Marine Le Pen emploie son compagnon : polémique au Parlement européen

Elle lui verserait 5 000 euros par mois pour un temps partiel d'assistant parlementaire, selon Mediapart, qui dénonce un "conflit d'intérêts". Les cadres du Front national s'en défendent.

La présidente du FN, Marine Le Pen, et son compagnon Louis Aliot arrivent à une conférence de presse, le 12 mars 2012 à Perpignan (Pyrénées-Orientales).
La présidente du FN, Marine Le Pen, et son compagnon Louis Aliot arrivent à une conférence de presse, le 12 mars 2012 à Perpignan (Pyrénées-Orientales). (RAYMOND ROIG / AFP)

Depuis l'été 2011, Marine Le Pen embauche son compagnon, Louis Aliot, vice-président du Front national, en tant qu’assistant au Parlement européen. Elle lui verserait 5 000 euros brut par mois pour un temps partiel, rapporte Mediapart (article abonnés) jeudi 18 juillet. Le site dénonce "un conflit d'intérêts", dont se défend la présidente du FN. Elle a annoncé dans un communiqué qu'elle allait engager une procédure en diffamation.

Le vice-président du FN a lui aussi indiqué sur Twitter qu'il portait plainte. 

En juillet 2012, le Parlement européen a demandé à Marine Le Pen de s'expliquer sur cette situation, rapporte Mediapart. Francetv info vous dit pourquoi l'institution s'interroge.

Une situation autorisée en France, pas au Parlement européen

"Les députés ont droit à l'assistance de collaborateurs personnels, qu'ils choisissent librement", indique le règlement du Parlement. Mais l'enveloppe des eurodéputés ne peut servir "à financer les contrats permettant l'emploi (…) des conjoints des députés ou de leurs partenaires stables non matrimoniaux", précise l’article 43. D'où les explications demandées par courrier, le 25 juillet 2012, par les services financiers du Parlement européen à la présidente du FN.

Marine Le Pen s'est défendue en affirmant qu’elle ne considérait Louis Aliot ni comme un "conjoint", ni comme un "partenaire stable non matrimonial". Pourtant, comme le note Mediapart, même s'ils ne sont pas mariés ni pacsés, les deux leaders du FN ne cachent pas qu’ils sont en couple. En février 2012, ils ont même posé pour le magazine Paris Match.

Le Parlement européen a finalement décidé de s'en remettre "aux règles légales en vigueur dans le pays dont est originaire l'eurodéputée", explique l’ancien vice-président de l’institution, Gérard Onesta, à Mediapart. En France, rien n’empêche un député d’employer son compagnon ou les membres de sa famille. Comme l’explique Le Figaro, la pratique est même relativement courante.

Assistants parlementaires et directeurs de campagne

Le Parlement européen s'est aussi demandé si Marine Le Pen n'avait pas utilisé son enveloppe parlementaire pour financer sa campagne présidentielle de 2012. Les fonds débloqués pour rémunérer les assistants "sont exclusivement réservés au financement d'activités liées à l'exercice du mandat des députés et ne peuvent couvrir des frais personnels", stipule le règlement. Or, Louis Aliot a été le directeur de campagne de Marine Le Pen en 2012, de même que Florian Philippot, son bras droit au FN, lui aussi employé comme assistant au Parlement européen jusqu'au 30 juin 2012. "La durée horaire modeste de leurs contrats d'assistance parlementaire permet de concilier deux activités professionnelles", conteste Marine Le Pen, qui invoque des "responsabilités bénévoles dans (sa) campagne présidentielle" pour Louis Aliot.

Selon Mediapart, les services financiers du Parlement ont envisagé un temps d’éplucher en détail les agendas d'Aliot et Philippot. Ils ont finalement choisi de classer l'affaire pour le moment, car les deux cadres du FN ont le statut d'assistants "locaux", censés travailler dans la circonscription française de l’eurodéputée et non à Bruxelles. De fait, il est plus difficile pour le Parlement de contrôler leurs activités, d’autant que leur contrat est soumis de fait au droit français et non européen.