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Claude Guéant a admis jeudi qu'il aurait pu "prendre un autre mot" que "croisade" pour évoquer l'intervention en Libye

"Avec le recul j'aurais pu prendre un autre mot, j'aurais pu dire: "mobiliser l'opinion pour faire triompher nos thèses au conseil de sécurité" de l'Onu, a déclaré le ministre de l'Intérieur sur i-TELE.La veille, le ministre des Affaires Etrangères, Alain Juppé, avait qualifié de "maladresse" les propos de son collège de la place Beauvau.
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Claude Guéant donne une conférence de presse au côté notamment de son homologue espagnol à Madrid, le 23 mars 2011. (AFP - Philippe Marcou)

"Avec le recul j'aurais pu prendre un autre mot, j'aurais pu dire: "mobiliser l'opinion pour faire triompher nos thèses au conseil de sécurité" de l'Onu, a déclaré le ministre de l'Intérieur sur i-TELE.

La veille, le ministre des Affaires Etrangères, Alain Juppé, avait qualifié de "maladresse" les propos de son collège de la place Beauvau.

Nettement plus offensifs, les socialistes ont développé une autre analyse mercredi dans les médias. "C'est plus que malheureux, c'est le mot qu'il ne fallait pas prononcer", a déclaré François Hollande sur France 2 pendant que Martine Aubry sur RTL parlait "d'erreur profonde d'analyse", "d'erreur politique et d'amateur" les propos du ministre de l'intérieur.

La polémique est née des déclarations de M. Guéant sur le rôle de Nicolas Sarkozy pour l'intervention en Libye: "Heureusement, le président a pris la tête de la croisade pour mobiliser le Conseil de sécurité des Nations unies, et puis la Ligue arabe et l'Union africaine", avait déclaré lundi le ministre de l'Intérieur lors de l'émission "Le Talk Orange/Le Figaro".

Erreur politique ou propos délibérés ?

Si le contexte international impose de se "consacrer à l'essentiel" et d'oublier "l'accessoire", comme l'a expliqué Alain Juppé mercredi à l'Assemblée, il impose dans le même temps d'éviter d'infructueuses ambigüités et, en matière de diplomatie, de s'en tenir aux règles de base: éviter toutes polémiques. Or au vu de l'actualité et de sa charge historique, on peut s'interroger sur l'opportunité du terme "croisade".

Evoquant les expéditions entreprises au Moyen-âge par les chrétiens coalisés pour délivrer les Lieux saints qu'occupaient les musulmans, le mot est en effet loin d'être anodin.

Pour preuve. Il a provoqué un échange peu amène entre le président russe, Dmitri Medvedev et son Premier ministre Vladimir Poutine, ce dernier ayant évoqué une ressemblance entre la résolution de l'Onu autorisant l'opération militaire alliée en Libye et les "appels médiévaux à la croisade."

Il n'est "en aucune manière acceptable d'utiliser des expressions qui mènent à un affrontement de civilisations, comme le terme de croisade", avait aussitôt réagi Dmitri Medvedev. Par la suite, sa porte-parole a expliqué qu'il "parlait de Kadhafi et de tous ceux qui utilisent de telles expressions".

Quoi qu'il en soit, le concept est à manier avec grandes précautions. Ou à ne pas "manier" du tout.

Guéant, épinglé par le PS, le MoDem et le FN
Outre les socialistes, le Modem a qualifié de "faute" les propos du ministre et ne s'est pas privé d'un petit rappel historique.

"Il est dangereux de faire de la politique sans connaître l'Histoire et la mentalité des peuples. Le mot croisade est un signe de ralliement de toutes les sensibilités musulmanes contre l'Occident", a professé le président du MoDem, François Bayrou, invité de "Questions d'Info" LCP/France Info/AFP.

Le Front national n'a pas loupé l'occasion non plus de tacler le nouveau locataire de la place Beauvau.

Interrogée sur l'opportunité de l'intervention militaire en Libye mardi soir, Marine Le Pen a estimé que "cette opération qui s'est vite transformée en guerre, et ne protège pas les civils" (...) "semble même représenter un danger pour eux avec tous les risques dans l'opinion publique arabe, surtout si M. Guéant s'amuse à parler de croisade. Cela "laisserait apparaître que c'est une guerre de l'Occident contre des pays musulmans", a-t-elle insisté.

En pleine campagne d'entre deux tours, et plus que jamais déterminée à siphonner les électeurs de l'UMP, la présidente du FN n'a guère goûté la présentation des résultats des élections cantonales dimanche par Claude Géant.

Selon Marine Le Pen, la réintégration des "divers droite dans le score de l'UMP" s'apparente "à une manipulation électorale".

Difficile d'imaginer que cette présentation-là soit purement fortuite.

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