Investissements du Ségur de la santé : "On n'est vraiment pas à la hauteur des enjeux" estime le neurologue François Salachas

Pour François Salachas, neurologue et membre du collectif Inter-Hôpitaux, l'enveloppe annoncée par Jean Castex n'est "pas de l'argent plus" mais "de l'argent qui avait déjà été annoncé".

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Radio France
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Rapport de conclusion du "Ségur de la santé", le 21 juillet 2020. (BERTRAND GUAY / AFP)

"On n'est vraiment pas à la hauteur des enjeux", a réagi mardi 9 mars sur franceinfo le docteur François Salachas, neurologue à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, membre du collectif Inter-Hôpitaux (CIH), alors que le Premier ministre Jean Castex a présenté le volet investissements issu des débats du Ségur de la santé, en marge d'un déplacement dans la Nièvre. Une enveloppe globale de 19 milliards d'euros sur dix ans sera ainsi injectée dans le système de santé.

"On peut bien sûr se réjouir du fait qu'on a l'air de passer à l'acte sur un certain nombre de décisions qui étaient déjà prises", reconnaît François Salachas. "C'est peut-être un petit coup d'accélérateur. C'est difficile de savoir quelle est la part de l'effet d'annonce dans le fait de se décider enfin à lutter contre la vétusté du parc de l'hôpital public en France." Mais le médecin dénonce surtout "le scandale d'avoir lassé l'hôpital se détériorer à ce point". Il ne trouve pas "très honnête de présenter cela comme un nouveau plan de 19 milliards d'euros". Selon lui, "quand on y regarde de plus près, ce n'est pas de l'argent plus, c'est de l'argent qui avait déjà été annoncé. Et cela ça ne résout pas la maladie chronique de l'hôpital qui est le fait que tout est fait pour que chaque année, l'hôpital s'endette. Et donc, comme l'hôpital s'endette, il va recréer sa dette".

Un "plan d'économies qui ne dit pas son nom"

François Salachas estime qu'avec cette annonce, l'État s'engage "simplement à faire glisser un tiers de la dette vers une caisse qui la prend en charge". Mais il souligne que c'est "sur un plan d'économie" que les hôpitaux verront "le bénéfice de cette prise en charge". C'est donc "un plan d'économies de l'hôpital qui ne dit pas son nom". En dehors des locaux des hôpitaux auxquels "il faut remédier", le plan du gouvernement "ne résout pas le problème de l'attractivité et de la confiance des personnels qui doivent venir travailler à l'hôpital public".

François Salachas tient à rappeler que le salaire d'une infirmière française, "comparé aux pays de l'OCDE" se situe "à la 28e place". S'il admet qu'il n'y a pas "que l'argent qui compte", car "il y a d'autres choses qui pourraient faire rester les soignants à l'hôpital public", il souligne "qu'il n'y a pas eu de miracle" sur cette question salariale, "il y a eu un coup de pouce". Il en profite pour dénoncer la communication du ministre de la Santé Olivier Véran sur ce sujet qu'il trouve "assez indigne". Le ministre "prétend qu'une infirmière va avoir une augmentation de salaire de l'ordre de 600 euros" mais "oublie de dire" que pour avoir cette augmentation, "c'est si elle accepte de passer de 35 à 40 heures personnes par semaine".

Le neurologue ajoute qu'il faut "rendre la main" aux soignants "sur la gouvernance" afin qu'ils "gardent l'envie ou veuillent travailler à l'hôpital public". "Pour l'instant, rien n'a changé de ce côté-là. Le directeur administratif de l'hôpital reste seul maître à bord. Et que ce soit les médecins ou les personnels paramédicaux, les cadres, ils n'ont pas voix au chapitre", martèle François Salachas.

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