Grand débat national : certaines contributions sont de simples copier-coller, envoyés par une association

Des textes recueillis sur internet dans le cadre du grand débat national sont en réalité des copies d'un mail envoyé par une association d'automobilistes.

Système de traitement des données des contributions déposées sur internet dans le cadre du grand débat national.
Système de traitement des données des contributions déposées sur internet dans le cadre du grand débat national. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

"Stop aux 80 km/h sur route", c'est le même titre qui revient dans de nombreuses contributions et viennent ensuite exactement les mêmes phrases : "Cette mesure a été imposée sans concertation, après une expérimentation biaisée aux résultats peu probants." Des mots identiques, employés par des internautes différents, ce qui n'a pas échappé au logiciel d'analyse d'Opinon Way, qui analyse depuis quelques jours, les contributions citoyennes déposées sur internet dans le cadre du grand débat national.

"On a constaté qu'il y a des questionnaires totalement identiques", raconte Bruno Jeanbart, le directeur général adjoint de l'institut de sondage. "Donc il y a peut-être des organisations qui ont dit à leurs adhérents d'aller, chacun d'entre eux, poster telle réponse aux différentes questions. On les prend en compte, ce sont des citoyens différents qui se sont exprimé, donc il n'y a pas de raison de ne pas les traiter."

Après tout, les associations peuvent aussi s'exprimer comme cela à travers le grand débat.Bruno Jeanbartà franceinfo

En l'occurence, l'association en question est la Ligue de défense des conducteurs. Elle a diffusé le texte modèle, avec la marche à suivre pour le mettre en ligne. "On a envoyé des mails à tous nos sympathisants, on a une base d'1,4 million de personnes", assume Nathalie Troussard, la secrétaire générale. "L'objectif pour nous, c'était de refaire rentrer dans le débat le 80 km/h."

Mail envoyé par la Ligue de... by on Scribd

Si ces contributions identiques seront bien prises en compte, leur nombre sera spécifié, précise Opinion Way. Statistiquement, elles pèsent à ce stade assez peu estime l'institut de sondage : environ 6 000 verbatim traitent pour le moment du sujet des 80km/h.

Mélange d'intelligence artificielle et d'analyse humaine

Si plusieurs cabinets ont été mandatés pour traiter toutes les contributions, Opinion Way s'occupe exclusivement des centaines de milliers de textes déposés sur internet. Une quinzaine de personnes y travaillent, dont un tiers a été spécialement recruté pour cette mission. Les mots-clés sont repérés par le logiciel dans les réponses aux questions ouvertes. "On peut choisir une question par exemple, explique Bruno Jeanbart. 'Que faudrait-il faire pour renouer le lien entre les citoyens et les élus ?' On voit que le premier concept qui sort le plus globalement, c'est 'l'assemblée nationale'. Comme ça, c'est assez général, ça ne veut rien dire, donc tout le travail qu'on fait derrière, c'est d'aller regarder ce que les gens disent exactement."

Le travail consiste donc en des allers-retours entre intelligence artificielle et analyse humaine, pour avoir une vue globale du contenu des contributions. Une lecture plus fine est envisagée dans un deuxième temps. Une synthèse intermédiaire est prévue début mars.