lui a répondu la candidate avant de se lancer dans une opération rabibochage entre l'écologie et le secteur agricole.

Franche, Eva Joly a profité de la tribune qui lui était offerte pour faire le point, sans faux-semblant, sur les divergences entre ces deux milieux. "J'en ai assez des caricatures", a-t-elle commencé avant de développer "ce qui nous sépare et ce qui nous réunit". Un exercice de style difficile. Surtout lorsqu'elle a évoqué José Bové. Sifflée, elle s'en est sortie avec humour alors qu'émanait de la salle un "Bové, c'est pas un paysan".

Ainsi a-t-elle tenté, sans grand succès, de réconcilier "écolos et agriculteurs", qui, selon elle, "partagent a même analyse". Et de rassure le monde agricole : "Soyez-en certains, je ne veux pas d'une écologie punitive. Je ne veux plus que le paysan soit vu comme un pollueur."