Présidentielle : "Cette fois-ci, on peut penser que cela va augurer d'une recomposition sur le fond"

Le politologue et constitutionnaliste Olivier Rouquan voit un "chamboulement pas simplement sur le plan des personnes, mais sur le plan également des idées" dans la qualification d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, au second tour de l'élection présidentielle. 

Montage des deux finalistes de l\'élection présidentielle française. Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont remporté le premier tour, le 23 avril 2017.
Montage des deux finalistes de l'élection présidentielle française. Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont remporté le premier tour, le 23 avril 2017. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont qualifiés, dimanche 23 avril, pour le second tour de la présidentielle. Un résultat qui signe l'arrêt de mort de la bipolarité pour Olivier Rouquan, politologue, constitutionnaliste, invité de franceinfo lundi. "Il est clair que les deux partis de gouvernement sont sanctionnés, sévèrement", a-t-il expliqué. Pour lui, le système politique est en "plein chamboulement pas simplement sur le plan des personnes, mais sur le plan également des idées. On est sur des placements de lignes de fracture."

franceinfo : Est-ce un accident ou une nouvelle donne ?

Olivier Rouquan : Ce n'est pas un accident parce que cela fait écho à ce qu'il s'était passé en 2002. C'est parce que les partis de gouvernement n'ont pas réglé un certain nombre de problèmes, internes également, qu'on a le droit, quasiment 20 ans plus tard, à une telle seconde réplique. Cette fois-ci on peut penser que cela va augurer d'une recomposition sur le fond.

Ce résultat est-il dû au fait qu'on ait sous-estimé le besoin de renouvellement de la classe politique ?

Il est vrai que ce besoin, ces attentes apparaissaient dans de nombreuses enquêtes d'opinion depuis longtemps. Il y a bien des signes d'une volonté de participer davantage, d'où le thème récurrent des référendums. Il y a cet arrière-plan de rejet, de défiance vis-à-vis du politique. Donc, tout ceci permet de comprendre que les électeurs aient privilégié une volonté de changer l'incarnation. Mais ce n'est pas dissociable du fond et donc des idées. Pour les législatives, les vieux partis vont se défendre, les nouveaux vont avoir plus ou moins de facilités à émerger. Mais la présidentielle donne un nouveau sens.

La France qui va bien vote Macron, celle qui va mal vote Le Pen. Etes-vous d'accord ?

Il est vrai. Cela se mesure. Cela recoupe un peu cette dichotomie un peu simpliste sur les déçus ou plutôt sur les personnes qui ont un espoir. On voit bien du côté de Marine Le Pen un vote important d'ouvriers, d'employés, alors que chez Emmanuel Macron on est plus sur les catégories supérieures.

Marine Le Pen peut-elle remporter cette présidentielle ?

Elle a peut-être un potentiel chez les abstentionnistes, auprès d'un électorat tel que celui de Dupont-Aignon, voire de François Fillon. Mais remarquons quand même que François Fillon a chauffé à blanc son noyau pendant des semaines et qu'il lui est arrimé. Il n'est pas du tout sûr que ses électeurs ne privilégient pas l'abstention plutôt qu'un vote Le Pen. Le potentiel de voix pourrait également inclure des électeurs qui sont très critiques, très réservés vis-à-vis du projet européen.

Le Front national est quand même enkysté du fait de ses choix en matière d'immigration.Olivier Rouquan, politologue et constitutionnalisteà franceinfo

Donc, ce projet de société fermée pourrait empêcher certains électeurs très eurocritiques de rejoindre la candidate. Cela dit, dans les intentions de vote il y a quand même aux alentours de 38% [d'électeurs] potentiellement prévus, ce qui serait du jamais vu, un score déjà très élevé.

Olivier Rouquan : "Sur le plan également des idées. On est sur des placements de lignes de fracture."
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