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Ecoutes de Sarkozy : qui est Gilbert Azibert, ancien "ministre bis" de la Justice qui rêvait de Monaco ?

A 67 ans, le haut magistrat a été mis en examen pour recel de violation du secret professionnel, trafic d'influence passif et corruption passive. 

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Le haut magistrat Gilbert Azibert lors de la séance inaugurale annuelle de la Cour de cassation, le 9 janvier 2012, à Paris. (WITT/SIPA)

"Gilbert a bossé." "Gilbert", "correspondant" à la Cour de cassation, dont Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, salue le "dévouement". Haut magistrat quai de l'Horloge, Gilbert Azibert, 67 ans, a été mis en examen, mardi 1er juillet, pour recel de violation du secret professionnel, trafic d'influence passif et corruption passive.

Il est soupçonné d'avoir fourni à l'ancien président de la République et à son conseil des informations concernant une procédure en cours dans l'affaire Bettencourt, en échange d'un appui pour être nommé à Monaco. Qui est celui que Nicolas Sarkozy et son avocat appellent "notre ami" dans les conversations écoutées par la justice ? Portrait.

Un magistrat brillant

En juillet 2011, Gilbert Azibert manque de peu le couronnement d'un brillant parcours en échouant pour le poste très convoité de procureur général près la Cour de cassation. Si ce n'est ce raté, les accrocs dans la carrière de ce haut magistrat sont tous teintés de politique. 

Né à Marseille, ce fils de policier trace tout droit : diplôme de sciences pénales et de criminologie, Ecole de la magistrature... Il décroche son premier poste de substitut à 29 ans, dans sa ville natale. Il file ensuite à Paris, passe conseiller référendaire à la Cour de cassation durant cinq ans, puis à la cour d'appel de Versailles, avant d'être désigné président du tribunal de grande instance de Nîmes.

Vingt ans après son premier poste, Gilbert Azibert est nommé directeur de l'administration pénitentiaire. Puis, en 1999, il prend les rênes de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. Derrière ses lunettes vintage, il passe six ans à trancher les appels contre les décisions des juges d'instruction. "C’est un magistrat équilibré et il ne couvrait pas systématiquement les juges d'instruction", confie l'avocat Jean-Paul Lévy à Libération. Peu habitués à se faire retoquer, ces derniers l'affublent du sobriquet "Annulator". 

Un homme à poigne, "viril"

"Il gèle, six mois durant parfois, des dossiers brûlants, le temps de statuer et de laisser retomber la fièvre qui les entoure. Cisaillées, les affaires sensibles en ressortent laminées, les juges sont excédés tandis que les avocats - parmi lesquels Thierry Herzog - triomphent", raconte Le Nouvel Obs. En 2001, il fait notamment annuler une partie des poursuites visant Xavière Tiberi dans l’affaire des faux électeurs du Ve arrondissement. "Elle était défendue par Thierry Herzog, actuel avocat de Nicolas Sarkozy", lui aussi mis en examen, rappelle Libé. Les deux hommes se fréquentent depuis 25 ans, précise L'Express

Fan de tauromachie et d'opéra, Gilbert Azibert fait ensuite montre de sa poigne à la direction de l'Ecole nationale de la magistrature. Décrit comme "viril, parfois violent dans sa manière d’exercer son pouvoir", l'homme à la mèche soigneusement peignée sur la droite déclenche une polémique en interdisant l’entrée de l’établissement à Gabriel Mouesca, ancien détenu devenu président de l’Observatoire international des prisons, convié pour parler de réinsertion. 

Gilbert Azibert et Rachida Dati, alors garde des Sceaux, le 26 septembre 2008, à Paris.  (WITT/SIPA)

Puis, en 2003, il y invite Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. "Trop heureux de secouer le 'vivier de gauchistes'", raconte Le Nouvel obs, il menace de sanctions les apprentis magistrats tentés de sécher. Devant ceux qui l'accusent de favoriser l'intrusion de l'exécutif dans le judiciaire, il lance, selon l'AFP: "Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy a un bon avenir politique devant lui."

En juillet 2008, celui qui est aussi, selon Le Point, l'un des dignitaires de la Grande Loge nationale française, la plus conservatrice des obédiences franc-maçonnes, rejoint la place Vendôme. Secrétaire général du ministère de la Justice, "sorte de Raspoutine, court-circuitant le directeur de cabinet, abondant régulièrement dans le sens de la ministre [Rachida Dati] qui le consulte en tête-à-tête", dixit Le Nouvel Obs, Gilbert Azibert est un ministre bis. 

Un spécialiste qui s'ennuie

De retour à la Cour de cassation en 2010, ses médailles - il est officier de la Légion d'honneur et des Palmes académiques, ainsi que commandeur dans l'ordre du Mérite - ne l'empêchent pas de s'ennuyer. Premier avocat général à la 2e chambre civile de la Cour, ce spécialiste de la procédure pénale "a beaucoup de temps libre", rapporte un confrère à Libération.   

Pourtant, le 9 mai 2012, trois jours après sa défaite face à François Hollande, Nicolas Sarkozy signe un décret qui va prolonger de deux ans les activités judiciaires de Gilbert Azibert, censé partir à la retraite. Selon les écoutes, ce dernier rêve de couler ses vieux jours au soleil, à Monaco, où il pourrait être tout à la fois procureur et garde des Sceaux. "D’après l’écoute, Nicolas Sarkozy se dit prêt à l’aider. Herzog avait d’ailleurs rassuré par avance 'Gilbert' à ce sujet : 'Tu rigoles, avec ce que tu fais… '", rapporte Mediapart (lien abonnés).

Les 5 et 11 février 2014, Thierry Herzog apprend à "Paul Bismuth", alias Nicolas Sarkozy, que Gilbert Azibert a ou doit rencontrer trois conseillers à la Cour de cassation chargés de statuer sur l'enquête Bettencourt. A peine un mois plus tard, et pour la première fois depuis la création de la Cour de cassation en 1804, le bureau d'un magistrat de la juridiction suprême est perquisitionné par la justice. 

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