Congrès du FN : inviter Steve Bannon est "malin", le parti doit "relancer une dynamique"

À l'occasion de l'ouverture du congrès du Front national, Le sociologue Erwan Lecœur a estimé samedi sur franceinfo que le changement de nom du parti est "une nécessité".

Le sociologue Erwan Lecœur, à Paris, le 15 mars 2007.
Le sociologue Erwan Lecœur, à Paris, le 15 mars 2007. (MAXPPP)

Le Front national débute son 16e congrès à Lille (Nord) samedi 10 mars avec un changement de nom du parti en perspective pour se relancer. "Une nécessité" a analysé le sociologue Erwan Lecœur sur franceinfo. Marine Le Pen doit montrer que le parti "peut devenir un parti de gouvernement". Par ailleurs, Erwann Lecœur a trouvé "malin" de faire venir au congrès Steve Bannon, ancien conseiller influent de Donald Trump. "Quelqu'un qui peut montrer qu'il est possible de faire avec Marine Le Pen ce qui a été fait avec Donald Trump, c’est-à-dire, sur une ligne extrêmement populaire et dure, créer un nouveau clivage, et une nouvelle communication politique."

franceinfo : Au Front national, le changement de nom c'est maintenant ?

Erwann Lecœur : Oui, c'est une nécessité pour Marine Le Pen d'abord parce qu'elle est dans une période de creux dans l'opinion publique et elle arrive à la fin d'un cycle positif. Après l'échec très relatif de 2017 de la présidentielle et surtout du débat du second tour, Marine Le Pen a la nécessité de relancer une dynamique : le Front national, et surtout le lepénisme, peut survivre sous un nouveau nom et cela peut devenir un parti de gouvernement après avoir été un parti d'opposition voire de contestation.

Avec qui peut-elle s'allier ?

C'est le principal problème. Quelles alliance pour élargir le socle de l'électorat du FN au-delà de ce plafond de verre où le FN ne réussit pas à convaincre 30/40% maximum de la population. Il va falloir apprendre la nouvelle culture à nouer des alliances. Elle est attendue sur des alliances à droite, à la façon de l'Italie, avec Laurent Wauquiez qui, lui, essaye de grappiller des voix sur les terres du FN. Elle peut aussi dire faire des alliances à droite, c'est vieux jeu. Là, elle imagine quelque chose où elle pourrait créer un peu comme Emmanuel Macron une sorte de ni droite ni gauche Front national/Français d'abord.

Cela veut dire se tourner vers les Insoumis ?

Pas forcément les Insoumis, mais le public que Jean-Luc Mélenchon essaie d'attirer à lui. Surtout un public populaire désaffilié politiquement qui considère que le clivage gauche/droite n'existe plus. C'est la majorité des électeurs. Sociologiquement elle a raison, politiquement c'est compliqué. Là-dessus elle est très attendue par Marion Maréchal Le Pen qui elle est plutôt favorable à des alliances à droite, et Florian Philippot qui la pousse dans ses retranchements.

Quel intérêt a-t-elle à faire venir Steve Bannon, l'ancien conseiller de Donald Trump?

C'est assez malin. Steve Bannon, c'est celui qui, selon sa légende, aurait inventé Donald Trump et sa position extrêmement rude et dure. Je rappelle que Donald Trump avait été démocrate à une époque, puis playboy, et puis aujourd'hui président très à droite des États-Unis. C'est quelqu'un qui va peut-être donner le sentiment à certains militants, et certains cadres du FN, qu'il est possible de faire avec Marine Le Pen ce qui a été fait avec Donald Trump, c’est-à-dire, sur une ligne extrêmement populaire et dure, créer un nouveau clivage, et une nouvelle communication politique. Bref une relance.