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Nationalistes corses : après la victoire, l’épreuve du pouvoir

Les nationalistes ont remporté pour la première fois les élections régionales en Corse, dimanche dernier. Depuis la fin de la lutte armée, ils ont pu s'unir et s'imposer dans un paysage politique fracturé.
Article rédigé par Cyril Graziani
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3min
  (Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni © Maxppp)

Gilles Simeoni avait déjà conquis la mairie de Bastia l'an dernier. Cette fois, il est passé à l'échelon régional. C'est un coup de tonnerre sur l'île de beauté parce que c'est la première fois que les nationalistes remportent ces élections. La région bénéficie d'un statut spécifique à deux têtes : vendredi, Gilles Simeoni sera élu président du Conseil exécutif de Corse mais jeudi déjà, Jean-Guy Talamoni a été intronisé président de l'Assemblée de Corse.

"Révolution démocratique"

Pour y arriver, nationalistes modérés et radicaux étaient unis politiquement, grâce à l'annonce, en juin 2014, du dépôt des armes par les clandestins du FLNC. Mais même si dans l’imaginaire collectif, le nationalisme corse renvoie aux attentats, aux meurtres dont celui du préfet Erignac, Gilles Simeoni jure avoir rompu avec ces méthodes. Le nationalisme par les armes a laissé place aux nationalismes par les voix.

Pour Gilles Simeoni, cette élection est le reflet d'une "révolution démocratique, une aspiration profonde à la démocratie, appuyée sur une identité" . Mais les nouveaux élus sont en rupture avec "un sytème archaïque construit sur le clientélisme et l'aliénation du droit de vote" , explique-t-il.

"La Corse est une île potentiellement extrêmement riche et dans un état de sous-développement chronique depuis des décennies , assure le nouvel élu régional. Ce n'est pas une fatalité."

Gilles Simeoni, nouveau président du Conseil exécutif corse, parle de "révolution démocratique" (avec Lucie Barbarin)

Leader charismatique et renouvellement

Les nationalistes prospèrent sur une perte de confiance dans les partis traditionnels. La force des nationalistes, ce n'est pas seulement d’avoir profité d’une gauche et d'une droite désunies. Avec un leader charismatique comme Gilles Simeoni, ils attirent aussi un électorat jeune en perte de repères, et appellent à un renouvellement de la caste politique. Cela rappelle la stratégie développée par Marine Le Pen.

Les nationalistes ont remporté les élections régionales en Corse. Reportage de Cyril Graziani

Discours d'intronisation en langue corse

Les nationalistes élus dimanche dernier ne revendiquent pas l’indépendance. En tout cas, pas dans l’immédiat. Mais ils veulent une citoyenneté corse avec un statut spécifique pour les résidents, pour permettre notamment le rapprochement des prisonniers corses, voire leur amnistie. Ils demandent aussi la co-officialité de la langue corse. D'ailleurs le nouveau président de l’Assemblée, Jean Guy Talamoni, a prononcé son discours entièrement en corse. "Les indépendantistes avaient pris l'habitude parfois de poser leurs questions ou d'intervenir dans les débats en corse. (...) Cette fois, c'est exceptionnel est c'est probablement un message adressé à Paris" , indique Roger Antech, directeur de la rédaction de Corse-Matin .

"Rapprochement des prisonniers, langue corse, statut de résident seront les dossiers prioritaires pour la région" Roger Antech, directeur de la rédaction de Corse-Matin

L'Elysée et Matignon ont été pris de court, ils ne s'attendaient pas du tout à une victoire des nationalistes. Gilles Simeoni est le seul président de région que Manuel Valls n'a pas appelé. Sur le fond, les revendications actuelles des nationalistes sont irréalisables. C'est une ligne rouge, de surcroît anticonstitutionnelle. L’Elysée et Matignon renvoient juste au processus actuel d’une collectivité unique, une fusion de l’actuelle collectivité et des deux conseils départementaux qui verra le jour le 1er janvier 2018.

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