Ce qu'il faut retenir de l'audition d'Alexandre Benalla devant la commission d'enquête sénatoriale

L'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron a de nouveau été entendu lundi par les sénateurs de la commission des lois.

Alexandre Benalla arrive au Senat (Paris) pour son audition devant la commission d\'enquête, le 21 janvier 2019.
Alexandre Benalla arrive au Senat (Paris) pour son audition devant la commission d'enquête, le 21 janvier 2019. (ALAIN JOCARD / AFP)

Des voyages en Afrique, une utilisation abusive de passeports... Alexandre Benalla, ex-collaborateur d'Emmanuel Macron, s'est une nouvelle fois retrouvé, lundi 21 janvier, devant la commission des lois du Sénat, qui enquête sur des dysfonctionnements qualifiés dimanche par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, d'"incompréhensibles pour les Français".

Les sénateurs avaient déjà auditionné Alexandre Benalla, le 19 septembre, après sa mise en examen pour des violences sur des manifestants le 1er-Mai, à Paris, alors qu'il était "observateur" aux côtés de la police. Il a de nouveau été mis en examen vendredi, cette fois pour l'utilisation abusive de passeports diplomatiques après avoir été licencié, fin juillet. Voici ce qu'il faut retenir de cette audition, au cours de laquelle il a reconnu "un certain nombre d'erreurs".

"En six mois, on a réussi à faire de moi un personnage sulfureux, diabolique, infréquentable", a commenté Alexandre Benalla, qui estime avoir subi un "lynchage en règle" et un "déferlement médiatique". Il a ajouté : "Je pense de manière très modeste avoir contribué à la construction de ce personnage, de par des propos que j'ai pu tenir, de par parfois mon attitude qui a peut-être été jugée décalée. J'ai pu donner une mauvaise image de moi."

Il s'est défendu d'avoir menti

Lors de sa précédente audition, l'ex-homme de confiance d'Emmanuel Macron avait déclaré que ses documents d'identité se trouvaient probablement à la présidence. "Je ne vous ai pas menti le 19 septembre lorsque je vous ai dit que mes passeports étaient à l'Elysée", a déclaré "solennellement" et "sous serment" l'ancien adjoint au chef de cabinet.

Alexandre Benalla, qui a effectué plusieurs voyages d'affaires – notamment en Afrique – après avoir quitté ses fonctions à l'Elysée, a assuré avoir restitué les passeports "à la demande de la présidence de la République et du ministère des Affaires étrangères (...) dans le courant du mois d'août 2018". Il a indiqué que ces passeports lui avaient "été rendus à nouveau début octobre 2018 (...) avec un certain nombre d'éléments personnels, un chéquier, une paire de clés, etc.".

"Ces passeports n'étaient pas désactivés (...) sinon je n'aurais pas voyagé avec ces passeports", a-t-il ajouté, reconnaissant une "faute, "un manque de discernement", mais estimant que cela ne mérite pas "les proportions que tout ça a pris depuis le début de cette affaire".

Il a refusé de répondre à des questions sur ses passeports

Interrogé sur l'attribution de ses passeports diplomatiques, Alexandre Benalla a refusé à plusieurs reprises de répondre aux questions de la commission d'enquête sénatoriale. "Les conditions d'attribution, de détention et d'obtention, ainsi que de restitution de ce passeport concernent l'information judiciaire en cours", a-t-il déclaré. "Je ne répondrai pas à ces questions devant votre commission, j'en suis désolé", a encore ajouté Alexandre Benalla, s'attirant les remontrances du président de la commission, Philippe Bas. "Vous êtes obligé d'y répondre (...). Elles concernent le fonctionnement de l'Etat et non pas des fautes que vous auriez pu commettre et elles ne sont donc pas reliées à cette information judiciaire."

Réitérant ensuite à plusieurs reprises ce refus, malgré l'insistance de Philippe Bas et du rapporteur Jean-Pierre Sueur, Alexandre Benalla a ajouté : "Je respecte le cadre qui m'a été conseillé par mon avocate de ne pas faire d'auto-incrimination. Dès lors que vous êtes mis en cause par la justice, toutes les déclarations que je peux faire devant vous sous serment peuvent être retenues contre moi par la justice ultérieurement", a-t-il rétorqué, se disant "très respectueux des institutions" et en conséquence souhaitant réserver ses réponses aux juges.

Vous avez une conception singulière du respect des institutions.Philippe Bas, président de la commission d'enquête du Sénat

Il a affirmé qu'il ne détenait "aucun secret sur qui que ce soit"

Alexandre Benalla a également affirmé devant la commission d'enquête sénatoriale qu'il n'exerçait "aucun chantage", réfutant en creux avoir été protégé par l'Elysée. "Je ne détiens aucun secret. Aucun secret sur qui que ce soit. Je ne fais aucun chantage. J'essaie d'expliquer un certain nombre de dysfonctionnements (...) mais il ne faut pas en déduire que tout ça est dû (...) à un secret que je détiendrais", a affirmé l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron.