Primaire de la gauche : des "guéguerres" qui relèvent "plutôt d'un congrès du PS que de primaires"

Le politologue Olivier Rouquan était sur franceinfo lundi soir. Il a livré son analyse de la primaire de la gauche. 

Les candidats à la primaire de gauche ont jusqu\'au 15 décembre pour postuler.
Les candidats à la primaire de gauche ont jusqu'au 15 décembre pour postuler. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Au lendemain de l'annonce de la candidature de Vincent Peillon à la primaire de la gauche, le politologue Olivier Rouquan a estimé, lundi 12 décembre sur franceinfo, que les querelles dans le Parti socialiste (PS) ressemblaient à des "guéguerres" de syndicalistes étudiants. "Tout ceci relève plutôt d'un congrès du PS que de primaires", a jugé le chercheur associé du Centre d'Etudes et de Recherches de Sciences Administratives et politiques (CERSA).

franceinfo : Comment interpréter cette candidature surprise de Vincent Peillon, qui semble s'être construite contre Manuel Valls ?

Olivier Rouquan : Il manquait un candidat social-démocrate qui puisse compléter le tableau, puisque nous avons des candidats sur la gauche du PS. Nous avions la candidature de Manuel Valls qui est estampillée, à tort ou à raison, libérale-sociale. Dans la mesure où il n'a pas occupé pleinement l'espace depuis son entrée en campagne, en se positionnant sur la question sociale, il laissait là une possibilité, et Vincent Peillon, semble-t-il, est le candidat qui va occuper cet espace très discuté.

Vincent Peillon veut représenter le bilan du quinquennat de François Hollande. N'est-ce pas redondant avec la candidature de quelqu'un qui a été premier ministre pendant deux ans ?

Il y a là en effet une proximité mais le style n'est pas le même. On sait bien que Manuel Valls, qui a déjà dit qu'il allait défendre ce bilan également, a davantage clivé les gauches que Vincent Peillon, qui est en position de retrait depuis deux ans. Vincent Peillon pense, avec le soutien d'un certain nombre d'Aubrystes, qu'il va pouvoir mieux assumer la défense du bilan et sa prolongation, sa projection. Mais tout ceci relève plutôt d'un congrès du PS que de primaires. La lisibilité de tout ceci auprès des électeurs et de l'opinion est faible.

Finalement, ce qui se joue en filigrane, est-ce la direction du parti après 2017 pour préparer 2022 ?

La direction, et j'allais dire la refonte, parce qu'il va bien falloir sortir de ce chaos et proposer un nouvel ordre. D'autant plus que d'autres sont partis plus tôt, Emmanuel Macron notamment, et qu'il semble qu'il y ait une dynamique. Le PS et tous ses dirigeants, et on voit qu'ils sont nombreux à vouloir tenir le premier rôle, sont en position très défensive.

Ce sont les mêmes qui veulent le rassemblement et qui retombent dans une guerre de clans. En quelques sortes.

Oui, on a l'impression qu'ils n'en finissent pas de poursuivre les querelles et les guéguerres qui se jouent dans le syndicalisme étudiant. On a l'impression qu'ils commencent à l'Unef-ID. Ils continuent au PS et c'est à peu près le même jeu. Il y a la génération des quinquagénaires qui va sans doute devoir changer de pratiques, si elle veut continuer à avoir un impact auprès de la plupart des citoyens, qui sont lassés. La primaire, de ce point de vue, a des effets délétères sur l'organisation d'un parti politique au pouvoir. C'est vrai aujourd'hui pour la gauche mais gardons à l'esprit que cela pourrait être vrai demain pour la droite.