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L'engouement actuel autour de François Hollande prouve qu'"il existe un terrain politique entre Mélenchon et Macron", selon Michel Sapin

L'ancien ministre socialiste Michel Sapin a estimé, vendredi sur franceinfo, que le succès du livre de François Hollande et le nombre de personnes qui viennent le voir est un "phénomène politique".

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Radio France
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L'ancien ministre socialiste Michel Sapin, le 8 juin 2018, sur franceinfo. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)

L'ancien chef de l'État, François Hollande, a défendu le bilan de son quinquennat pendant deux heures à la Maison de la Chimie à Paris, jeudi 7 juin, affirmant sa "fierté" d'avoir présidé "humainement". Le succès de son livre Les leçons du pouvoir en librairie et les nombreuses personnes venant le voir est un "phénomène politique", a estimé l'ancien ministre socialiste Michel Sapin, vendredi sur franceinfo. Pour lui, "il existe un terrain politique entre Mélenchon et Macron". Il y a "un intérêt renouvelé pour ce qui est un élément fondamental de la République française, c'est qu'il existe en France une gauche de gouvernement, une gauche qui a de l'ambition et une gauche qui est dans la réalité"

franceinfo : François Hollande pense-t-il à la prochaine élection présidentielle ?

Michel Sapin : Aujourd'hui, l'idée qu'il a derrière la tête, c'est qu'il y ait un regard équilibré sur son quinquennat. François Hollande ne pensait pas en écrivant son livre et en allant à la rencontre des Français qu'il y aurait un tel phénomène. Il faut analyser ce phénomène politique et ne pas le personnaliser. Il y a une part de reconnaissance des Français qui viennent le voir, mais c'est surtout un phénomène politique d'aujourd'hui : oui, il existe un terrain politique entre Mélenchon et Macron, il existe des électeurs, il existe des gens qui ont envie d'agir sur ce terrain, il est ouvert à tous.

Y a-t-il une Hollande-mania ?

Ce n'est pas l'objectif. Je pense que ce n'est pas la réalité des choses. Je pense qu'il y a beaucoup de questions. Il y a des gens extrêmement sincères qui, dans le cadre de l'élection présidentielle par exemple, compte tenu du panorama politique, compte tenu du positionnement de plus en plus recroquevillé du candidat socialiste, se sont dits que le bon candidat de la gauche, c'était Emmanuel Macron et ils ont sincèrement voté dès le premier tour pour lui. La majorité des électeurs d'Emmanuel Macron étaient des gens de gauche, sincères, plutôt satisfaits de l'action du président de la République. Aujourd'hui, ces gens-là se posent des questions, on peut le comprendre, et ils sont disponibles. Ils ont envie d'avoir un discours construit, ils ont envie de comprendre ce qui s'est passé, ils ont envie aussi de regarder l'avenir. Ce n'est donc pas de la Hollande-mania, c'est un intérêt renouvelé pour ce qui est un élément fondamental de la République française, c'est qu'il existe en France une gauche de gouvernement, une gauche qui a de l'ambition et une gauche qui est dans la réalité.

À la Maison de la Chimie, l'ancien président s'est vanté d'avoir présidé "humainement". Quel regard avez-vous ?

François Hollande décrivait, non pas le contenu de son livre, ni ne faisait l'inventaire de son quinquennat, il était dans la description de la relation aux Français. Il décrivait les gens qui viennent, ils sont extrêmement nombreux, qui pendant trois, quatre, cinq heures, font la queue pour avoir un petit mot de la part de François Hollande dans son livre. Et il disait que ce qu'il ressentait comme principal compliment que les gens qui donnaient c'est : "Vous avez présidez humainement". Je pense qu'il y a deux qualificatifs que personne ne conteste, c'est un président honnête et un président humain.

François Hollande en fait-il trop ?

Certains le diront. Je pense que ce n'est pas qu'un exercice, c'est un moment qui est important, en particulier pour la gauche et les socialistes qui sont quand même marqués, traumatisés, par la fin de ce quinquennat qui se termine avec un président de la République qui est dans la possibilité de se représenter. C'est effectivement un quinquennat inédit. Cela mérite quelques explications et ça mérite de la part du principal acteur de répondre à un certain nombre de questions qu'il se posait à lui-même et des questions que les Français, notamment de gauche, lui posaient. C'était ça hier [jeudi], c'est ça d'ailleurs son livre. "Inventaire", le terme est parfois péjoratif, François Hollande revendique ce terme d'inventaire, il l'avait d'ailleurs utilisé vis-à-vis de Lionel Jospin, en disant qu'il y avait un "devoir d'inventaire". Ça n'avait pas à faire scandale, je pense qu'il est absolument indispensable de voir les éléments positifs. Certains d'ailleurs se sont révélés en fin de quinquennat, en 2017 avec une croissance forte, des créations d'emplois, une reprise de l'activité économique, mais d'autres sont des échecs, sont des erreurs, et il sait aujourd'hui décrire ses erreurs en prenant sa part de responsabilité.

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