Front national : Marine toujours rattrapée par Le Pen ?

Après Emmanuel Macron la semaine dernière, franceinfo consacre mardi 2 mai un portrait à Marine Le Pen et s'intéresse surtout à la femme, même si son parcours politique est intimement lié à son histoire familiale.

Marie-Caroline Le Pen (à gauche), devant l\'affiche de campagne de sa soeur Marine, au QG de campagne du Front national.
Marie-Caroline Le Pen (à gauche), devant l'affiche de campagne de sa soeur Marine, au QG de campagne du Front national. (CECILIA ARBONA / RADIO FRANCE)

Après Emmanuel Macron la semaine dernière, franceinfo consacre mardi 2 mai un portrait à Marine Le Pen et s'intéresse surtout à la femme, même si son parcours politique est intimement lié à son histoire familiale. À 48 ans, Marine Le Pen est la benjamine des trois filles de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national. Mère de trois enfants, elle a divorcé deux fois. Elle est aujourd'hui en couple avec Louis Aliot, vice-président du FN.

Une enfance marquée par un attentat

Marine Le Pen est née à Neuilly-sur-Seine en août 1968. Pour autant, l'acte fondateur de sa vie se produit probablement le 2 novembre 1976, dans le 15e arrondissement de Paris. En pleine nuit, une bombe détruit un immeuble de cinq étages : l'appartement où vit la famille Le Pen est la cible d'un attentat. Une charge explosive pulvérise les lieux. Cette nuit-là, Marine Le Pen, âgée de 8 ans à l'époque, découvre que son père n'est pas un personnage politique comme les autres.

Front national : Marine toujours rattrapée par Le Pen ?
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Sa sœur aînée Marie-Caroline Le Pen raconte : "C’est un peu un souvenir de guerre presque. Quand on s’est levées avec ma sœur Yann, on voyait Paris, il n’y avait plus de mur, il n’y avait plus de cuisine, plus de salle de bain, il n’y avait plus rien. Il y avait plein de bouts de verre dans le lit de Marine. Elle a très bien compris qu’il y avait quelque chose de grave mais qu’il fallait rester calme. C’est là qu’elle a peut-être un peu perdu son enfance parce qu’elle a pris conscience qu’on pouvait tuer son père, mais qu’on pouvait nous tuer aussi".

Les choses se compliquent aussi à l'école où la fillette devient une camarade de classe indésirable. "Une fois, elle a été changée d’école parce que ça avait quand même pris des proportions scandaleuses. Elle devait être en CM2, sa maîtresse avait interdit qu’on s’asseye devant, derrière, à droite et à gauche. Il y avait un cordon sanitaire autour d’elle. Évidemment, ça marque, c’est sûr", se souvient sa sœur aînée. 

Montretout : cocon protecteur ou carcan étouffant ?

Marine Le Pen poursuit sa scolarité au lycée Florent Schmidt de Saint-Cloud. Elle a 17 ans quand ses parents se séparent, une déchirure pour la benjamine de la famille. Elle se retrouve dans un cocon protecteur qui va devenir un carcan étouffant : le manoir de Montretout. Cette bâtisse napoléonienne au milieu d'un parc va servir de terreau aux fondations du parti d'extrême droite et de berceau aux trois filles du clan comme le confirme Jean-Marie Le Pen qui nous a reçus dans son bureau vendredi dernier. "Cela a été le centre familial pendant très très longtemps. Yann y habite encore, Marine a dû y habiter 30 ou 35 ans, Marie-Caroline y a habité un certain temps aussi", souligne-t-il. 

Le manoir de Montretout, à Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, domaine de la famille Le Pen.
Le manoir de Montretout, à Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, domaine de la famille Le Pen. (CECILIA ARBONA / RADIO FRANCE)

Montretout, demeure magique ou maléfique, est aujourd'hui le décor d'une famille recomposée. Pierrette Lalanne, mère des filles Le Pen, est revenue s'y installer. Elle y croise Jany, la femme de Jean-Marie Le Pen, et sur la sonnette de la grille on peut lire aussi le nom de Maréchal, nièce de la candidate. Marine Le Pen a déserté les lieux et s'est installée à quelques kilomètres de là, à la Celle-Saint-Cloud. L'ancien maire de la commune, Jean-Louis Gasquet se souvient : "Quand j’ai appris qu’elle allait s’installer ici, ça ne m’a pas fait très plaisir, c’est évident. Moi je pense qu’elle est plus dangereuse aujourd’hui. Lui était manifestement outrancier. Elle ne fait effectivement pas peur comme son papa", commente-t-il.

Voile, équitation et Dalida

L'ancienne étudiante en droit de l'université d'Assas devenue avocate veut incarner un Front national accessible, proche des Français. Elle parle volontiers de ses enfants, trois adolescents. On apprend qu'elle pratique la voile et l'équitation et qu'elle est douée dans ces deux sports. Pour le côté populaire et franchouillard, elle confie que sa chanteuse préférée c'est Dalida, dont elle connaît les tubes par cœur et qu'elle imite, paraît-il, à merveille. 

La fille du "Chef", devenue présidente du Front national en 2011, a pourtant pris ses distances avec le patriarche. Mon père ce héros dans les années 1990 est devenu Mon père ce fardeau : gênant, toxique pour celle qui a entrepris de dédiaboliser le FN. Jean-Marie Le Pen a été exclu du comité exécutif du parti tandis que sur les affiches de campagne de la candidate à l'élection présidentielle, la flamme tricolore a disparu. Le nom de Le Pen aussi.

"La fille du diable"  

Louis Aliot, conseiller municipal de Perpignan, vice-président du Front national, est le compagnon de Marine Le Pen. "C’est une vie politique qui est marquée par des déplacements chacun de son côté. Il n’y a pas de vie personnelle, ni loisir particulier, on n’a pas le temps", confie-t-il.  En parlant de rupture avec son père, Marine Le Pen a-t-elle vraiment coupé le cordon, a-t-elle pris ses distances face aux propos négationnistes, antisémites, xénophobes, homophobes de cet ascendant devenu encombrant ? Louis Aliot en est convaincu. "Quand on a eu la jeunesse qu’elle a eu, tout ce qu’elle a pris elle-même dans la figure parce qu’elle était la fille "du diable"… Voilà, aujourd’hui elle existe et tout le monde l’appelle Marine", nous dit-il.

Jean-Marie Le Pen dans la maison familiale des Le Pen à Montretout, dans les Hauts-de-Seine.
Jean-Marie Le Pen dans la maison familiale des Le Pen à Montretout, dans les Hauts-de-Seine. (CECILIA ARBONA / RADIO FRANCE)
Mais pour Jean-Marie Le Pen, il existe entre le père et la fille un lien indéfectible. "J’ai envoyé un petit message à Marine. Je lui ai dit : ‘Bravo Marine, mais le plus dur reste à faire’. Je n’ai pas eu de réponse", nous dit-il. Est-ce un cliché ou bien Marine Le Pen a-t-elle vraiment tué le père ? Jean-Marie Le Pen n'y croit pas."C’est impossible pour elle, affirme-t-il. Elle est ma fille quand même, quels que soient les avatars de nos relations personnelles, qui sont peu de choses. C’est un peu comme les petites vagues, les vaguelettes sur la mer, c’est la mer qui est importante", assure Jean-Marie Le Pen.

Marine Le Pen s'est-elle débarrassée de son passé ? Sa garde rapprochée en tout cas l'assure : si elle entre à l'Élysée, ce sera sa victoire à elle. Et à elle seule.