Trois questions auxquelles François Fillon n'a pas répondu durant sa conférence de presse

Le candidat de la droite, acculé par les révélations sur les emplois présumés fictifs de son entourage, s'est lancé lundi dans une "opération vérité" auprès des électeurs.

François Fillon quitte sa conférence de presse organisée lundi 6 février 2017 à son QG de campagne parisien.
François Fillon quitte sa conférence de presse organisée lundi 6 février 2017 à son QG de campagne parisien. (PHILIP ROCK / ANADOLU AGENCY / AFP)

"Voilà, mesdames et messieurs, tout est sur la table." En concluant son intervention face à la presse, lundi 6 février, François Fillon l'a assuré : toute la lumière est désormais faite sur les différentes affaires d'emplois présumés fictifs qui concernent ses proches et entravent sa campagne présidentielle depuis deux semaines.

Pourtant, si le candidat du parti Les Républicains a apporté plusieurs précisions, notamment sur le statut de son épouse Penelope, au moins trois questions restent en suspens. Franceinfo dresse la liste des choses que François Fillon n'a pas dites lors de son "opération vérité".

1Pourquoi quasiment personne n'était au courant du travail de son épouse ?

Pendant plusieurs minutes, le candidat de la droite à l'élection présidentielle a détaillé le travail effectué par son épouse Penelope lorsqu'elle était son assistante parlementaire ainsi que celle de son suppléant Marc Joulaud. Outre des "tâches simples mais essentielles", comme la gestion de son courrier et de son agenda, Penelope Fillon était, selon ses dires, l'un de ses principaux liens avec sa circonscription de la Sarthe.

Elle m’a représenté dans des manifestations culturelles locales. C’est encore elle qui a reçu et renvoyé vers les entreprises de la région les CV et les demandes d’emplois que les Sarthois m’adressaient. C’est toujours elle qui a traité les réclamations de ces derniers lorsqu’ils rencontraient des difficultés administratives.François Fillon

Comment expliquer alors que malgré ces nombreuses missions, si peu d'habitants du fief électoral de l'ancien Premier ministre aient eu affaire à Penelope Fillon ? L'équipe d'"Envoyé spécial" qui s'est rendue sur place a eu la plus grande difficulté à trouver des administrés qui ont pu être en contact avec l'épouse de François Fillon.

Comme la majorité des élus de Sablé interrogés par l'envoyée spéciale de franceinfo, le conseiller municipal d'opposition Gérard Frétellière n'avait aucun souvenir d'avoir vu Penelope Fillon à l'œuvre. Il assurait même que "personne [n'avait] jamais entendu que Penelope Fillon était assistante parlementaire. Même des gens de la majorité ne savaient pas".

2En quoi consistait le travail de Penelope Fillon à la "Revue des deux mondes" ?

La réalité du travail effectué par Penelope Fillon au sein de la Revue des deux mondes n'a tout simplement pas été évoqué par le candidat. L'emploi de l'épouse de l'ancien Premier ministre entre mai 2012 et décembre 2013 au sein du magazine détenu par le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, pour une rémunération brute d'environ 100 000 euros, est pourtant l'un des volets de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs.

Une perquisition a eu lieu dans les locaux de la revue et son propriétaire a été entendu par les enquêteurs, ainsi que le directeur de la revue à l'époque, Michel Crépu. L'épouse de François Fillon "a bien signé deux ou peut-être trois notes de lecture", mais "à aucun moment (...) je n'ai eu la moindre trace de ce qui pourrait ressembler à un travail de conseiller littéraire", déclarait Michel Crépu dans les colonnes du Canard enchaîné lorsque le journal a révélé l'affaire.

Lundi, Marc Ladreit de Lacharrière a réaffirmé à l'AFP que l'emploi de Penelope Fillon dans cette publication entre mai 2012 et décembre 2013 n'avait "rien de fictif", sans donner davantage de précisions.

3Son embauche était-elle un renvoi d'ascenseur ?

Dans son édition datée du mardi 7 février, Le Monde (article payant) révèle que les enquêteurs s'interrogent désormais sur l'élévation de Marc Ladreit de Lacharrière au grade de grand'croix de la Légion d'honneur le 31 décembre 2010. Le décret indique que cette promotion, effectuée par Nicolas Sarkozy, a été prise "sur le rapport du Premier ministre" de l'époque, François Fillon.

Deux ans plus tard, la Revue des deux mondes détenue par le milliardaire embauchait Penelope Filllon. De quoi y voir un échange de bons procédés ? Interrogé par Le Monde, son avocat Antonin Lévy assure que cette décoration est "pleinement justifiée" et n'a "aucun lien avec l’embauche de Madame Fillon intervenue bien plus tard". Lors de sa conférence de presse, François Fillon n'a rien dit à ce sujet.

Dans une déclaration à l'AFP, Marc Ladreit de Lacharrière se dit de son côté "très choqué" du lien effectué par "certains articles" entre ces deux événements.