Réforme de l'orthographe : la polémique entre Najat Vallaud-Belkacem et la chroniqueuse Vanessa Burggraf en trois actes

Lundi, la chroniqueuse de l'émission "On n'est pas couché" a reconnu que l'ancienne ministre n'était pas à l'origine de cette réforme autorisant l'usage de certaines orthographes alternatives.

La chroniqueuse Vanessa Burggraf et l\'ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem sur le plateau d\'\"On n\'est pas couché\", le 20 mai 2017.
La chroniqueuse Vanessa Burggraf et l'ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem sur le plateau d'"On n'est pas couché", le 20 mai 2017. (FRANCE 2)

"Fake news" ou non ? Un accrochage sur le plateau de l'émission "On n'est pas couché" de France 2, samedi 20 mai, a relancé le débat vieux d'un an sur la réforme de l'orthographe. Najat Vallaud-Belkacem a accusé la chroniqueuse Vanessa Burggraf d'avoir cru à de fausses informations quand cette dernière a essayé de lui faire porter la responsabilité de l'admission de nouvelles orthographes, introduites dans les manuels scolaires en 2016, mais en réalité adoptées en 1990. Lundi 22 mai, sur le site de L'Obs, Vanessa Burggraf a reconnu une "imprécision", mais a estimé qu'elle n'avait pas relayé de canular. Franceinfo résume cette polémique en actes.

Acte 1 : Najat Vallaud-Belkacem dénonce "une 'fake news'"

La polémique a démarré avec l'interview de l'ancienne ministre de l'Education nationale dans l'émission "On n'est pas couché", diffusée samedi. Alors qu'elle se lance dans une défense de son bilan, la chroniqueuse Vanessa Burggraf l'interpelle : "Moi j'ai vu la réforme de l'orthographe. Ça m'a atterrée". Najat Vallaud-Belkacem réprime alors un rire et répond : "Vanessa, Vanessa, je n'ai jamais mené de réforme de l'orthographe. C'est une 'fake news' !"

Elle poursuit en évoquant les "mensonges" qui ont été diffusés à son sujet lors de son passage au ministère de l'Education nationale : "Je n'ai pas imposé l'apprentissage obligatoire de l'arabe au CP. Vous y avez aussi cru, peut-être ?" Face à elle, Vanessa Burggraf persiste en évoquant "l'école de [sa] fille" où, lors des dictées, "on n'écrit plus oignon, O-I-G-N-O-N, on l'écrit O-G-N-O-N", selon elle.

La réforme évoquée autorise effectivement l'usage de certaines nouvelles orthographes, comme "ognon" ou encore "nénufar". Mais elle n'est, en réalité, pas l'œuvre du ministère de l'Education nationale, et est bien plus ancienne : elle a été élaborée par le Conseil supérieur de la langue française, créé en 1989, et a été validée par l'Académie française en 1990. Mais elle était très peu enseignée avant 2016, où les éditeurs de manuels scolaires ont décidé de la prendre en compte. Sans répondre à une consigne particulière du ministère.

En 2016, Laurent Ruquier lui-même critiquait ceux qui ont essayé de "mettre cette réforme sur le dos de Najat Vallaud-Belkacem, qui n'était même pas née à l'époque", dans un extrait fortement partagé sur Twitter lundi. Et Vanessa Burggraf avait évoqué le sujet sur France 24, une vidéo retrouvée par le Huffington Post.

Acte 2 : Laurent Ruquier accuse l'ex-ministre d'un "coup politique"

Deux jours plus tard, alors que la vidéo de l'altercation a amplement circulé sur les réseaux sociaux, l'animateur de "On n'est pas couché", Laurent Ruquier, a défendu le travail de sa collègue, lundi, dans une interview filmée sur TV Magazine "La seule fake news, c’est de dire que Vanessa Burggraf a fait des 'fake news'." "C'est un fait qu'il y a eu une réforme de l'orthographe qui a été appliquée dans les écoles", a-t-il affirmé. "Simplement, effectivement, Najat Vallaud-Belkacem n'avait pas pris l'initiative de cette réforme. Sauf que c'est quand elle était ministre de l'Education que la réforme est passée."

L'animateur s'en est même pris à l'ex-ministre, l'accusant d'avoir "ameuté" les critiques sur les réseaux sociaux et "ses amis journalistes" pour des raisons politiques : "Madame Belkacem est fragile en ce moment, elle vient de perdre son emploi au gouvernement et, en plus, elle n’est pas sûre d’être à nouveau députée".

Acte 3 : Vanessa Burggraf reconnaît une "imprécision"

Un peu plus tard, c'est Vanessa Burggraf qui a fait un "mea culpa" dans une interview à l'Obs : "Si j’ai commis une erreur, elle relève de l’imprécision. Je n’ai pas souligné que cette réforme de l’orthographe datait de 1990 et je lui en ai fait endosser la paternité."

Mais la chroniqueuse ne dédouane pas pour autant totalement Najat Vallaud-Belkacem, l'interrogeant sur son rôle au moment où la réforme est entrée dans les manuels : "Pouvait-elle, oui ou non, donner son avis sur cette réforme, avait-elle ou non son mot à dire, disposait-elle d’une marge de manœuvre ?" Vanessa Burggraf l'assure : sa question visait simplement à "ouvrir le débat" au sujet du bilan de la ministre de l'Education nationale. "Certains l’ont, parfois, accusée de faire du nivellement par le bas"

Dans cette interview, Vanessa Burggraf regrette l'attitude de Najat Vallaud-Belkacem face à elle : "Najat Vallaud-Belkacem s’est retranchée derrière le terme de 'fake news'". Et estime que si l'ex-ministre n'a pas, elle même, précisé que la réforme datait de 1990, c'est que la question était "dérangeante".