Frédérique Vidal et "l'islamo-gauchisme" : "Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels", selon le syndicat enseignant SNESUP-FSU

Christophe Voilliot, co-secrétaire général du SNESUP-FSU, maître de conférences en science politique à l'Université Paris-Nanterre, revient sur franceinfo sur les propos de Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, qui a créé la polémique en parlant d'"islamo-gauchisme" dans les universités.

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Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, le 1er octobre 2020, à Paris. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a créé la polémique en parlant d'"islamo-gauchisme" dans les universités. Elle souhaite charger le CNRS d'enquêter à l'université pour distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l'opinion. "Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels de l'enseignement supérieur", a réagi mercredi 17 février sur franceinfo Christophe Voilliot co-secrétaire général SNESUP-FSU, maître de conférences en science politique à l'Université Paris-Nanterre (Sophiapol).

franceinfo : Que pensez-vous de cette annonce ?

Christophe Voilliot : Ses propos viennent dans un contexte très particulier où l'université est attaquée par l'extrême droite, les Identitaires, par une partie de la presse. C'est très grave qu'une ministre de l'Enseignement supérieur se fasse l'écho de ces attaques en portant atteinte d'une manière inédite aux libertés académiques. Sans liberté de la recherche, il n'y a pas de recherche possible, sans liberté d'expression il n'y a pas d'enseignement possible à l'université. Ce sont ces principes cardinaux que la ministre vient de remettre en cause.

Est-ce que vous attendez qu'elle renouvelle son soutien ?

Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels de l'enseignement supérieur. Quand on demande à des chercheurs du CNRS d'enquêter, et non pas d'évaluer comme nous le faisons au quotidien, sur le travail de leurs collègues nous avons l'impression de basculer sur quelque chose qui ressemble à un régime policier.

Réclamez-vous sa démission ?

Non, en tant qu'organisation syndicale nous n'avons pas à demander la démission d'une ministre. Nous souhaitons qu'elle revienne sur ses propos et qu'elle change de politique et que son projet d'enquête soit immédiatement abandonné.

En quoi cela n'est-ce pas une question universitaire ?

C'est une question aujourd'hui qui fait l'objet d'un débat public, de prises de position. Le terme islamo-gauchisme peut parfaitement être employé, je ne vais pas empêcher quiconque d'employer ce mot. Mais ce n'est pas parce qu'il existe qu'il renvoie directement à des travaux universitaires et que l'on peut considérer que ce serait un concept qui serait mis en avant dans des travaux universitaires qui auraient des visées politiques cachées par leurs auteurs. Ce terme fonctionne comme un stigmate vis-à-vis des universitaires et ça c'est très grave.

Est-ce qu'il faut améliorer les conditions de débat ?

Il faut recréer les conditions d'un débat serein sur l'ensemble des questions que ce soit des questions de société, des questions qui touchent à la science, au sein des universités. Pour se faire, il faut qu'on arrête ce type de petites phrases. Peut-être faudrait-il aller plus loin. Il serait nécessaire d'adjoindre au texte de la Constitution une référence à la défense et à la préservation des libertés académiques comme cela existe dans d'autres pays comme l'Allemagne. La seule chose que nous demandons c'est qu'on nous laisse travailler, qu'on nous laisse diffuser les résultats de nos travaux, après personne n'est obligé d'être d'accord avec nous. Mais si on veut débattre il faut le faire à partir des travaux de recherche et pas à partir de la réputation d'un chercheur, d'une équipe ou d'un établissement.

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