"Le Canard enchaîné" raconte comment les généraux ont piégé Macron dans l'affaire Pétain

L'hebdomadaire satirique détaille les coulisses de la polémique sur l'hommage au maréchal Pétain lors des commémorations du centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale. 

Emmanuel Macron lors des commémorations du centenaire de l\'armistice de la Première Guerre mondiale, à la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais), le 8 novembre 2018.
Emmanuel Macron lors des commémorations du centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale, à la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais), le 8 novembre 2018. (Ludovic MARIN / AFP)

Que s'est-il passé entre les généraux et Emmanuel Macron à propos de l'hommage à Philippe Pétain ? Dans son édition du mercredi 14 novembre, Le Canard enchaîné dévoile les coulisses des échanges entre le président de la République et l'état-major des armées sur le sujet. Tout commence le 18 septembre à Clermont-Ferrand lorsque la Mission du centenaire présente en détail les commémorations de l'armistice de la Première Guerre mondiale. Le dossier de presse annonce un hommage aux huit maréchaux de la Grande Guerre aux Invalides, à Paris, le 11 novembre. Et donc à Philippe Pétain. 

Selon Le Canard, cette initiative a bien sûr été validée par l'Elysée "qui n'y a pas vu malice". "Le chef d'état-major des armées a dit au président : 'On ne peut pas terminer les commémorations sans un hommage à nos chefs militaires', et le chef de l'Etat s'est laissé embobiner", affirme au journal un haut fonctionnaire. Toujours selon Le Canard, "le président devait s'incliner devant le bâton du maréchal Pétain et ceux des maréchaux Foch, Joffre, Lyautey et Fayolle (...)". A la manœuvre : le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, le chef d'état-major particulier du Président, l'amiral Bernard Roguel, et le gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Le Ray. 

Un hommage à cinq maréchaux au lieu de huit

Mais une partie des universitaires réunis à Blois pour les Rendez-vous de l'histoire, le 13 octobre, protestent. La cérémonie est alors annulée. "Chassés par la porte, les militaires reviennent par la fenêtre", assure Le Canard. Les généraux s'empressent d'organiser une nouvelle cérémonie, le 10 novembre, toujours aux Invalides, mais cette fois sans le président de la République, remplacé par son chef d'état-major particulier. Il s'agit toujours d'un hommage aux huit maréchaux mais seules les tombes des cinq maréchaux enterrés aux Invalides seront fleuries. Ce qui exclut Pétain, inhumé à l'île d'Yeu (Vendée).

Je n'irai pas, mais je les laisserai faire leur truc.Emmanuel Macron à ses prochesLe Canard enchaîné

La polémique démarre vraiment début novembre lorsque Emmanuel Macron, interpellé sur le sujet à Charleville-Mézières (Ardennes) en pleine "itinérance mémorielle" déclare qu'il est "tout à fait légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit aussi l'armée à la victoire". S'ensuivront plusieurs jours de controverse. Finalement, la cérémonie s'est déroulée aux Invalides, à Paris, et s'est résumée à un dépôt de gerbes devant les tombes des maréchaux Foch, Lyautey, Maunoury, Franchet d'Espèrey et Fayolle. La presse n'a pas été conviée.