Campagne présidentielle, affaire Benalla… "Mimi" Marchand, la papesse de la presse people dans l'ombre des Macron

Ancienne journaliste people aujourd'hui à la tête de l'agence de presse Bestimage, cette proche de Brigitte Macron est soupçonnée d'avoir la mainmise sur la couverture photo de l'Elysée. Portrait d'une discrète, mais régulière visiteuse du palais présidentiel. 

Michèle Marchand, dans la cour de l\'Elysée, le 16 novembre 2016. 
Michèle Marchand, dans la cour de l'Elysée, le 16 novembre 2016.  (MAXPPP)

Sa voix rauque, façonnée par la cigarette, traverse le téléphone. "Trop de mensonges, de sottises, d’amalgames nauséeux ont été écrits sur moi", souffle Michèle Marchand. A 71 ans, la papesse de la presse people, que Le Monde soupçonne d'être intervenue dans la gestion de crise de l'affaire Benalla, oppose, en quelques textos, un refus courtois, mais ferme, à la demande d'interview de franceinfo. "Moins on parle de moi, mieux je me porte !" lançait déjà "Mimi" au Parisien en avril, deux ans après son engagement aux côtés d'Emmanuel et Brigitte Macron. Pas question pour l'hyperactive patronne de l'agence de presse Bestimage de parader sur la scène médiatique. Des couloirs de l'Élysée au chevet de célébrités, sa place est en coulisses.

Conseillère officieuse

Son visage a pourtant lui aussi été traqué dans les bases des agences photo. Derrière son allure de Madame-Tout-le-monde – carré blond, imposantes lunettes de soleil et tenue sans fard –, "Mimi" a été l'atout com de la campagne électorale d'Emmanuel Macron. La rencontre avec le futur couple présidentiel a lieu au printemps 2016, par l'entremise du fondateur de Free, Xavier Niel, rapporte Vanity Fair. Propulsée dans le monde politique par son ministre de mari, Brigitte Macron découvre l'empressement des paparazzis et la cruauté des rumeurs difficiles à éteindre. A l'époque, on prête à Emmanuel Macron une liaison avec Mathieu Gallet, le patron de Radio France. L'oreille de celle qui côtoie le tout-Paris people, de BHL à Carla Bruni-Sarkozy en passant par Johnny Hallyday, se révèle alors précieuse. C'est elle qui conseille au futur président de démentir avec humour la rumeur, raconte L'Express.

En prime, "Mimi" convainc le couple de poser en couverture de Paris Match short et polo pour monsieur, maillot de bain à fleurs pour madame. "Réfléchis. Toute la France parle de votre différence d’âge. Eh bien là, tu vas leur en mettre plein les mirettes. Assume ! Tu es belle", aurait conseillé Michèle Marchand à Brigitte Macron. Le cliché, publié en août 2016, est signé de son agence, Bestimage.

Brigitte Macron est sensible aux conseils que lui apporte Michèle Marchand, alors qu'elle fait face à un fort intérêt médiatique.Un proche de la première dameà franceinfo

Si elle ne sera jamais formalisée par écrit, assure l'Élysée à franceinfo, la collaboration du candidat avec Bestimage se systématise durant le reste de la campagne présidentielle. "Il y a un contrat d’exclusivité moral avec Bestimage. Cela permet de mieux maîtriser leur image, le choix des photos qui circulent sur eux", reconnaît d'ailleurs Sylvain Fort, ancien porte-parole d’En marche !, dans L'Obs, début 2017. 

Michèle Marchand accompagne Brigitte Macron au Touquet, le 22 avril 2017. 
Michèle Marchand accompagne Brigitte Macron au Touquet, le 22 avril 2017.  (ERIC FEFERBERG / AFP)

Fausse interview et détention provisoire

Cette proximité entre Michèle Marchand et le couple Macron a interpellé certains détracteurs. Car la "Mata Hari de la presse people" arbore un CV sulfureux, qui détonne dans les salons feutrés du Palais. Née en 1947 d'un couple de coiffeurs, à Vincennes (Val-de-Marne), "Mimi" s'est d'abord lancée dans le milieu de l'automobile en achetant deux garages dans les années 1970, avant de tenter sa chance à Los Angeles, aux États-Unis, où elle assure à Vanity Fair avoir "retapé des maisons puis des Peugeot 403 comme celle de Columbo".

De retour en France, elle se lance dans le business des boîtes de nuit lesbiennes à Paris ("Mais je n'ai jamais été danseuse nue !" précise-t-elle). Liée par son compagnon de l'époque à une histoire de braquage, elle passe deux années en détention provisoire entre 1988 et 1990 avant d'être relaxée. Un épisode qu'elle désigne aujourd'hui pudiquement comme un "break".

En 1996, à presque 50 ans, elle intègre Voici. Bosseuse, disposant de nombreux indics, elle se rend rapidement indispensable… avant d'être virée deux ans plus tard, accusée d'avoir bidonné une interview. Peu importe : l'infatigable continue de travailler pour le magazine people comme pigiste, et se fait rémunérer via une société nommée Shadow and Co ("Ombre et compagnie"). Les importants mouvements financiers sur le compte de celle-ci finissent par alerter la cellule anti-blanchiment de Bercy, ce qui vaut à Michèle Marchand un nouveau séjour de quelques jours en prison en 2003.

"A 3 heures du matin, elle répond encore"

"Tout le monde la croyait finie, on lui a tourné le dos… Et elle s’en est sortie grâce à son réseau", admire l'ex-paparazzi Jean-Claude Elfassi, interrogé par franceinfo. L'affaire s'est terminée par un non lieu. En 2007, Michèle Marchand fonde Purepeople, premier pure player consacré à l'actualité des célébrités, avant de reprendre en 2011 l'agence photo du "roi des paparazzis" Daniel Angeli, qu'elle transforme en l'une des principales agences de presse people : Bestimage.

Michèle Marchand avec Laeticia Hallyday, lors des funérailles de Johnny Hallyday, le 8 décembre 2017. 
Michèle Marchand avec Laeticia Hallyday, lors des funérailles de Johnny Hallyday, le 8 décembre 2017.  (WITT/SIPA)

Crainte et respectée, Michèle Marchand "manie la carotte et le bâton". Elle mobilise "le réseau de toute une vie dans le milieu parisien" pour obtenir et vendre ses scoops, explique un ancien collaborateur. Et tous les coups sont permis. "On se salissait mutuellement auprès de nos sources", se rappelle Jean-Claude Elfassi, qui dit lui filer désormais ses tuyaux.

C'est quelqu’un qui travaille 20 heures sur 24. A 3 heures du matin, elle répond encore au téléphone.Jean-Claude Elfassi, ancien paparazzià franceinfo

Mêlant véritables révélations et exclusivités obtenues à coups de paparazzades arrangées avec les stars, le "tableau de chasse" de Michèle Marchand est chargé : grossesse de Rachida Dati, clichés de Ségolène Royal en maillot de bain ou du mariage de Cécilia Attias… On lui attribue aussi le scoop des photos de Julie Gayet et François Hollande casqué, rue du Cirque à Paris, en une de Closer, réalisées par le paparazzi Sébastien Valiela, dont Michèle Marchand est très proche. Un "coup" dont elle a toujours démenti être à l'origine, souligne Marie Claire.

Des photos validées par Brigitte Macron

Après l'élection d'Emmanuel Macron, la présence discrète, mais régulière, de Michèle Marchand à l'Elysée – attestée par plusieurs photographes auprès de franceinfo – a continué de faire grincer des dents les agences de presse concurrentes. "Il y a toujours eu des photographes plus proches du président que d'autres, mais ça n'a jamais existé dans de telles proportions qu'avec Emmanuel Macron", estime un professionnel de l'image chargé du suivi de l'Elysée.

Du côté de l'exécutif, on affirme que Bestimage peut bénéficier "d'un accès particulier", de "manière très ponctuelle", mais que l'agence "n'est pas privilégiée". La présence de "Mimi" au palais présidentiel s'explique, selon l'Elysée, par une proximité "à titre personnel" avec les Macron. Un mélange des genres donnant lieu à "des méthodes pas très clean", au dire de ses concurrents, plus soucieux de la déontologie, mais qui n'en livreront pas plus.

Selon Le Canard enchaîné, Michèle Marchand est allée jusqu'à faire valider ses photos par Brigitte Macron. La scène, confirmée à franceinfo par un des témoins, a eu lieu le 29 mars lors d’une réunion du comité de liaison de la presse, l’association créée sous René Coty pour organiser le travail des photographes avec l’Élysée. "C’est comme ça ! Si je fais pas ça, je travaille pas !" a-t-elle lancé, selon l'un des participants contactés par franceinfo. "Au comité de liaison, c’est la première fois qu’on voit ce genre de méthodes", peste-t-il, tandis qu'un autre concurrent prend la chose avec plus de philosophie : "C'est la préférée du président. Elle sait très bien se positionner malgré son âge, elle a été plus maligne que les autres pour se faire accepter. Je dis chapeau !"

Une présence étonnante auprès de Benalla

Dans quel but exactement ? Au fil des mois, Michèle Marchand est-elle devenue plus qu'une simple patronne d'agence de presse ? Son arrivée inopinée en plein entretien d’Alexandre Benalla, mercredi 25 juillet, avec les journalistes du Monde a fait penser qu'elle avait été appelée à la rescousse pour gérer la crise. Une "preuve que dans la tempête, Alexandre Benalla n'est pas un homme seul", a souligné le quotidien.

L'intéressée dément formellement ce rôle de conseil en communication, justifiant sa présence par son amitié avec Marc Francelet, le propriétaire de l’appartement où se déroulait l’interview. "J'étais venue donner des clés d'une maison de vacances à Biarritz à Marc, un ami que je connais depuis plus de quarante ans. Je suis arrivée, et Marc me dit qu'il y a un photographe du Monde pour Alexandre Benalla", a-t-elle affirmé à L'Express. Pourtant, elle n’a pas pu s’empêcher de conseiller à l’ex-chargé de mission de réserver les droits de son portrait au Monde, afin d’éviter sa diffusion dans toute la presse, précise Le Parisien.

A L’Obs, Michèle Marchand assure encore que ses "rapports" avec l’Élysée "sont devenus très lointains" par rapport à "ceux qui sont colportés". Si le cabinet de Brigitte Macron admet qu'elle est bien venue "à plusieurs reprises les premiers mois du quinquennat" pour transmettre aux conseillers de la première dame "des sollicitations presse qu’elle recevait directement", il affirme que, désormais, "les rendez-vous avec Michèle Marchand sont de moins en moins nombreux". Reste que si elle n’a pas de rôle officiel, on l'a encore aperçue à deux reprises arpenter les couloirs du palais présidentiel au mois de juillet. Une première fois, le 5 juillet, pour un rendez-vous avec le cabinet de Brigitte Macron ; une seconde à l'occasion du retour des Bleus, le 16 juillet. Signe que l’ombre de "Mimi" se faufile toujours à l’Élysée.