Barbara Pompili, une ministre dans le viseur

Ministre de la Transition écologique depuis le mois de juillet, Barbara Pompili est dans le viseur d'une partie du gouvernement. 

Article rédigé par
Jean-Jérôme Bertolus - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Barbara Pompili lors d'un Conseil des ministres (18 novembre 2020). (FRED DUGIT / MAXPPP)

Elle est la numéro trois du gouvernement et elle est dans le viseur d'une partie de l'exécutif. Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique depuis juillet 2020, demeure un point d’interrogation. Toujours souriante, elle est pourtant sous surveillance. 

"Elle a transformé son ministère en citadelle dès son arrivée", pointe un proche du Premier ministre. La ligne de Jean Castex : "l’écologie, oui, mais au service de l’économie", n’est pas forcément la sienne. "On est dans la responsabilité. On fait le plus exigeant possible dans le cadre de contraintes qui nous sont imposées", explique-t-elle.  

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Au plus haut niveau de l’exécutif, on a été bluffé par les liens que la ministre a noué avec les 150 citoyens de la Convention citoyenne. "Des liens forts… presque militants. Cela a évité que la Convention ne soit hors contrôle. Ni François de Rugy, ni Élisabeth Borne, qui l’ont précédée à l’Environnement n’auraient pu tisser de telles relations", remarque un membre du gouvernement. Des liens peut-être trop militants, s'interrogent certains.

"Ma seule feuille de route, c’est de faire en sorte que, dans deux ans, le pays soit sur la bonne voie pour faire face aux enjeux du réchauffement climatique et de la transition écologique."

Barbara Pompili

dans Le Monde

La vigilance reste de mise au plus haut niveau de l’exécutif. Les 150 citoyens sont aujourd’hui constitués en association et leur frustration est grande à l’égard d’un processus politique qui a broyé un grand nombre de leurs propositions. "Il faut attendre le débat parlementaire", glisse la ministre. 

Au sein du gouvernement, certains redoutent qu’elle ne mobilise en sous-main des députés pour faire passer des amendements. En amont, lors des réunions interministérielles, elle a dû se battre sur pratiquement chacun des 65 articles. Et pas toujours avec succès. "Certains jouent sur les peurs, ils veulent vous discréditer. Moi ce qui m'intéresse c'est que les sujets soient sur la table et que les mentalités évoluent", observe-t-elle. 

Un pied dans la majorité, un pied en dehors

Dès que Barbara Pompili est invitée dans une matinale, l’Élysée est à l’écoute. Au cas-où... À peine nommée, la ministre avait en effet refusé de se prononcer sur un éventuel soutien à Emmanuel Macron en 2022. "Ma seule feuille de route, c’est de faire en sorte que, dans deux ans, le pays soit sur la bonne voie pour faire face aux enjeux du réchauffement climatique et de la transition écologique", expliquait-t-elle dans Le Monde. Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, l’état de grâce de Barbara Pompili avait été de courte durée. À tel point qu’il lui a été interdit de se prévaloir d’un ou deux arbitrages rendus en sa faveur par Emmanuel Macron.   

Fraîchement nommée, la ministre s’était aussi rendue à l’université d’été d’"En Commun", l’aile gauche de la République en Marche. Ce courant créé par le vice-président de l’Assemblée, Hughes Renson, et par le député des Hauts-de-Seine, Jacques Maire, s’est aujourd’hui mué en véritable parti, représenté dans tous les départements. Un pied dans la majorité, un pied en dehors.  

La cinquantaine de députés estampillés "En commun" se retrouvent chaque lundi à l’Assemblée et ils ne ménagent pas le gouvernement. "Nous sommes 269 députés. Nous étions 314 en 2017, assène un dirigeant d’"En Commun". 45 membres de perdus, ce n'est pas rien. Dans la majorité et dans le parti, le débat fait peur. Il n'y a pas plus monolithique que la République en Marche. Tout est organisé comme un fan club de Macron !".

Trop proche des membres d'"En Commun" ?

Barbara Pompili, est adhérente d’"En Commun" comme de la République en Marche. Elle fut même la première des ministres de François Hollande à soutenir Emmanuel Macron. Mais alors que Jean-Michel Blanquer se vante de n’avoir pas loupé un bureau exécutif de la République en Marche depuis 2017, Barbara Pompili n’y a jamais mis les pieds. En revanche, elle voit souvent les membres d’"En Commun". Cela lui permet de sortir de son ministère, de rompre l’isolement qui a fini par asphyxier ses prédécesseurs au ministère de l’Environnement. Mais ses réseaux au sein d’"En Commun" agacent les dirigeants de la majorité présidentielle. 

La ministre ne manque d’ailleurs pas d’ennemis. Chez ses anciens amis d’Europe Écologie-Les Verts, on étrille le projet de loi et sa présence au sein du gouvernement. "Sur la dérogation accordée aux producteurs de betteraves, infectées par la jaunisse, pour utiliser des pesticides néonicotinoïdes, on l’a forcée à revenir sur la loi qu’elle avait elle-même portée en 2016 sur la biodiversité. Quelle cruauté envers elle", souligne un dirigeant historique des Verts. "Hollande a aussi employé des traîtres comme Jean-Vincent Placé. Cela ne marche jamais", ajoute-t-il.  

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Aujourd’hui, au sein du gouvernement, l’environnement commence à faire grincer des dents. "Ce n’est jamais assez. On est sans arrêt critiqué", peste un ministre, prêt à reprendre à son compte la fameuse algarade de Nicolas Sarkozy en 2011 : "L’écologie, ça commence à bien faire". Des critiques qui sont aussi dirigées contre Barbara Pompili, accusée de toujours insister sur ce qu’il reste à faire et de ne jamais défendre ce qui a déjà été fait, alors que la présidentielle se profile.

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