La question du MOX sème la zizanie entre PS et écolos

Une phrase, mystérieusement disparue de l'accord entre les socialistes et Europe écologie - Les Verts, créé un imbroglio entre les deux formations, sur fond d'intervention du groupe nucléaire Areva.

Le MOX est une spécialité du géant français du nucléaire Areva, leader du marché mondial.
Le MOX est une spécialité du géant français du nucléaire Areva, leader du marché mondial. (PHILIPPE DESMAZES /AFP )

L'accord entre le Parti socialiste (PS) et Europe écologie - Les Verts (EELV), même signé à l'arraché mardi 15 novembre, devait sceller l'union des deux formations pour les élections 2012 et marquer leur réconciliation à la suite de négociations difficiles. Mais peu après la signature du texte par Martine Aubry et Cécile Duflot, mardi après-midi, une phrase se volatilise mystérieusement. Une disparition qui provoque un imbroglio sur fond d'intervention du groupe Areva. Si vous avez raté le début de cette affaire, FTVi vous aide à y voir plus clair. 

Acte I : l'étrange disparition d'une phrase

"La reconversion, à emploi constant, de la filière du retraitement et de fabrication du MOX". C'est la phrase qui, en disparaissant de l'accord, sème la zizanie entre le PS et EELV. Le MOX, un mélange d'oxydes recyclés, est un combustible nucléaire employé dans une vingtaine de centrales en France.

Mardi après-midi, donc, cette phrase figurait dans le "contrat de mandature". Conséquence : l'abandon du MOX en cas de victoire de la gauche en 2012 est annoncé dans une dépêche AFP (reprise par FTVi) qui détaille les principaux points d'accords (et de désaccords) entre PS et écologistes. Mais le lendemain, problème : il apparaît que la phrase a disparu de la version de l'accord validée mardi soir par le bureau national des socialistes.

Acte II : Areva appelle le PS

Mercredi 16 à la mi-journée, on apprend qu'Areva est intervenu auprès du Parti socialiste pour l'avertir "des conséquences graves" qu'entraînerait l'arrêt de la filière. La direction des affaires publiques du groupe a en effet appelé Bernard Cazeneuve, député socialiste et négociateur de l'accord PS-EELV, pour lui faire part "des conséquences économiques, sociales, industrielles, environnementales très graves, qui conduiraient aussi à la disparition du leadership de la France dans le nucléaire civil".

C'est que le géant français du nucléaire aurait beaucoup à perdre dans cette histoire puisqu'il est leader du marché : l'entreprise produit en effet 95 % de ce combustible dans le monde.

Acte III : malaise au PS

L'après-midi, l'imbroglio est total chez les socialistes. Pour Michel Sapin, proche de François Hollande, si la phrase ne figure pas dans la version de l'accord après son passage au bureau national du PS, c'est à cause d'"une erreur d'impression". Le porte-parole du PS, Benoît Hamon justifie, lui, que la phrase sur le MOX a été "retirée provisoirement" afin de "clarifier" une "différence d'interprétation" entre socialistes et écologistes.

Le Monde révèle ensuite que c'est François Hollande lui-même qui a refusé de donner son feu vert à cette partie de l'accord, après sa signature par Cécile Duflot et Martine Aubry.

Acte IV : Hollande et Duflot fermes sur leur position

Les écologistes, eux, semblent tomber de leur chaise. Pascal Durand, porte-parole d'EELV, dit "attendre que Martine Aubry appelle Cécile Duflot" pour l'informer de la situation. "Des textes modifiés après accord, on a rarement vu ça", s'étonne le porte-parole, soulignant : "Nous avons un accord très clair entre Martine Aubry et Cécile Duflot" sur ce texte et notamment sur le MOX. 

Du coup, les interventions aux JT de 20 heures de François Hollande, sur TF1, et de Cécile Duflot, sur France 2, étaient très attendues pour clarifier la situation. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le flou persiste. Face à David Pujadas, la secrétaire nationale d'EELV a déclaré que "le texte que nous avons acté ensemble est le même, il s'applique." Avant d'ajouter : "Je crois à la parole donnée."

FTVi

Mais sur TF1, François Hollande joue la fermeté. Après avoir reconnu des contacts avec Areva, il a affirmé que le MOX devait continuer à être traité. "Je suis pour le traitement des combustibles, eux [les écologistes] non. C'est le seul sujet sur lequel nous ne sommes pas d'accord". Une solution doit être trouvée d'ici à samedi, date à laquelle EELV doit se prononcer à son tour sur l'accord.

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