Privatisation de la Française des jeux : trois questions à se poser avant d'acheter des actions

Le mois prochain les Français pourront investir dans la FDJ, privatisée par l'État. Le ministre de l'Économie promet des conditions avantageuses pour les investisseurs. 

(CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Le 7 novembre prochain, chaque Français pourra acheter une part de la Française des jeux. La société, qui organise le Loto, va être privatisée par l'État, actuellement actionnaire à hauteur de 72%. L’objectif affiché par le gouvernement est de récupérer des liquidités pour les placer, dit-il, dans des investissements d’avenir pour l'innovation et à participer au désendettement du pays. Pour cela, l'État souhaite convaincre les particuliers d'acheter des actions avec des conditions plus avantageuses que l'épargne traditionnelle comme le Livret A, dont la rémunération n'a cessé de baisser ces dernières années. 

Est-ce que je vais gagner de l'argent ? 

La patronne de la FDJ le reconnaît elle-même : "On a des marchés qui sont un peu nerveux, volatiles". Stéphane Pallez pense pourtant pouvoir attirer des investisseurs à la recherche d'"un très bon placement financier de long terme".

Alors que les bourses mondiales sont agitées par les négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis mais aussi par le Brexit, la FDJ affiche un bon début d'année. Sur les neuf premiers mois de l'année, la deuxième loterie européenne connaît une forte hausse des mises et des recettes. Son chiffre d'affaires a gonflé sur cette période de 7%, pour atteindre 1,42 milliard d'euros. "On pense qu'on est un placement durable" moins sensible "aux cycles économiques", note la PDG Stéphane Pallez. 

Cependant, pour gagner de l'argent, il faudra faire preuve de patience estime Charles Henri D'auvigny, le président de la fédération des investisseurs individuels et des clubs d'investissement. "Il ne faut pas voir l'investissement uniquement sur l'aspect cours de la bourse mais le prendre comme une valeur de rendement, explique-t-il à franceinfo. La FDJ va servir des dividendes qui vont être sans doute supérieurs à la moyenne des autres entreprises cotées. Vous allez avoir une rémunération annuelle largement supérieure au Livret A. À ce moment-là, c'est tout à fait rentable". Surtout que la FDJ va conserver sa situation de monopole qui devrait sécuriser son chiffre d'affaires. 

Combien ça coûte, une action ? 

On ne connaît pas encore le prix des actions de la FDJ. "La fixation du prix se fera selon l'état du marché", explique le journaliste de franceinfo Emmanuel Cugny. C'est d'ailleurs pour cette raison que la vente des actions se fait sur une période donnée au mois de novembre, selon les conditions de marché qui permettent de fixer un prix. 

Cependant Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, souhaite un "succès populaire". "Pour les particuliers, sous réserve de validation par l'Autorité des marchés financiers, une action gratuite sera accordée pour 10 actions achetées, si ces actions sont conservées dix-huit mois". Le gouvernement souhaite également "une décote de 2 % sur le prix de l'action achetée soit appliquée".

Le gouvernement fait donc miroiter une opportunité d'acheter moins cher des actions. Charles Henri d'Auvigny appelle à la prudence sur "l'effet casino. Si vous conservez les actions un temps certain, vous pouvez vous dire que ça peut être rentable parce que le prix de l'action va sans doute être maintenu ou supérieur, alors que vous n'avez pas payé si cher que ça l'action". Cependant, le cours de l'action est lié à la conjoncture et personne ne peut prévoir une éventuelle hausse ou baisse. 

Est-il certain que cela va marcher ? 

En bourse, il est impossible de prédire si le cours d'une action va monter ou descendre. Les aléas sont nombreux, cependant, la FDJ est "une entreprise solide", note Emmanuel Cugny. Selon le journaliste de franceinfo, ces privatisations attirent généralement de nouveaux investisseurs, "ça ne peut que valoriser le chiffre d'affaires", mais en bourse, "c'est toujours la boule de cristal et il est impossible de faire des pronostics". 

Pour Charles Henri d'Auvigny, les anciennes entreprises privatisées par l'État ont connu quelques succès. "Prenez l'exemple de la BNP Paribas ou de Société générale, les cours se sont maintenus", explique-t-il. Autre exemple : France Télécom dont les cours sont montés assez haut après la privatisation. 

Malgré tout, il faut garder une vision uniquement sur le long-terme. "Quand je regarde le CAC 40 au cours des 15 dernières années, si on fait une moyenne lissée, je m'aperçois qu'on a un rendement annuel de plus de 6 % avec le dividende réinvesti. C'est huit fois supérieur au Livret A", qui plafonne actuellement à 0,75%. Si vous vous lancez dans l'achat d'actions alors que vous êtes un parfait amateur, il faut quand même rester prudent. "Il ne faut pas investir dans une seule valeur, mais dans un panier sinon on prend trop de risques", conclut-il.