Affaire Fillon : Emmanuel Macron saisit le Conseil supérieur de la magistrature après les "pressions" évoquées par l'ex-procureure en charge du dossier

Le président demande à l'instance "d’analyser si le parquet national financier a pu exercer son activité en toute sérénité, sans pression".

Penelope et François Fillon au palais de Justice de Paris lors de leur procès pour des soupçons d\'emploi fictif, le 10 mars 2020.
Penelope et François Fillon au palais de Justice de Paris lors de leur procès pour des soupçons d'emploi fictif, le 10 mars 2020. (THOMAS SAMSON / AFP)

D'abord passés inaperçus, les propos de l'ancienne cheffe du Parquet national financier sur les "pressions" qu'elle dit avoir subies quand elle était en charge de l'affaire Fillon, en 2017, n'en finissent plus de secouer la classe politique. Après deux jours de polémique, l'Elysée a annoncé, vendredi 19 juin, qu'Emmanuel Macron saisissait "pour avis" le Conseil supérieur de la magistrature, dont la fonction est de veiller à l'indépendance des magistrats, afin de "lever tout doute sur l’indépendance et l’impartialité de la justice dans cette affaire".

Les propos d'Eliane Houlette, qui a depuis quitté la tête du PNF, "ont suscité un émoi important" et "sont interprétés par certains comme révélant d’éventuelles pressions qui auraient pu être exercées sur la justice dans une procédure ouverte à un moment essentiel de notre vie démocratique", écrit l'Elysée dans un communiqué.

Selon la présidence, Emmanuel Macron a demandé au Conseil supérieur de la magistrature "d’analyser si le parquet national financier a pu exercer son activité en toute sérénité, sans pression, dans le cadre d’un dialogue normal et habituel avec le parquet général".

Une "pression très lourde"

Le 10 juin, lors d'une audition à l'Assemblée nationale, Eliane Houlette avait affirmé avoir subi "un contrôle très étroit et une pression très lourde" du parquet général, sous l'autorité duquel est placé le PNF, et qui est lui-même sous l'autorité du ministère de la Justice.

Elle a expliqué avoir reçu, après l'ouverture d'une enquête préliminaire sur les soupçons d'emploi fictif révélés par le Canard enchaîné, de nombreuses demandes d'information sur l'enquête, et avoir été convoquée par le parquet général pour la convaincre d'ouvrir une information judiciaire. "On ne peut que se poser des questions" au sujet de ces pressions, a-t-elle estimé devant les députés.

Un fonctionnement normal, assure la procureure générale

Après avoir été rapportés dans un article du Point, mercredi, ces déclarations ont provoqué des réactions virulentes de nombreux responsables politiques. Au sein de LR, dont François Fillon était le candidat à la présidentielle quand l'affaire a éclaté. Mais aussi de la part de Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Marine Le Pen (RN), qui ont vu dans ces déclarations la preuve d'un contrôle politique sur la justice, alors que leurs partis sont actuellement visés par des enquêtes du PNF.

Vendredi, Eliane Houlette a "regretté" que ses propos aient été "déformés ou mal compris" : les pressions évoquées ne portaient "pas sur les faits reprochés à M. Fillon ni sur le bien-fondé des poursuites" mais "étaient d'ordre purement procédural", a-t-elle précisé dans une déclaration à l'AFP. "M. Fillon n'a pas été mis en examen à la demande ou sous la pression du pouvoir exécutif".

La veille, la procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, déjà en poste en 2017 et donc visée directement par les remarques d'Eliane Houlette, avait affirmé "regretter que ce qui est le fonctionnement régulier du ministère public soit assimilé à des pressions".