Les explications peu convaincantes de Guéant sur la vente de ses tableaux

Un certificat d'exportation introuvable, des prix de vente élevés... experts et médias mettent en doute la version de l'ex-ministre.

L\'ancien ministre de l\'Intérieur, Claude Guéant, le 21 mars 2013 au siège de l\'UMP, à Paris. 
L'ancien ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, le 21 mars 2013 au siège de l'UMP, à Paris.  (WITT / SIPA)

C'est une nouvelle faille dans la défense de Claude Guéant, alors que la justice s'interroge sur un versement de plus de 500 000 euros, depuis l'étranger, sur un compte de l'ancien ministre de l'Intérieur. Ce dernier a justifié ce virement par la vente de deux tableaux à un avocat étranger en 2008. Or, selon le ministère de la Culture, Claude Guéant n'a pas demandé de certificat d'exportation, un document obligatoire en cas de vente de certaines œuvres à l'étranger. Francetv info détaille les versions de l'ex-ministre et les analyses de différents spécialistes.

Les justifications de Claude Guéant

Mardi sur France 2, l'ancien ministre de l'Intérieur a justifié le virement depuis l'étranger d'un demi-million d'euros sur son compte par la vente de deux tableaux du peintre flamand Andries van Eertvelt.

Il explique les avoir vendus à un avocat malaisien, en 2008, "au prix que [lui] a proposé l'acheteur".  Claude Guéant assure aussi être en possession de "toutes les pièces justificatives" de cette vente.

Des révélations embarrassantes pour l'ex-ministre

De nombreux médias, jeudi, mettent pourtant à mal ces explications. Selon France Info, le ministère de la Culture affirme n'avoir jamais reçu de demande de certificat d'exportation pour la vente des œuvres de van Eertvelt. Or, selon le site spécialisé La Tribune de l'Art, tout tableau d'une valeur supérieure à 150 000 euros doit obligatoirement obtenir ce document pour être autorisé à sortir de France. 

Si ces œuvres sont bel et bien parties sans ce certificat, il s'agit alors d'une sortie illégale du territoire de trésors nationaux, explique le rédacteur en chef du site, interrogé par France Info. Un délit passible de deux ans de prison et 450 000 euros d'amende. 

Sur Twitter, le journaliste spécialisé justice de RTL résume la situation. Pour lui, il s'agit soit d'un "délit douanier. Soit c'est autre chose"

Les doutes des spécialistes sur les prix

Par ailleurs, alors que l'ancien ministre affirme avoir vendu précisément deux huiles sur bois de 30 sur 60 cm du peintre flamand Andries van Eertvelt pour 500 000 euros, Artprice, spécialiste de la cotation du marché de l'art sur internet, relève que la "valeur type" d'un tableau comparable à ceux évoqués par Claude Guéant, est de 15 127 euros. Celle-ci s'entend hors frais.

Mardi, la société s'était déjà étonnée de la somme reçue par Claude Guéant pour la vente de ces tableaux. Les toiles du peintre, spécialiste des batailles navales, se vendent en effet en moyenne 41 000 euros. Et le record, établi en 2010 par sa Bataille de Lépante, un tableau presque trois fois plus grand que les peintures évoquées par l'ex-ministre, ne dépasse pas 168 750 euros, frais compris. Une Marine par temps de tempête, plus proche des œuvres décrites par l'ancien ministre, s'est elle vendue 24 392 euros en 1997.