Attentat manqué : une médiatisation opportune pour le gouvernement ?

Depuis l'annonce officielle jeudi par Bernard Cazeneuve de l'attentat projeté par Sid Ahmed Ghlam, le gouvernement appelle à l'unité nationale et met en avant l'importance du projet de loi sur le renseignement. La droite et les opposants au texte ne manquent pas de dénoncer une récupération politique.

(François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve le 22 avril à la sortie du Conseil des ministres © MaxPPP)

L'annonce jeudi matin a chamboulé, a écrasé tout le reste à l'agenda gouvernemental. Heuf heures, dans toute les rédactions, un communiqué du ministère de l'Intérieur pour une conférence de presse moins d'une demi-heure plus tard place Beauvau. Une procédure d'urgence qui n'est pas rare depuis les attentats de janvier. Sauf qu'ici, l'attaque a été déjouée, fortuitement peut-être, mais déjouée. Alors toute la journée de jeudi, la nouvelle va prendre le pas sur le reste. Sur le projet de loi sur le dialogue social, présenté au Conseil des ministres, sur la nomination des sept préfets qui vont piloter la fusion des régions.

A la sortie de l'Elysée, une seule intervention celle du premier ministre Manuel Valls. "Notre pays fait face à une menace terroriste sans équivalent dans le passé ", dit-il, par sa nature et par son ampleur ". Manuel Valls, qui en fin de journée, se rend avec Bernard Cazeneuve à Villejuif, là où se trouvent les églises, cibles présumées de Sid Ahmed Ghlam.

Une médiatisation opportune ?

Manuel Valls l'a dit jeudi matin sur France Inter, quatre autres projets d'attentat ont été déjoué ces derniers mois. Rien n'a été dit à leur sujet, alors pourquoi celui de Villejuif ? Peut-être parce que la loi sur le renseignement, examinée en procédure accélérée, doit être votée le 5 mai à l'Assemblée. A droite, les députés, dans leur majorité voteront pour. A gauche, il y a plus de réticences sur un texte jugé liberticide. D'ailleurs  François Hollande n'a pas manqué de souligner jeudi la nécessité de ce texte sur le renseignement, nécessité que vient rappeler, dit le président, cet attentat auquel la France a échappé de peu. "La loi aurait donné plus de moyens aux services de renseignement pour effectuer un certain nombre de surveillance ", a martelé Manuel Valls sur France Inter. Autrement dit, le suspect qui était repéré mais pas pisté par les policiers aurait sans doute été surveillé de plus près si la loi était déjà votée.

La droite ne manque pas de dénoncer une récupération politique. A l'instar de Sébastien Huygue, député du Nord et porte-parole de l'UMP.

Sébastien Huygue, député du Nord et porte-parole de l'UMP, dénonce une récupération "déplorable"
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Farouche opposant à la loi sur le renseignement, Noël Mamère, le député-maire de Bègles, dénonce lui aussi une médiatisation opportune et ose la comparaison avec le quinquennat précédent.

Pour le député Noël Mamère, "sur les questions de terrorisme et d'atteintes à nos libertés, ce gouvernement ressemble furieusement à celui de François Fillon sous la présidence de Nicolas Sarkozy"
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Le Front national lui, voit dans cette tentative d'attentat une preuve supplémentaire, preuve qu'il faut stopper l'immigration et renvoyer immédiatement les étrangers liés à la mouvance islamiste, écrit le parti d'extrême droite dans un communiqué. Sur les réseaux sociaux, de nombreux élus et militants FN fustigent la politique de regroupement familial, dont aurait bénéficié le suspect toujours en garde à vue. Bref, si récupération politique il y a, elle n'est pas l'apanage d'un seul parti.