"Avec la loi Elan, on aurait passé le bulldozer dans le Marais", préviennent les défenseurs du patrimoine

L'un des volets du projet de loi Elan concerne les architectes des bâtiments de France. Leur rôle pourrait être réduit, au grand dam des associations de défense du patrimoine.   

La rue des Francs-Bourgeois, dans le Marais à Paris, qui sépare les 3e et 4e arrondissements (illustration). 
La rue des Francs-Bourgeois, dans le Marais à Paris, qui sépare les 3e et 4e arrondissements (illustration).  (Getty Images)

À l’Assemblée nationale, le vote sur le projet de loi Elan qui porte sur le logement, l’aménagement et le numérique est prévu le 12 juin. Un des volets concerne les architectes des bâtiments de France (ABF). Ils auraient moins leur mot à dire sur les monuments en péril, ce qui désespère les associations de protection du patrimoine. 

Le Marais protégé, autrefois...

Si le projet de loi passe en l'état, les ABF, des fonctionnaires du ministère de la Culture, ne pourront plus s’opposer à certains projets d’aménagement dans les sites protégés, même s’ils sont dommageables pour le patrimoine. L’avis des architectes des bâtiments de France deviendrait indicatif en zone protégée dans deux cas. Ils seraient seulement consultés pour l’implantation des antennes relais, et pour le devenir des bâtiments en péril. Or, il existe de nombreux sites patrimoniaux dans ce cas. Jusqu’alors les ABF avaient le dernier mot et pouvaient s’opposer à des destructions. Un changement de taille, selon Alexandre Gady, président de l’association nationale Sites et monuments. Il prend l'exemple du quartier du Marais à Paris, l’un des endroits, dit-il, les plus touristiques et les plus appréciés de la capitale. "En 1960, avec la loi Elan plutôt que la loi Malraux, on aurait passé le bulldozer et c’est tout. On n’aurait eu que nos yeux pour pleurer", lance Alexandre Gady.  

De l'inquiétude pour les centres anciens

Si aujourd’hui le Marais parisien est sauvé, le défenseur du patrimoine redoute ce qui pourrait arriver dans d'autres villes, comme dans le centre de Perpignan (Pyrénées-Orientales), qui compte beaucoup de maisons en mauvais état.

Si, demain, ces maisons sont frappées d'arrêtés de péril, elles pourraient être démolies sans même que l’ABF ait pu faire un vrai diagnostic patrimonial et livré une autorisation qui ait du sens.Alexandre Gady, président de Sites et monumentsà franceinfo

La réforme Elan, relative au logement, pourrait rogner le pouvoir des architectes des bâtiments de France, mais elle restreint aussi les possibilités de recours des associations de défense du patrimoine. C'est pourquoi quinze d'entre elles ont signé un texte commun pour protester contre ces dispositions. Elles espèrent à présent convaincre les sénateurs d’amender la loi.