VRAI OU FAKE La fille d'Edwy Plenel occupe-t-elle un emploi fictif à la mairie de Paris ?

Cette accusation ancienne, ressortie en pleine affaire de Rugy, a déjà fait surface au moment de l'affaire Fillon. Contactée par franceinfo, Eve Plenel, fille du fondateur de Mediapart et directrice de Paris sans sida, dément à nouveau.

Edwy Plenel, journaliste fondateur du site d\'investigation Mediapart, le 1er avril 2019 à Arles.
Edwy Plenel, journaliste fondateur du site d'investigation Mediapart, le 1er avril 2019 à Arles. (MAXPPP)

"La fille d'Edwy Plenel bénéficierait d'un emploi fictif à la mairie de Paris rémunéré 3 000 euros à mi-temps alors qu'elle vivrait à Berlin en Allemagne." Ce message reçu dans le live de franceinfo fait écho à de nombreux autres postés sur les réseaux sociaux depuis que Mediapart a publié une série de révélations sur le train de vie dispendieux de François de Rugy à la présidence de l'Assemblée nationale et au ministère de la Transition écologique. Cette rumeur visant Eve Plenel, la fille du fondateur du site d'investigation, est loin d'être nouvelle.

En juin 2016, Libération dresse le portrait d'Eve Plenel, nouvelle directrice de Paris sans sida, un projet lancé par la mairie socialiste de la capitale afin de lutter contre l'épidémie. Un passage attire l'attention de certains lecteurs : "Elle gagne 3 000 euros par mois. (...) Et la petite famille habite à Berlin. N'est-ce pas un brin gênant quand on dirige une association de terrain, et que l'on vient d'être nommée à la tête de Paris sans sida ?" Et l'intéressée de répondre : "C'est un mi-temps, et, en plus, je suis souvent à Paris."

"Un mensonge diffusé par la fachosphère"

Quelques jours après la publication de cet article, le député d'extrême droite Gilbert Collard s'interroge sur sa page Facebook : "Que dirait saint [Edwy] Plenel dans Mediapart si c'était la fille d'un autre ?" Des sites d'extrême droite, comme Riposte laïque, lui emboîtent le pas.

En février 2017, des internautes affichant leurs sympathies de droite voire d'extrême droite ressuscitent la polémique. Quelques jours plus tôt, Le Canard enchaîné a révélé que Penelope Fillon, l'épouse de François Fillon, candidat des Républicains à l'élection présidentielle, était soupçonnée d'avoir occupé un emploi fictif pendant des années en tant qu'assistante parlementaire.  

Edwy Plenel dénonce "un mensonge diffusé par la fachosphère" et répond aux attaques sur Mediapart. Après des années d'engagement associatif en faveur de la lutte contre le sida, comme le rappellent Les Inrocks"Eve Plenel a été choisie en avril 2016 par la mairie de Paris pour coordonner la stratégie de Paris sans sida", raconte le journaliste. Une déclaration que confirme un communiqué de la ville de Paris relayé par Seronet. 

"Elle est payée mensuellement 1 682 euros net pour un temps partiel qu'elle effectue à Paris, ayant un bureau à la mairie, détaille Edwy Plenel. Ses déplacements depuis Berlin, où travaille son compagnon et où sont scolarisés ses enfants, sont totalement à sa charge." Et le journaliste de conclure :

Attaquer la fille pour salir le journal dirigé par le père est déjà un procédé détestable. Le faire en diffusant des fausses informations ajoute à l'ignominie.Edwy Plenelsur Mediapart

Interrogée en février 2017 par Hoaxbuster, Eve Plenel dément elle aussi. Elle explique avoir été engagée à mi-temps en tant que "collaborateur extérieur" pour une "mission d'expertise, d'étude et de conseil", rémunérée 1 682 euros par mois. Et elle confirme être "présente à Paris au moins la moitié des jours ouvrés". Elle avait d'ailleurs participé à un rapport rendu en février 2016 sur la stratégie pour un Paris sans sida.

Eve Plenel défend "la réalité de son travail"

La rumeur surgit à nouveau, cette fois en pleine affaire François de Rugy, révélée par Mediapart. Contactée par franceinfo, Eve Plenel dément à nouveau les accusations d'emploi fictif à son encontre.

A chaque affaire sortie par Mediapart et liée à des avantages indus, cette intox ressort.Eve Plenelà franceinfo

La dirigeante associative fournit les mêmes explications que deux ans plus tôt. Embauchée comme "conseillère vacataire à mi-temps", elle occupait "un poste d'experte" consistant à "produire des notes sur la stratégie en matière de lutte contre le sida". Si elle gagnait 3 000 euros par mois, c'était grâce au complément de son autre mi-temps à la direction de l'Arcat et du Kiosque. Mais elle n'a "cumulé ces deux mi-temps" que "jusqu'en novembre 2016, le temps d'assurer la transition". Son conjoint vivant à Berlin avec leurs enfants, elle faisait "des allers-retours les week-ends". "Je payais tous les frais liés à ces déplacements moi-même", assure-t-elle.

Les fonctions d'Eve Plenel au sein de Paris sans sida ont toutefois évolué : "Depuis mai 2018, je suis directrice générale de Paris sans sida. L'initiative est devenue une association loi 1901 dont la ville de Paris est membre via quatre élus siégeant au conseil d'administration. Et depuis août dernier, je vis en région parisienne." Et la dirigeante associative de déplorer : "Il suffit de chercher sur internet deux secondes pour voir la réalité de l'action de Paris sans sida et la réalité de mon travail. Je crois m'en acquitter avec déontologie. Je ne sais pas ce que je peux faire de plus."

Franceinfo est partenaire de la consultation "Comment les médias peuvent-ils améliorer la société ?" avec Make.org, Reporters d’Espoirs et plusieurs autres médias. Si vous souhaitez y participer, vous pouvez proposer vos idées et voter sur celle des autres participants dans le module ci-dessous.