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Valéry Giscard d'Estaing "ne comprenait pas comment une personne comme moi pouvait être communiste !", raconte André Chassaigne

Le député PCF du Puy-de-Dôme décrit Valéry Giscard d'Estaing, mort mercredi, comme un "adversaire politique coriace" qui "avait le souci de comprendre et du respect".

Article rédigé par France Info
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André Chassaigne, député PCF du Puy-de-Dôme, le 5 février 2019. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Entre l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, mort mercredi à l'âge de 94 ans, et le député PCF du Puy-de-Dôme André Chassaigne, il y avait "une forme de respect mutuel", témoigne ce dernier sur franceinfo jeudi 3 décembre. "Même s'il avait énormément de mal à comprendre comment une personne comme moi pouvait être communiste !", ajoute-t-il. Malgré leurs divergences politiques, les deux hommes ont "échangé assez souvent", et André Chassaigne salue les "grandes réalisations" de Valéry Giscard d'Estaing pour la région Auvergne, notamment en tant que président du conseil régional (1986-2004).

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franceinfo : Vous connaissiez bien Valéry Giscard d'Estaing. Peut-on aller jusqu'à parler d'une amitié entre vous ?

André Chassaigne : Non, je ne crois pas qu'on puisse parler d'amitié, on ne se connaissait pas dans l'intimité. Mais j'ai eu l'occasion de siéger avec lui dans différentes assemblées, j'ai échangé avec lui assez souvent. Je crois que c'était une forme de respect mutuel, même s'il avait énormément de mal à comprendre comment une personne comme moi pouvait être communiste !

"J'ai le souvenir qu'au conseil général du Puy-de-Dôme, il avait dit à son voisin : 'Comment une personne aussi intelligente que Chassaigne peut dire autant de conneries ?'"

André Chassaigne, député PCF du Puy-de-Dôme

à franceinfo

Un jour, il m'a convoqué alors qu'il était président du conseil régional d'Auvergne, j'étais moi-même président du groupe communiste, je me suis assis face à lui dans son bureau et, en fait, il me convoquait pour me poser une seule question : "Monsieur Chassaigne, il y a une chose que je ne comprends pas, pourquoi êtes-vous communiste ?" Donc j'ai essayé de lui faire comprendre. C'était un autre monde, mais il avait une forme d'approche culturelle, le souci de comprendre et, je crois, du respect.

Il avait par ailleurs un ancrage local très fort dans le Puy-de-Dôme…

Oui, bien sûr, il avait un ancrage local. Il avait sa propriété à Chanonat, qui n'était d'ailleurs pas un château extrêmement luxueux. Et il avait des arbres à côté de sa propriété, il y tenait beaucoup, et quand il y a eu la tempête de 1999, beaucoup de ses arbres sont tombés par terre. Alors, il a fait appel à moi, venant d'un secteur très forestier, pour me dire : "Monsieur Chassaigne, j'aurais besoin d'un bûcheron pour s'occuper de ma propriété. Vous avez bien un ami bûcheron. Monsieur Chabrol, par exemple ?" Il s'avère que ce monsieur Chabrol avait été candidat communiste aux élections, il avait créé le syndicat des bûcherons, il était connu comme étant une personnalité très forte, donc il a pris ce camarade pour s'occuper de sa propriété parce qu'il pensait peut-être que, finalement, le fait d'être communiste c'était un gage de sérieux, peut-être de discrétion… Et c'est une facette de sa personnalité qu'on connaissait assez peu.

A-t-il fait beaucoup pour le Puy-de-Dôme et l'Auvergne, selon vous ?

Je pense que oui. D'ailleurs, là aussi, une anecdote. Quand en 1982, il a été réélu conseiller général, j'étais à l'époque le benjamin du conseil général, donc c'est moi qui faisait l'appel, et je m'étais posé la question : est-ce que je dis "président Giscard d'Estaing" ou tout simplement "Giscard d'Estaing" comme pour les autres ? Le lendemain, Le Monde avait titré "Giscard d'Estaing : présent". Mais c'était bien le signe de cette volonté pour lui de retourner et de reprendre l'activité politique à la base. Et on peut dire qu'au conseil régional d'Auvergne, même si c'était un adversaire politique coriace, il y a eu de très grandes réalisations : Vulcania, ce n'était pas évident, il y avait de l'opposition, mais aussi la Grande Halle d'Auvergne, où se déroule chaque année le Sommet de l'élevage, qui est la troisième grande manifestation agricole en France… Il y avait chez lui une volonté de réaliser, de concrétiser pour l'Auvergne.

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