Déchéance de nationalité, loi Travail… Ce qu'il faut retenir des déclarations de François Hollande à "L'Obs"

Dans une interview à paraître dans "L'Obs" jeudi 13 octobre, le président de la République "solde ses comptes avec la gauche". 

François Hollande quitte le Conseil des ministres à l\'Elysée, le 12 octobre 2016.
François Hollande quitte le Conseil des ministres à l'Elysée, le 12 octobre 2016. (ALAIN JOCARD / AFP)

C'est une offensive en règle. Le chef de l'Etat a accordé un long entretien à L'Obs, à paraître jeudi 13 octobre. "Je suis prêt", déclare François Hollande, dans une proclamation qui sonne comme l'annonce d'une candidature pour 2017. L'interview est d'ailleurs publiée le même jour qu'Un président ne devrait pas dire ça (Stock), recueil de confidences intimes à deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Que retenir des déclarations du président de la République à l'hebdomadaire emblématique de la gauche de gouvernement ?

"J'ai mené une politique de gauche"

François Hollande l'affirme : "En changeant de fonctions, je n’ai pas changé d’idées. Je suis de gauche. J’ai mené une politique de gauche". Et de détailler : "Une politique de gauche, c’est avoir fait de l’Education nationale la priorité en créant 60 000 postes alors que, de 2007 à 2012, 80 000 avaient été détruits. Une politique de gauche, c’est avoir réduit les inégalités fiscales. Une politique de gauche, ce sont des avancées sociales. Et il y en a eu !"

Et de s'adresser aux écologistes, à la fin de l'envoi : "Une politique de gauche, c’est avoir réussi à conclure à Paris un accord mondial sur le climat, assuré la transition énergétique, diminué la part du nucléaire, renforcé les énergies renouvelables."

"Je regrette" les divisions sur la déchéance de nationalité

Le chef de l'Etat revient sur l'affaire de la déchéance de nationalité pour les terroristes, qui avait divisé la gauche. Il dit comprendre "le trouble que cette initiative a pu créer". François Hollande sait aussi que cette mesure n'a aucune "valeur dissuasive" puisque "les terroristes veulent mourir".

Il l'a souhaitée parce qu'elle s'inscrivait, selon lui, "dans un plan d’ensemble pour unir le pays", mais il a préféré "renoncer", en mars 2016, à cette mesure qui "divisait alors qu'elle devait rassembler". François Hollande regrette, finalement, de "ne pas avoir réussi à nous donner un cadre commun sur ces questions".

"La loi El Khomri est une loi sociale"

Le président de la République persiste et signe : "La loi El Khomri est une loi sociale". Et de poursuivre : "Elle institue le compte personnel d’activité, elle généralise la garantie jeune, elle renforce le droit syndical dans les entreprises, elle protège les salariés dans les entreprises du numérique, elle favorise le dialogue dans l’entreprise."

Il défend en ces termes les aspects qui ont scandalisé les opposants à la loi Travail : "La loi El Khomri a aussi une dimension économique. Elle clarifie les règles du licenciement. Elle simplifie la procédure prud’homale. C’était nécessaire, il y avait trop d’incertitudes pour les employeurs et d’injustice pour les salariés."

Macron ou "l'oubli du sens de la vie politique"

A L'Obs lui demandant s'il a été trahi par des ministres qui envisagent de se présenter en 2017, le chef de l'Etat répond : "Que des ministres puissent quitter un gouvernement, alors qu’ils ont l’opportunité de changer la France, d’avoir les leviers en mains pour peser sur la politique économique ou industrielle, sauver des emplois... eh bien je pense que c’est une forme d’oubli de ce qu’est le sens de la vie politique". Une façon de viser Emmanuel Macron, qui a démissionné fin août du ministère de l'Economie pour se lancer en solo dans une carrière politique.

"Ce que propose Alain Juppé, c'est une solidarité malheureuse"

François Hollande tacle Alain Juppé, qui se pose en défenseur de "l'identité heureuse" de la France. "Les deux mots sont mal choisis, estime le président. 'Identité', parce que la France est renvoyée à son passé alors que c’est l’idée de la France qui constitue son histoire et son avenir. Et 'heureuse' parce que c’est un malentendu. Ce qui est proposé par Alain Juppé, c’est une solidarité malheureuse."