Terrorisme, laïcité, présidentielle... Ce qu'il faut retenir du discours de François Hollande

Les proches du chef de l'Etat avaient prévenu que son intervention de jeudi servirait à marquer son retour dans la mêlée politique. Il a fait un pas de plus vers une candidature à sa succession.

Parler de sécurité tout en posant les jalons d'une nouvelle candidature à l'élection présidentielle. François Hollande a prononcé, jeudi 8 septembre, un discours sur "la démocratie face au terrorisme", organisé salle Wagram, à Paris, par la fondation Jean-Jaurès et le think tank Terra Nova, deux organisations proches du PS.

Alors qu'à gauche, les ambitions des anciens ministres sont affichées, les proches du chef de l'Etat avaient prévenu que son intervention servirait à marquer le retour de François Hollande dans la mêlée politique. Franceinfo revient sur ce qu'il faut retenir de ce discours, qui a duré un peu plus d'une heure.

Sur le terrorisme : "Les principes constitutionnels ne sont pas des arguties juridiques"

Le président de la République a commencé son intervention par un diagnostic de la menace terroriste en France et dans le monde. Après avoir dénoncé l'organisation Etat islamique, qui "dévoie l'islam pour diffuser la haine", François Hollande a décrit "deux voies pour les démocraties" face à la terreur. Celle prônée par une partie de la droite, qui milite pour une législation d'exception, et celle de l'Etat de droit. "C'est le choix que j'ai fait, au nom de la France", a-t-il martelé.

C'est quand la République a tenu bon qu'elle s'est élevée, et quand elle a cédé qu'elle s'est perdue.François Hollandeà la salle Wagram

Et le chef de l'Etat de se livrer, sans le nommer, à une attaque en règle contre Nicolas Sarkozy. Le candidat à la primaire à droite avait dénoncé, après l'assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, les "arguties juridiques" qui freinent la lutte contre le terrorisme. "Non, les principes constitutionnels ne sont pas des arguties juridiques, a insisté François Hollande. Une argutie juridique, la liberté d’expression ? La liberté de culte ? Une argutie juridique, la présomption d’innocence, bien commode à brandir quand il s’agit de plaider pour son propre compte ?" Une allusion à peine voilée aux démêlés de Nicolas Sarkozy avec la justice.

Sur la laïcité : "L'islam peut-il s'accommoder de la laïcité ? Clairement, oui !"

Le chef de l'Etat a ensuite abordé la laïcité, qui a été au centre des débats au mois d'août avec, notamment, la virulente polémique autour du burkini. "La laïcité n'est pas la religion de l'Etat contre les religions", a-t-il lancé à la tribune, s'opposant ainsi à Manuel Valls, qui avait pris position contre le burkini et avait exalté une figure de Marianne "non voilée car libre". "Tant que je serai président, il n'y aura pas de législation de circonstance aussi inapplicable qu'inconstitutionnelle", a-t-il tranché. Une façon de répondre aux nombreux élus de droite qui réclament une loi sur le burkini.

François Hollande a ensuite longuement évoqué la question de l'islam. 

L'islam peut-il s’accommoder de la laïcité comme l'ont fait avant lui le catholicisme, le judaïsme, les religions réformées ? Ma réponse est oui, clairement, oui !François Hollandeà la salle Wagram

"Ce qu'il nous faut réussir, c'est la construction d'un islam de France", a ajouté le chef de l'Etat, évoquant, d'une part, la future Fondation pour l'islam, dont Jean-Pierre Chevènement doit prendre la tête, et, d'autre part, l'association nationale chargée des financements pour la construction de mosquées et la formation des imams.

Sur la présidentielle : "L'élection, il faut la mériter"

Après s'être posé en garant du "modèle social" français, en citant la création du compte personnel d'activité, de la prime d'activité ou les embauches dans l'Education nationale, François Hollande a prononcé un discours bien plus politique. Il a ainsi évoqué, sans la nommer, la future primaire à droite organisée par le parti Les Républicains.

"Certains pensent que l’élection, c’est la primaire, et que le reste n’a plus d’importance, que les Français viendront signer au bas de la page. (...) Ah, ce n’est pas facile l’élection, il faut la mériter, il faut s’y préparer et il faut respecter les citoyens !", a-t-il lancé, ironique.

Et de tacler les candidats populistes à l'élection présidentielle, qui "prétendent incarner le peuple contre les élites, dont ils sont généralement issus".

Sur les institutions : limiter "dans le temps" le cumul des mandats

François Hollande a ensuite évoqué ce qui pourrait être l'un des axes de sa future campagne présidentielle : la réforme des institutions. S'il a défendu les institutions de la Ve République, qui "donnent les moyens d'agir" dans des situations exceptionnelles comme lors de la guerre du Mali ou des attentats terroristes, le chef de l'Etat a ouvert la voie à quelques modifications. 

Il a ainsi proposé, sans la détailler, la limitation du cumul des mandats "dans le temps". "C'est l'image même de la politique qui est en jeu, a-t-il jugé. Les citoyens doivent être mieux associés aux décisions qui les concernent. Je pense aux consultations locales, aux grands débats publics..."

Pas question, toutefois, de généraliser l'utilisation du référendum, a plaidé le président de la République dans une allusion au Brexit. Il a ainsi dénoncé "ceux-là mêmes qui appellent à voter pour une direction, qui finit par être choisie, et n’ont de cesse de s’enfuir pour ne pas en tirer les conséquences pour eux-mêmes. Epargnons-nous ce simulacre !"

Sur ses ambitions : "Le rassemblement" est "le combat d'une vie"

François Hollande a conclu son discours en s'attardant sur l'échéance présidentielle. "Le moment venu – et il approche –, les Français auront à décider de leur avenir et de celui de notre pays. Ils jugeront des résultats, des personnalités et des projets", a-t-il lancé.

"Quels sont les enjeux ? La protection des Français, la cohésion nationale, le modèle social, la conception de la démocratie, la place de la France, en Europe et dans le monde", a-t-il poursuivi, y voyant "un même bloc", et affirmant que le débat "va bien plus loin" que celui de "l'identité de la France".

"L'exigence est à la responsabilité et l'unité. Appeler à la cohésion nationale, porter un projet collectif, défendre le modèle social, justifient plus que jamais le rassemblement. Quand le danger est là, nous devons nous retrouver", a-t-il ajouté, assurant qu'il ne se "détournerait pas de cet objectif", qu'il a qualifié de "combat d'une vie".