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"On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs" : quand Pasqua expliquait sur Antenne 2 l'assaut contre la grotte d'Ouvéa

Le 5 mai 1988, le 13 heures d'Antenne 2 recevait Charles Pasqua. Le ministre de l'Intérieur, qui est mort lundi, était interrogé à l'époque, entre autres, sur le lourd bilan de l'assaut contre la grotte d'Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie.

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France Télévisions
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Charles Pasqua (droite) et Jacques Chirac le 19 mai 1988 à un meeting du RPR à Paris. (GERARD FOUET / AFP)

C’était un jour où l’actualité connaît un de ces carambolages qui laissent pantois. Un 5 mai 1988 dont l'un des personnages centraux portait le nom de Charles Pasqua. Le journal de 13 heures d’Antenne 2 reçoit alors en plateau celui que le monde médiatique s’arrache, ce fameux ministre de l’Intérieur, perçu comme "le" grand marionnettiste des événements d’alors.

Une actualité brûlante et un ministre qui sait tout

Juste avant le journal de la mi-journée, un clip d’une minute annonce qu’il ne faut pas rater l’émission "spéciale élections présidentielles". Trois jours plus tard, ce sera le grand choc, le grand choix entre François Mitterrand, l’actuel président, et Jacques Chirac, le Premier ministre. La fin de deux longues années de cohabitation. Voilà pour le contexte, celui d’une lutte politique au couteau.

Mais ce jour-là, les titres de l’actualité voient aussi s’entrechoquer deux informations de taille : la libération des trois derniers otages français au Liban, et l'assaut sanglant contre la grotte d'Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie. Or ce 5 mai, "le ministre qui sait tout" est en plateau.

Les trois otages français, Marcel Carton, Marcel Fontaine et Jean-Paul Kauffmann, ont atterri le matin même à l’aéroport de Villacoublay (Yvelines). Après 1 199 jours de détention.

De l'autre côté du globe, la Nouvelle-Calédonie est en ébullition. Des indépendantistes kanak détenaient dans la grotte d'Ouvéa des militaires pris en otage après l’attaque de la gendarmerie qui avait fait quatre victimes. Au terme d'un raid violent mené par des forces spéciales françaises et le GIGN, dix-neuf ravisseurs et deux militaires sont tués.
Les conditions de cet assaut ne manqueront pas, par la suite, de nourrir force interrogations et mises en cause. 

Des réponses qui n'en sont pas

Patricia Charnelet et William Leymergie présentent le journal de 13 heures. Charles Pasqua est calé dans son fauteuil d’invité, le corps agité de petites secousses régulières, sa jambe droite ne cesse de bouger. Une nervosité qui trahit une courte nuit. Après les images émouvantes où le journaliste Jean-Paul Kauffmann peine à reconnaître son fils, suivies des déclarations de Jacques Chirac conclues par une brève intervention du président François Mitterrand, vient l’heure des explications.

Charles Pasqua doit répondre à la question que chacun se pose : mais comment les autorités françaises ont-elles obtenu cette libération ? Le ministre évoque son "intervention nécessaire après la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran". "Il a fallu utiliser d’autres filières", précise-t-il encore. Lesquelles ? "Nous avons été plus astucieux, plus au courant, plus aptes sur le terrain…", glisse Charles Pasqua, sourire en coin. On ne saura rien.

"Le propre des journalistes, c’est de supputer"

"Votre curiosité est légitime, ajoute-t-il. Les contacts ont eu lieu d’Etat à Etat, et sans contacts directs avec les ravisseurs." Il s'applique dans le choix des mots. Les questions redoublent : y a-t-il eu de l’argent versé ? L’Algérie a-t-elle contribué à cette libération ? L’ami libanais de la France, dont a parlé Jacques Chirac, est-ce l’homme d’affaires Iskandar Safa ? "Confucius a dit :'Tout est dans tout et vice-versa', susurre-t-il. Le propre des journalistes, c’est de supputer… Vous feriez de très bons romanciers." 

Gouaille, accent. Autour de la table, des sourires accompagnent le show du ministre. Les journalistes essaient encore d'obtenir des réponses, mais rien n’y fait. La mécanique est bien rôdée.

"On peut toujours se lamenter. Ça ne sert à rien !"

C’est l’art du discours de celui qui dit sans dire. Dans la même phrase, la lumière et l’ombre. Un couple indissociable aux yeux de ce ministre qui devient ainsi une sorte de référence de la gestion des affaires sensibles. Une autre époque où un homme d’Etat n’hésitait pas à revendiquer le pragmatisme de l’ombre, l’usage des réseaux parallèles. Un "sulfureux" heureux de l’être.

Le JT embraye alors sur l’autre information. Un reportage explique, tant bien que mal, les conditions de l’assaut lancé sur la grotte d’Ouvéa. On y parle peu des 19 victimes kanakes.

Le bilan est lourd, Monsieur le ministre ? "On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, tranche Charles Pasqua. Quand les négociations n’aboutissent pas, on doit utiliser tous les moyens pour que force reste à la loi. On peut toujours se lamenter. Ça ne sert à rien !" A cet instant, sur le plateau, les visages se sont crispés.

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