"C'est elle ou nous" : deux députés menacent de quitter LREM si le parti n'exclut pas Agnès Thill après ses propos sur la PMA

Raphaël Gérard et Laurence Vanceunebrock-Mialon condamnent les derniers propos de la députée de l'Oise. Au point de poser un ultimatum  à leur parti. Raphaël Gérard a accepté de répondre à nos questions.

La députée LREM de l\'Oise Agnès Thill, le 20 février 2019, dans les couloirs de l\'Assemblée nationale à Paris.
La députée LREM de l'Oise Agnès Thill, le 20 février 2019, dans les couloirs de l'Assemblée nationale à Paris. (NICOLAS MESSYASZ / SIPA)

"Les choses sont très claires dans nos têtes : si elle reste, on part." Raphaël Gérard et Laurence Vanceunebrock-Mialon sont déterminés à aller au bout de leur démarche. Les députés LREM de Charente-Maritime et de l'Allier feront leurs cartons si leur collègue Agnès Thill n'est pas exclue du groupe à l'Assemblée nationale. L'interview que l'élue de l'Oise a accordée, mercredi 5 juin, au magazine proche de Marion Maréchal L'Incorrect est "la goutte d'eau". 

Elle y explique (notamment) que la loi bioéthique, qui prévoit l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, "restera dans l’histoire comme celle qui aura évincé les pères de la naissance et de l'éducation des enfants". "Des propos insupportables", pour Raphaël Gérard, qui a accepté de répondre aux questions de franceinfo.

Franceinfo : Que reprochez-vous à Agnès Thill ? 

Raphaël Gérard : Cette interview dans le magazine d'extrême droite L'Incorrect est à mes yeux inacceptable. Sous couvert de naïveté, elle dit des choses absolument terribles. Si vous décryptez bien, elle sous-entend que le modèle hétérosexuel est supérieur à tous les autres, qu'il y aurait une minorité (les personnes LGBT) qui chercherait à imposer un mode de vie... Et j'en passe et des meilleures. Et en plus, c'est prononcé de manière tellement insidieuse que ça m'est insupportable ! 

Que comptez-vous faire ?

J'attends que la direction du mouvement tranche une bonne fois pour toutes le cas Agnès Thill ! Je ne crois pas me tromper en disant qu'il y a eu un certain nombre de précédents avec elle. Mais à chaque fois, on fait comme si de rien n'était, et on repart comme avant. En février dernier, les instances disciplinaires du parti ont quand même fini par la convoquer. A la sortie, elle écope d'une simple mise en garde. Derrière cette décision, il y avait quand même la promesse qu'elle serait exclue au prochain dérapage. Nous y sommes, donc excluons-là !

Et si elle n'est pas exclue ? 

Si elle n'est pas exclue, c'est ma collègue Laurence Vanceunebrock-Mialon et moi qui partirons. Qu'on soit clairs : je n'ai pas rejoint ce mouvement pour entendre de tels propos venant de quelqu'un de nos propres rangs. Ce n'est plus possible. Comment peut-on garder une collègue qui dérape aussi régulièrement ? Je ne comprends pas que ça fasse encore débat.

Les choses sont désormais simples : c'est elle ou nous.Raphaël Gérard, député LREMà franceinfo

Avez-vous prévenu la direction du parti de votre démarche ?
Pas encore. Je vois Laurence Vanceunebrock-Mialon demain [mardi] pour décider de la suite. Il y a de fortes chances que notre initiative prenne la forme d'une lettre ouverte.

Dans le JDD, Agnès Thill estime que vous faites "du chantage".

Elle se trompe, ça n'en est pas ! Notre position n'est plus tenable, on ne peut pas continuer comme ça. La ligne rouge a déjà été franchie depuis longtemps. Si on n'est pas capables de l'exclure, c'est nous qui prendrons la porte. Nous ne savons pas encore quand. L'ultimatum que nous posons là est en fait lié à son prochain passage devant la commission des conflits de La République en marche. Mais là encore, aucune date n'est fixée pour l'instant...

Savez-vous si d'autres députés de la majorité sont prêts à vous suivre ? 

Il y en a, oui. Après, il m'est impossible de vous dire combien. Mais vu les marques de soutien qu'on reçoit par SMS ou par téléphone, je suis confiant. Plusieurs collègues ou anciens collègues de la majorité nous soutiennent publiquement sur Twitter.

Pour autant, on n'a pas envie de provoquer une hémorragie au sein de groupe. On aimerait que le cas Agnès Thill se règle sans qu'on ait besoin de passer par des départs.

Quelles sont vos relations avec Agnès Thill aujourd'hui ?

Avant, on se parlait de façon amicale. Aujourd'hui, nos relations sont compliquées. Pourtant, je la croise régulièrement car on est dans la même commission, celle des affaires culturelles et de l'éducation. Mais j'ai du mal à lui parler.