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La Fête à Macron est une "tentative de relier" les mouvements sociaux, analyse le sociologue Vincent Tiberj

La Fête à Macron, manifestation organisée samedi à Paris à l'initiative de La France insoumise devrait être "belle et festive", selon ses organisateurs. C’est aussi une "tentative de relier" les mouvements sociaux, estime sur franceinfo la sociologue Vincent Tiberj.

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Radio France
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Des manifestants lors de la Fête à Macron, à Paris, samedi 5 mai. (GAËLE JOLY / FRANCEINFO)

La Fête à Macron a lieu samedi 5 mai à Paris pour marquer le premier anniversaire de l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. Une manifestation organisée à l'initiative du député de La France insoumise François Ruffin. L'idée a été lancée par le député le 4 avril et plusieurs syndicats, associations et partis politiques y seront présents.

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C’est aussi une "tentative de relier" les mouvements sociaux, estime sur franceinfo Vincent Tiberj, sociologue spécialiste du comportement électoral. Selon lui, "il manque un mouvement fédérateur qui permettrait aux gens de faire cause commune".

franceinfo : Quel est le but de cette manifestation ?

Vincent Tiberj : Quand on fait le compte, il y a un certain nombre de conflits qui convergent. Le problème est qu'il manque un mouvement fédérateur, ou en tout cas une lecture fédératrice qui permettrait aux gens de ces différents mouvements de pouvoir faire cause commune. En cela, cette Fête à Macron est une tentative de relier ces mouvements, de relier les cheminots, les EHPAD, les étudiants, et de pouvoir à la fin élaborer ensemble quelque chose d'alternatif.

Avec ce côté festif, La France insoumise peut-elle réussir là où les syndicats ont échoué ?

Les syndicats en France c'est 2 à 3% de l'électorat, pas plus en termes de militants. Et puis on n’est pas sur des mouvements revendicatifs globaux, ce n'est pas sur l'augmentation du SMIC pour tout le monde, on est sur la loi ORE, la réforme de la SNCF et donc naturellement les syndicats ont plus de mal à mobiliser. La question de La France insoumise, c'est d'essayer de donner une voix politique à une revendication sociale, dans un climat où la gauche en tant que force politique a du mal à ré-émerger. Donc le vrai problème de la France Insoumise, c'est aussi son leader, car Jean-Luc Mélenchon est à la fois quelqu'un qui fédère et qui clive. Donc peut-être que le travail d'un François Ruffin ici est intéressant pour eux, en ce qu'il essaye de faire émerger une autre manière de contester et de fédérer autour de la France Insoumise, plus festive, beaucoup moins réactive et éruptive.

Jean-Luc Mélenchon lui laissera-t-il la place ?

C'est un peu trop tôt pour le dire. Je pense que le problème de La France insoumise c'est que cela reste un parti très jeune en termes d'organisation, de capacité à débattre en interne, à organiser l'éventuel dissensus, ou au moins la diversité des points de vue et des stratégies. La France Insoumise, comme La République en marche, va devoir quelque part apprendre à travailler ensemble à gérer des opinions différentes. La France Insoumise voulait faire cavalier seul et prendre le leadership politique au sein de la gauche, mais à mon avis les choses sont loin d'être faites. Il ne faut pas enterrer le PS tout de suite, il ne faut pas enterrer Génération.s tout de suite, il ne faut pas enterrer le PCF tout de suite. Ce sont des organisations qui ont des choses à dire, et ce sont des organisations qui peuvent ré-émerger. Le temps électoral n'est pas le temps politique quotidien. Et donc effectivement c'est plutôt le signe d'une volonté de l'ensemble de la gauche de retravailler ensemble.

Les propos d'Emmanuel Macron, qui dénonçait "les pyromanes" du 1er-Mai, peuvent-ils cristalliser encore plus les mécontentements ?

Dans cette histoire, on ne sait pas qui est le plus pyromane. Quelque part, le gouvernement a quand même une manière de gérer ces conflits extrêmement dure et jusqu'au-boutiste. À travailler sans les corps intermédiaires et sans essayer de construire un consensus autour de ces réformes avec des syndicats plus réformistes comme la CFDT, naturellement, on clive. Et donc, quelque part, Emmanuel Macron a le retour des signaux qu'il envoie au reste de la société.

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