Entreprise modèle et langue de bois : première sortie sans risques pour Emmanuel Macron

Le fraîchement nommé mais déjà très contesté ministre de l'Industrie avait choisi, pour sa première sortie, le terrain accueillant d'une entreprise de la Manche.

Le ministre de l\'Economie, Emmanuel Macron, en visite à l\'usine Acome, à Romagny (Manche), mardi 2 septembre 2014.
Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, en visite à l'usine Acome, à Romagny (Manche), mardi 2 septembre 2014. ( MAXPPP)

Le rôle d'un ministre de l'Economie, "ce n'est pas de faire du bruit avec sa bouche !" Avec Emmanuel Macron, fini les envolées et les haussements de ton dont son prédécesseur, Arnaud Montebourg, s'était fait une spécialité. Pour sa première visite ministérielle dans une entreprise, mardi 2 septembre, le nouvel entrant le plus médiatisé du gouvernement Valls a voulu montrer une image de calme et de sérénité.

Enarque, bardé de diplômes, mais sans expérience dans le monde de l'industrie, ni dans la politique au contact des électeurs, Emmanuel Macron est venu se frotter à la réalité du terrain une semaine jour pour jour après sa nomination. Un terrain plutôt accueillant : ici, pas de banderoles de la CGT, ni de menaces de plan social. L'entreprise Acome, leader européen dans le secteur des câbles réseaux et de la fibre optique, est une société coopérative et participative (Scop). Une forme d'actionnariat souvent érigée en modèle par la gauche, où chaque employé est également actionnaire et dispose d'une voix au conseil d'administration.

"Mon passé n'a pas à être commenté"

Devant les kilomètres de câble qui défilent dans les machines et qui s'enroulent autour d'énormes bobines, Emmanuel Macron, flanqué d'une trentaine de journalistes, écoute sagement les explications des dirigeants, concentré sur son sujet. Entre deux chaînes de production, en blouse blanche de sécurité, il répond vertement à une journaliste suggérant que la visite d'une Scop pourrait être un moyen de gauchir son image d'ex-banquier : "Mon passé n'a pas à être commenté. Il est d'ailleurs pluriel."

Au sortir des ateliers, c'est un autre visage, moins lisse, plus incisif, que donne à voir le nouveau ministre en répondant aux questions de la presse. Son air de gendre idéal ne l'empêche pas de s'agacer poliment lorsque survient une question un tant soit peu dérangeante. "Je viens visiter une entreprise, et vous n'avez d'autre obsession que de me parler de polémiques de presse !", reproche-t-il.

Interrogé sur ses déclarations précédentes concernant un éventuel assouplissement des 35 heures, qui ont fait grand bruit, il commence par botter en touche : "Je ne reviendrai pas sur ce débat mal posé, issu de commentaires sur une interview que j'ai donnée avant de devenir ministre. J'invitais seulement à aller plus loin dans la négociation. Il n'y a pas besoin d'en faire une polémique et d'hystériser le pays avec ce sujet."

Le nouveau ministre se pose en anti-Montebourg

Emmanuel Macron dit refuser les polémiques. Pour autant, il ne renie pas totalement la teneur de ses propos au Point la semaine dernière : "Il y a des tas d'entreprises où les 35 heures sont une bonne chose. Dans d'autres pas", ose-t-il, tout en assurant que le gouvernement n'y touchera pas. L'air de rien, il trouve même le moyen de tacler le style Montebourg, dans cette entreprise qui ne connaît pas la crise : "L'économie, c'est la confiance. Si on se met en scène comme celui qui redresse ce qui ne va pas, ça ne donne pas le moral aux Français."

Propulsé ministre à 36 ans sans jamais avoir exercé le moindre mandat électif, Emmanuel Macron n'a pas un profil politique classique. Mais semble déjà maîtriser tous les codes de l'exercice : un brin de langue de bois, une pincée d'humour, et quelques formules bien senties. Sans surprise, les employés d'Acome qui ont pu déjeuner avec lui à l'issue de la visite ont trouvé le ministre "très à l'écoute".

"J'ai vu quelqu'un d'ouvert, de spontané, avec qui on discute facilement. Il est agréable, abordable, et pose énormément de questions", abonde Laetitia, 42 ans, gestionnaire de stocks. Bien loin des dossiers épineux qui attendent son ministère, la première opération de communication du nouveau ministre semble avoir fonctionné.