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Comment raboter les salaires des patrons du public ?

Le Conseil des ministres examine mercredi le plafonnement des salaires des PDG des entreprises publiques. Une mesure complexe à appliquer.

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Le PDG d'EDF, Henri Proglio, pourrait voir sa rémunération baisser de 70%.  (PIERRE VERDY / AFP)

Les patrons d'entreprises publiques devront montrer l'exemple. Mercredi 13 juin, le Conseil des ministres examine le plafonnement de leurs rémunérations, une des mesures phares du projet de François Hollande. Dans son "agenda du changement", le candidat socialiste annonçait sa volonté de limiter les revenus des PDG à 20 fois le plus bas salaire de l'entreprise. Il espère ainsi inciter les entreprises privées à suivre la même direction.

• Qui sont les patrons concernés ?

Ils ne sont qu'une poignée, mais leurs salaires dépassent largement la fourchette "1 à 20". "L'Etat imposera ce principe dans les entreprises où il détient plus de 50 % du capital et le proposera ailleurs", a expliqué aux Echos Jérôme Cahuzac, responsable du budget de l'équipe de campagne de François Hollande.

Parmi les patrons directement visés figure Henri Proglio, PDG d'EDF, avec une rémunération de 1,6 million d'euros en 2011, soit 95 fois le Smic annuel. Luc Oursel, à la tête d'Areva, a lui gagné près de 680 000 euros la même année, soit 40 fois le Smic. La rémunération totale du patron d'Aéroports de Paris (ADP), dont l'État détient 60%, s'est chiffrée à 736 milliers d'euros. Jean-Paul Bailly, président de La Poste, détenue à 100% par l'Etat, a touché 609 000 euros en 2010.

En tout, l'Etat est actionnaire à 100% de 23 entreprises, majoritaire dans 13 autres et minoritaire dans une douzaine. Mais les rémunérations de leurs dirigeants respectent déjà la règle que veut imposer le gouvernement. Les salaires du président de la SNCF, Guillaume Pepy, et de Christophe Blanchard-Dignac, à la Française des Jeux, seraient, par exemple, dans les clous.

• Qui pourrait y échapper ?

Là où l'Etat est minoritaire, il va "proposer" le plafonnement au conseil d'administration en espérant convaincre les autres administrateurs de voter la règle. Si cela semble possible lorsque l'Etat possède 30% des parts, comme chez Thales ou France Télécom, la tâche sera plus rude chez Air France KLM ou Renault.

• Combien vont-ils perdre ?

Impossible de le savoir pour le moment. La base "1" de la fourchette correspond aux salaires minimums dans l'entreprise, qui sont en moyenne 20% au dessus du Smic, toujours selon Les Echos. Cela fixerait le plafond à environ 400 000 euros. Un peu moins, selon la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine. Interrogée mercredi sur France Inter, elle a estimé le plafond mensuel à 28 000 euros bruts.

FTVi / France Inter

Les rémunérations des grands patrons français sont la plupart du temps constituées d'un salaire fixe et complétées par des revenus variables (primes, stock options). D'après Les Échos, "toutes les rémunérations seraient prises en compte". Si la part variable est concernée, certains vont faire la grimace. Comme Luc Oursel (Areva), dont le revenu variable serait égal au revenu fixe, selon Libération. "S’il est parfaitement légitime de serrer les boulons sur la part fixe, analyse pour le quotidien un membre du comité des rémunérations d’une grande entreprise publique, il faudra veiller à garder une certaine souplesse sur la part variable."

Selon BFM Business, Jean-Paul Bailly à La Poste perdrait ainsi 40 % de son salaire. Luc Oursel, chez Areva, verrait sa rémunération divisée par deux. Et Henri Proglio tirerait un trait sur 70 % de son salaire.

• A partir de quand ?

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, veut aller vite. Dans un entretien à L'Express, le 29 mai, il a annoncé que le plafonnement serait appliqué aux "contrats en cours". "Je crois au patriotisme des dirigeants, qui peuvent comprendre que la crise suppose l'exemplarité des élites politiques et économiques", a-t-il justifié. Jean-Marc Ayrault a  rappelé au passage que les rémunérations du président de la République, du Premier ministre et des membres du gouvernement avaient baissé de 30% par rapport au gouvernement sortant. Les patrons n'auront de toute façon pas le choix.

"C'est une modification de contrat. Si un PDG refuse, il risque de ne pas être renouvelé", explique Laurent Maruani, directeur du département marketing de HEC, à l'agence Reuters.

• Seront-ils moins payés que leurs collaborateurs ?

C'est possible. D'après un décret de 1953, le ministère de l'Economie a le droit de fixer le salaire "des présidents, des directeurs généraux, des présidents et membres de directoires et, d'une manière générale, des personnes qui, quel que soit leur titre, exercent des fonctions équivalentes" dans les entreprises publiques. Mais pas ceux de l'ensemble de l'entreprise. Cela pourrait causer quelques remous. "On voit mal comment un PDG pourrait gagner moins qu'une dizaine de personnes qui l'entourent. Mais on voit mal aussi les salaires de tous les collaborateurs baisser", analyse un expert interrogé par Le Figaro.

• Ont-ils d'autres sources de revenus ?

La plupart des grands patrons ont toutefois d'autres sources de revenus, extérieurs à leur entreprise, qui ne pourraient donc pas être limitées. C'est le cas de Jean-Paul Bailly, patron de La Poste. Président du conseil d'administration de La Poste SA et PDG du groupe La Poste, il est également administrateur du groupe GDF-SUEZ et du groupe Accor. Or, comme le rappelle L'Humanité, les "conseils d’administration du CAC 40 offrent un petit pécule de 55 000 euros par an, en moyenne, à ses membres assidus".

Il siège également au CA de CNP Assurances, où il retrouve le patron d'EDF, Henri Proglio, qui lui-même est administrateur, entre autres de Dassault Aviation, Natixis et Veolia. 

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