Rentrée du Parti socialiste : "Il faut que nous fédérions toutes les oppositions contre les mauvais coups d'Emmanuel Macron"

"Il faut fédérer l'ensemble des forces de gauche, parfois même des citoyens qui ne sont pas forcément de gauche" dit la sénatrice PS de Paris Marie-Noëlle Lienemann.

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS de Paris, ici en 2016.
Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS de Paris, ici en 2016. (MICHAEL ESDOURRUBAILH / MAXPPP)

"Il faut que nous fédérions toutes les oppositions contre les mauvais coups qu'Emmanuel Macron prépare au pays", a affirmé la sénatrice socialiste de Paris Marie-Noëlle Lienemann sur franceinfo jeudi 23 août, alors que débute l'université du PS à La Rochelle. L'élue, située à l'aile gauche du parti, estime qu'"il faudrait une liste très large face à la montée de l'extrême-droite en Europe" pour les élections européennes de 2019.

franceinfo : Ferez-vous bientôt partie de ce que Jean-Luc Mélenchon appelle "la grande digue" qu'il veut opposer à Emmanuel Macron pour la deuxième année de son quinquennat ?

Marie-Noëlle Lienemann : Il faut que nous fédérions toutes les oppositions contre les mauvais coups qu'Emmanuel Macron prépare au pays, en particulier aux catégories populaires. Il y a deux grands dossiers qui vont arriver. D'une part, les retraites. La tentation de faire la retraite par points, c'est tuer une partie de la solidarité dans notre système de retraite et surtout baisser le niveau des retraites pour une large part de nos concitoyens. Il y a aussi le dossier des privatisations. On a vu comment on a bradé le dossier Alstom, ce qui a de lourdes conséquences industrielles à terme pour le pays. La privatisation d'Aéroports de Paris n'a aucune légitimité quant à notre développement économique, au contraire. Elle n'est faite que pour des raisons budgétaires. On vend les trésors de la République. Ces deux premiers dossiers, sans compter la réforme constitutionnelle (...), sont autant de "digues", comme le dit Jean-Luc Mélenchon, qu'il faut qu'on essaie de monter contre ces mauvais coups. Il faut fédérer l'ensemble des forces de gauche, parfois même des citoyens qui ne sont pas forcément de gauche mais qui voient bien que la plongée dans l'Europe libérale sans régulation, que nous propose Emmanuel Macron en alignement à Angela Merkel, constitue un affaiblissement dangereux pour la France. Je crois donc qu'il y a là tout un travail de conviction à faire auprès de nos concitoyens et de mobilisation, en gardant chacun notre identité.

Une clarification est-elle en train de s'opérer à gauche, notamment chez les socialistes qui, l'an dernier, laissaient le bénéfice du doute à Emmanuel Macron ?

Ceux qui étaient dans une espèce d'aveuglement, en disant qu'Emmanuel Macron n'étant ni de gauche ni de droite et qu'il pouvait être éventuellement de gauche, ils en ont vu l'inanité. Il n'y a absolument rien dans la politique d'Emmanuel Macron qui soit de gauche. Ils sont donc en train de retomber sur les réalités. Il ne suffit pourtant pas d'être hostile à Emmanuel Macron. Le projet d'un parti comme le PS, c'est quand même d'être capable de proposer à terme une alternative. Ça suppose d'avoir un cap stratégique. On mène le combat de l'unité des forces de gauche depuis toujours et il est d'ailleurs fondateur du Parti socialiste. On voit bien que beaucoup hésitent, en mettant parfois des frontières avec Jean-Luc Mélenchon. Même si on n'est pas d'accord sur tout avec lui, l'unité se construit dans cette diversité. Par ailleurs, sur les dossiers comme celui de la SNCF, on a vu qu'un certain nombre de socialistes disaient par derrière : "Cette réforme, on l'aurait faite nous-mêmes." Non ! C'est une réforme qui est négative pour les services publics et j'espère donc que la radicalité raisonnable du Parti socialiste s'exprimera sur les retraites et les privatisations. Cette clarification est nécessaire.

La France insoumise vous propose une liste commune pour les élections européennes avec Emmanuel Maurel. C'est possible ?

C'est ce qu'on souhaitait, une liste de l'ensemble de la gauche. Face à la montée de l'extrême-droite en Europe, il faudrait une liste très large. J'observe qu'il y a un changement d'attitude de la part de nos amis de La France insoumise qui ne sont pas à faire des oukases pour ceux qui ne sont pas de leur bord et qui respectent chacun dans leur identité. À l'évidence, s'il doit y avoir des alliances c'est dans la clarté, pas dans des combines d'appareil. Le Parti socialiste doit faire des choix : s'il veut nous embourber dans la social-démocratie européenne qui est en fait social-libérale, il est clair qu'au bout d'un moment les Français le sanctionneront et une partie des militants socialistes ne s'y retrouveront pas.