L'implication d'Alexandre Benalla dans la sécurité rapprochée du président était "dangereuse, handicapante et anormale"

Le président de l'entreprise de sécurité privée Diomède Protection, Pascal Bitot-Panelli, revient, samedi pour franceinfo, sur le profil du collaborateur de l'Elysée.

Le parquet de Paris a ouvert une enquete preliminaire apres l\'agression d\'un manifestant par un collaborateur de l\'Elysee Alexandre Benalla, charge de mission aupres du chef de cabinet du president de la Republique.
Le parquet de Paris a ouvert une enquete preliminaire apres l'agression d'un manifestant par un collaborateur de l'Elysee Alexandre Benalla, charge de mission aupres du chef de cabinet du president de la Republique. ( / MAXPPP)

Le profil d'Alexandre Benalla, auteur présumé de violences dans le cadre des manifestations du 1er-Mai, comme l'a révélé Le Monde en diffusant une vidéo, continue d'interroger, y compris les spécialistes. Pascal Bitot-Panelli, président de Diomède Protection, ex-commandant fonctionnel du SPHP (service de protection des hautes personnalités) estime que la protection d'un président de la République ne peut pas être "effectuée par quelqu'un comme M. Benalla", car elle est de la responsabilité du groupe de sécurité de la présidence de la République, composé de policiers et de gendarmes d'élite.

franceinfo : Est-ce que le profil d'Alexandre Benalla correspond à ce que vous avez vu sur le terrain auprès des présidents ?

Pascal Bitot-Panelli : Non. La protection du président de la République, dès qu'il ne s'agit plus du candidat, n'est pas effectuée par quelqu'un comme M. Benalla, mais par un service d'élite, de haut niveau professionnel, qui s'appelle le Groupe de sécurité de la présidence de la République. Avec M. Benalla, on est face à quelque chose de très particulier. Quelqu'un qui s'est occupé de la sécurité du candidat et qui, sans doute parce qu'il est sympathique, souriant, serviable, qui a été apprécié du président et qui, d'une manière assez fulgurante, s'est inscrit dans son premier cercle. Il est resté avec le président, puis a été nommé à un poste prestigieux. Ce monsieur-là ne fait en aucun cas parti du Groupe de sécurité de la présidence de la République. Il est sur un poste parallèle. Il a beaucoup de responsabilités, mais elles sont plus d'ordre organisationnelles et lorsque je le voyais sur un dispositif du GSPR avec une oreillette, occupant des postes de protection très rapprochée, c'est pour moi techniquement dangereux, gênant, handicapant et anormal.

Comment sont recrutés ces gardes du corps ?

Ils sont recrutés via deux services où sont formés les fonctionnaires étatiques : le groupe de sécurité de la présidence de la République, qu'on nomme GSPR, est une unité de la police nationale française ; et de la gendarmerie nationale, qui est rattachée, au SPLD, c'est-à-dire le service de la protection. Les policiers issus du SDLP et les gendarmes de la force de sécurité du GIGN sont tous des gens de très haut niveau, qui ont passé des tests, qui ont subi des mois de formation. J'ai un adage : "à homme d'État, homme d'élite". Naturellement, lorsqu'il y a une passation de pouvoir, il se peut qu'un ou deux fonctionnaires puissent rester pour passer le relais et lancer une équipe. Très souvent, au bout de quelques semaines, ces gens-là sortent et l'équipe est nouvelle.

Quelles sont leurs missions ?

Les missions sont simples et ultimes : c'est la protection d'élite de l'État. C'est assurer la protection personnelle et immédiate du président de la République française, de sa famille et de certaines personnalités. C'est, par ailleurs, de mettre en œuvre l'ensemble des mesures organisationnelles et matérielles liées à la sécurité des déplacements du président de la République.

Des liens importants se créent-ils entre ces gardes du corps et le chef de l'État ?

C'est une obligation, puisque dans ce métier on vit H24 avec les plus hauts personnages de l'État. On voit beaucoup de choses de leur vie et on est censé avoir une abnégation totale, c'est-à-dire donner leur vie pour eux. Dans ce partage, forcément, il se lie des choses et c'est important qu'il y ait de la confiance, qu'il y ait du retour, qu'il y ait du partage d'informations. Autrement, ça ne peut pas fonctionner.