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Cinq paramètres économiques et budgétaires du quinquennat de Nicolas Sarkozy passés au scanner

Emploi, croissance, industrie, Nicolas Sarkozy avait fait beaucoup de promesses - "candidat du plein emploi" - et de nombreuses déclarations - la croissance "avec les dents". Résultat, son bilan se mesure à l'aune de ses engagements et ses annonces.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Sarkozy à la télévision (AFP)

Emploi, croissance, industrie, Nicolas Sarkozy avait fait beaucoup de promesses - "candidat du plein emploi" - et de nombreuses déclarations - la croissance "avec les dents". Résultat, son bilan se mesure à l'aune de ses engagements et ses annonces.

Dans la foulée de l'annonce officielle de la candidature de Nicolas Sarkozy, mercredi 15 février, la campagne présidentielle s'est subitement accélérée. Et durcie en même temps.

Lors de sa premère réunion publique, jeudi à Annecy, le président sortant désormais aussi candidat s'en est pris violemment, sans le nommer, à son principal rival : le candidat socialiste.

Il l'a accusé de "mentir" en permanence. Une accusation reprise, vendredi sur RTL, par François Fillon. "C'est malheureusement vrai", a dit le premier ministre.

Mensonge contre falsification

Face à cette offensive, François Hollande, qui la veille au soir sur TF1 n'entendait pas répliquer à "des attaques qui n'ont pas de sens quand il y a en plus falsification, caricature, manipulation", a maintenu ce cap;

Retourné dans son fief de la Corrèze pour une séance du conseil général qu'il préside, M. Hollande a indiqué qu'il ne voulait pas aller sur ce "terrain là", celui de l'invective.

Mensonge d'un côté, falsification de l'autre : la campagne entre dans le dur ! Le phénomène était prévisble. Il est à la mesure des promesses qui avait été faites par M. Sarkozy dans la campagne précédente et de la dénonciation dont elles font l'objet aujourd'hui par ses opposants.

Un petit retour en arrière, opportun en la circonstance, permet de faire le bilan de ces engagements sarkozystes. Un bilan autour de cinq paramètres économiques.

Les chiffres du chômage

Le chômage était de 8,1% en 2007. Son taux devrait être autour de 10% cette année, selon les dernières prévisions de l'Insee.

La crise est passée par là, mais pour certains économistes les choix économiques et sociaux du président peuvent aussi expliquer une partie de ce chiffre.

Sur le plan politique, le président avait fait beaucoup de promesses qui lui reviennent aujourd'hui comme un boomerang.

Extrait de "A vous de juger 2007"

"Je veux m'engager, par exemple, sur le plein emploi : 5 % de chômeurs à la fin de mon quinquennat. Et ce travail, on nous demande pas une obligation de moyens, Mme Chabot, on nous demande une obligation de résultats. C'est quand même extraordinaire, la démocratie il faut qu'elle vive. Si on s'engage sur 5 % de chômeurs et qu'à l'arrivée il y en a 10, c'est qu'il y a un problème.
— Vous dites : objectif 5 % pour le chômage. Si vous êtes élu, au bout de votre mandat, au bout de cinq ans, vous n'arrivez pas à ce chiffre, vous dites : "Je ne peux pas me représenter" ?
— Je dis aux Français : C'est un échec et j'ai échoué. Et c'est aux Français d'en tirer les conséquences."



En ce qui concerne l'analyse des politiques publiques, le think tank Terra Nova, proche du PS, estime que les moyens consacrés à la politique de l'emploi ont reculé (-11,3% entre 2011 et 2012).

Les chiffres de la croissance

Au début de son quinquennat, le président promettait d'aller chercher la croissance "avec les dents" pour la porter à 3% par. Pari raté, mais il est vrai que la conjoncture internationale ne l'a pas aidé.

En 2007, la France a été à la traîne de la zone euro : 1,9 % de croissance contre 2,7 % en moyenne.

Entre 2007 et 2011, la croissance française n'a certes pas été nulle, le taux de croissance cumulé a été de 2,6%.

En 2009, au plus fort de la crise, l'OCDE connaissait une récession de -3,3%, l'Union européenne de -4,2%, la zone euro de -4,5%, l'Espagne de -3,6%, le Royaume-Uni et l'Allemagne de -4,9%, l'Italie de -5,1%, la France de -2,5%.

Si la France a moins reculé que l'Allemagne au plus fort de la crise, elle a cependant rebondi beaucoup moins fort que son partenaire d'outre-Rhin : l'Allemagne a enregistré une croissance de 3% en 2011, soit près de deux fois plus élevée que sa voisine française.

Les chiffres de la dette

2007 : "Je m'engage à ramener la dette en dessous des 60% du PIB d'ici 2012", affirmait M. Sarkozy dans un entretien au Parisien.

2012 : La dette publique, "au sens de Maastricht" estimée par l'Insee, a été évaluée pour la fin du troisième trimestre 2011 à 1 688,9 milliards d'euros, soit 85,3 % du PIB.

Le déficit public a de son côté augmenté de 49,5 milliards d'euros, de 2,3% à 5,4% du PIB.

La crise est loin d'être la seule responsable de ce dérapage budgétaire. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en juin 2010, seul un tiers de ce déficit est imputable à la récession économique. Les deux tiers s'expliquent en grande partie par les politiques menées par Nicolas Sarkozy ces cinq dernières années.

"Bien avant le début de la crise, le président sortant a multiplié les cadeaux fiscaux et les dépenses, somptuaires notamment, sans s'assurer que celles-ci sont financées par des recettes nouvelles", note cependant Vigiéco, groupe d'économistes proches de la gauche.

Le déficit public français (comparaison avec pays européens (Vigiéco)


Les chiffres de l'Industrie

Près de 100 000 emplois industriels ont été perdus en France ces trois dernières années, indique l'observatoire de l'investissement Trendeo pour Les Echos.

Le délitement du tissu industriel français a commencé il y a longtemps. "L'industrie manufacturière française a commencé à détruire des emplois dès le premier choc pétrolier de 1973", rappellent Patrick Artus et Marie-Paule Virard dans "La France sans ses usines" (Fayard, 2011). Mais la crise de 2008-2009 a violemment accéléré le mouvement.

Depuis trois ans, quelque 880 annonces portant sur la fermeture d'un site industriel ont été enregistrées par Trendeo, dont environ 400 en 2009 et encore près de 200 en 2011.

Pour Terra Nova, ce sont 350 000 emplois industriels qui ont été perdus en cinq ans.

Commerce extérieur

Avec un déficit du commerce extérieur de 69,6 milliards d'euros la France enregistre un record historique.

La France présente le plus grand déficit commercial des 27 pays l'Union Européenne (source: Eurostat, qui compare Janvier-septembre 2011 à la même période sur 2011) et le 4e plus important au monde, derrière les Etats-Unis (500 milliards de dollars), l'Inde (91 milliards) et le Royaume-Uni (83 milliards)

La balance import-export du commerce français n'a plus été positive depuis 2002 (+3,5 milliards) et l'importance du déficit s'aggrave progressivement (voir courbes ci-dessous). En effet, le volume des exportations a progressé mais moins rapidement que celui des importations. Depuis 2006, le déficit annuel a plus que doublé puisqu'il s'élevait à 29,9 milliards.

Commerce extérieur de la France (Vigiéco)

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