Pour la énième fois, Hollande promet que "les couacs, c'est fini"

Le recadrage effectué après la polémique sur les Roms est le dernier en date d'une longue série.

Le président de la République, François Hollande, lors d\'un déplacement consacré à l\'agriculture, le 2 octobre 2013 à Cournon-d\'Auvergne (Puy-de-Dôme).
Le président de la République, François Hollande, lors d'un déplacement consacré à l'agriculture, le 2 octobre 2013 à Cournon-d'Auvergne (Puy-de-Dôme). (LCHAM / SIPA)

François Hollande l'a promis : après la brûlante polémique sur les Roms, le chef de l'Etat a juré, mercredi 2 octobre, que "c'[était] la dernière fois" qu'il aurait à recadrer ses ministres. Un air de déjà vu ? Et pour cause ! Depuis le 6 mai 2012, le président de la République et le Premier ministre ont eu de multiples occasions de "recadrer" les membres du gouvernement, de les "mettre en garde", de les "avertir", de siffler la fin de la récré… Francetv info revient sur tous ces avertissements restés, jusqu'à présent, sans véritables effets.

18 mai 2012, les couacs, face à "la concertation"

C'est le premier couac du quinquennat. Invité de France Inter ce matin-là, le ministre de l'Education, Vincent Peillon, annonce le retour de la semaine de cinq jours à l'école primaire, et ce dès la rentrée 2013. Vingt-quatre heures plus tard, le chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault, adresse un avertissement à son ministre, comme à l'ensemble de ses collègues : "La méthode, c'est la concertation."

"Il ne s'agit bien sûr pas d'interdire aux ministres de parler et d'évoquer des pistes de réflexion, explique-t-on du côté de Matignon. Mais il s'agit de parler quand on a quelque chose à dire et non pas de se lancer dans une quête frénétique des médias."

9 septembre 2012 : les couacs, "c'est fini"

Quelques mois plus tard, François Hollande est contraint de constater que, malgré la mise en garde de Jean-Marc Ayrault, les couacs se sont bel et bien multipliés. Sur TF1 pour son interview de rentrée, le chef de l'Etat hausse le ton : de la cacophonie, "il y en a toujours dans tous les gouvernements", relativise-t-il, mais cette fois, "c'est fini", promet-il. 

"Quelques ministres ont fait leur apprentissage, et parfois se sont laissé aller à des commentaires qui n'avaient pas grand-chose à voir avec leur ministère, embraye Jean-Marc Ayrault sur Europe 1C'est terminé. Je crois que les choses sont claires."

23 octobre 2012 : les couacs, "c'est terminé"

Divisions sur le droit de vote des étrangers aux élections locales, hésitations sur le traité budgétaire européen, atermoiements sur la procréation médicalement assistée, divergences sur la dépénalisation du cannabis... Un mois plus tard, le Premier ministre se sent obligé de répéter sa mise en garde.

"Le temps de l'apprentissage est terminé, martèle Jean-Marc Ayrault en marge d'un déplacement. Chaque membre du gouvernement n'a qu'une obligation : travailler sur la partition qui lui a été donnée, c'est-à-dire la partition gouvernementale et la part qu'il a à y prendre."

3 janvier 2013 : les couacs, face aux "individualités"

Rebelote en début d'année. Lors du premier Conseil des ministres, François Hollande sermonne les siens : "Un gouvernement, ce n’est pas une addition d’individualités, c’est un ensemble qui a son identité, son image, sa personnalité. Et aussi son chef. C’est ainsi que vous devez agir. En équipe." 

"Il peut y avoir des débats au sein du gouvernement, ajoute le président de la République. Une fois l’arbitrage du Premier ministre intervenu, sous mon autorité, il vous engage, sans restriction, sans exception et sans exclusive." Promis : en 2013, il n'y aura plus de couacs.

10 avril 2013 : les couacs, face à "la politique conduite"

L'exécutif mène-t-il une politique d'austérité ? C'est ce que pensent un certain nombre de ministres, comme Arnaud Montebourg, Cécile Duflot, Benoît Hamon, ou Christiane Taubira. Les critiques, émises publiquement par les intéressés, font tâche.

"Aucun ministre ne peut remettre en cause la politique qui est conduite !", déplore François Hollande dans une allocution à l'Elysée. Quatre jours plus tard, Arnaud Montebourg esquive l'avertissement : "Un gouvernement ce n'est pas une caserne. Nous ne sommes pas tous au garde-à-vous."

3 juillet 2013 : les couacs, et le "principe de solidarité"

Delphine Batho commet le couac de trop. Après avoir dénoncé "un mauvais budget" pour l'écologie, la ministre est poussée à la démission. Pour François Hollande, Delphine Batho a en effet "manqué au principe majeur de solidarité gouvernementale".

"Il y a une règle que chacun doit comprendre, dans un gouvernement il n'y a pas deux politiques, appuie Jean-Marc Ayrault. Il n'y a qu'une ligne au gouvernement (...) La solidarité gouvernementale est la garantie de l'efficacité."

25 août 2013 : les couacs, et "les partitions en solo"

Deux mois plus tard, le Premier ministre monte à nouveau au créneau pour dénoncer l'attitude de certains de ses ministres. A l'université d'été du PS, Jean-Marc Ayrault se place du côté des militants socialistes, qui ne comprennent pas "que les jeux personnels puissent ruiner les efforts que nous faisons collectivement pour réussir". Le soir, sur France 2, il demande une dernière fois ses ministres à ce "qu'il n'y ait plus de partitions en solo"

2 octobre 2013 : les couacs, "c'est la dernière fois !"

En vain. Jean-Marc Ayrault n'est visiblement pas entendu. Par médias interposés, Manuel Valls et Cécile Duflot s'écharpent violemment au sujet de l'intégration des Roms en France. Après une semaine de polémique, François Hollande finit par intervenir. Le chef de l'Etat recadre une énième fois son gouvernement en Conseil des ministres. Mais cette fois, il le promet, en détachant distinctement les syllabes : "C'est la dernière fois." La dernière fois… avant la prochaine ?