"Il y a un vrai besoin de restaurer la confiance sur le financement de la vie politique", estime la déléguée générale de Transparency International

Interrogée sur le contrôle des comptes de campagne, Laurène Bounaud, déléguée générale de Transparency International, a indiqué jeudi sur franceinfo que les leçons du scandale Bygmalion "n'ont pas été tirées".

Illustration sur les comptes de campagne électorale. 
Illustration sur les comptes de campagne électorale.  (MAXPPP)

Deux structures dirigées par des proches de Jean-Luc Mélenchon ont-elles surfacturé leurs services pendant la campagne présidentielle ? Une enquête de la cellule investigation de Radio France, publiée jeudi 22 février, montre qu’une société et une association ont réalisé d’importants profits qui ont attiré l’attention de la Commission des comptes de campagne. Elle a refusé de rembourser certaines factures et n’exclut pas de signaler à la justice certains montages qui pourraient s’avérer illégaux. 

Laurène Bounaud, déléguée générale de Transparency International a réagi jeudi sur franceinfo à ces révélations. 

franceinfo : Quand des soupçons apparaissent comme ceux-là, on peut se dire que les moyens de repérage et de contrôle fonctionnent puisque l'information sort. Est-ce que c'est aussi votre avis ? 

Laurène Bounaud : En théorie, on a une législation, des procédures, des autorités qui sont plutôt compétentes, en place, qui permettent d'identifier d'éventuelles irrégularités. Mais en pratique, on se rend compte - et cela a été le cas avec plusieurs scandales politico-financiers - qu'il ne nous est pas possible de révéler l'ampleur des malversations. Le problème est qu'on a des interrogations répétées à chaque campagne électorale. Ce que cela révèle, c'est qu'effectivement il y a des scandales dont on a tiré des leçons, comme le scandale Cahuzac, et puis il y a des scandales dont on n'a tiré aucune leçon, comme le scandale Bygmalion. Cela nécessite une grande réforme ambitieuse de la vie politique en France qui n'est pas encore sur les rails et qu'on appelle de nos voeux.

Peut-on faire confiance au personnel politique pour organiser sa propre transparence ?

On a un baromètre européen sur le financement de la vie politique et la transparence des comptes qui montre que 56% des Européens pensent que ces instances sont entachées de corruption et que 76% des Français pensent la même chose. On voit qu'il y a un problème et qu'il y a un vrai besoin de restaurer la confiance sur le financement de la vie politique. Ce problème vient d'un manque de moyens et de transparence sur le contrôle des comptes de campagne et des comptes des partis politiques.

Faut-il revoir le financement des partis ?

Je pense qu'il faut tout revoir, le manque de moyens et le manque de transparence. Les flux entre les comptes de campagne, les comptes de partis et les associations entraînent des irrégularités et parfois des factures qui sortent parfois des années plus tard. Il y a vraiment un besoin, une nécessité de transparence pour sortir d’un système de contrôle, qui est a posteriori, qui est sur pièces, et donner à la Commission (CNCCFP) en charge du contrôle les moyens dont elle a véritablement besoin pour un contrôle efficace. Quand il faudrait 400 agents, elle n’en dispose que de 40.