Ecoutes de Sarkozy : les documents qui trahissent Taubira

En tentant de se défendre, la ministre de la Justice a brandi des documents qui contredisent ses propres propos. Explications.  

La ministre de la Justice Christiane Taubira, en conférence de presse, le 10 mars 2014 à Paris. 
La ministre de la Justice Christiane Taubira, en conférence de presse, le 10 mars 2014 à Paris.  ( WITT / SIPA)

Christiane Taubira avait le droit d'être au courant des écoutes. "C'est l'inverse qui aurait été choquant", selon l'historien et spécialiste de la communication politique Christian Delporte. Et pourtant la ministre de la Justice s'est elle-même contredite en tentant de se défendre, mercredi 12 mars. Francetv info revient sur l'effondrement d'une défense en trois actes.

Acte 1 : Un "malentendu" sur la date 

Sur le plateau du 20 heures de TF1, lundi 10 mars, Christiane Taubira affirme qu'elle n'était pas au courant des écoutes de l'ancien président de la République par la justice. 

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TF1

Deux jours après, elle réfute le "mensonge" dont l'accuse l'UMP et reconnaît qu'elle aurait pu être plus "précise". La garde des Sceaux explique qu'elle avait certes connaissance des écoutes depuis le 28 février, mais qu'elle n'en connaissait pas le contenu. Son cabinet, lui, était informé depuis le 26.

Acte 2 : "Aucune information sur le contenu des écoutes"

"Je n'ai pas et je n'ai toujours pas d'information concernant la date, la durée et le contenu des écoutes", assène la garde des Seaux lors d'une conférence de presse, mercredi 12 mars. Pour appuyer sa nuance entre la date à laquelle elle a été mise au courant, et les informations dont elle disposait sur le fond, elle brandit deux documents de deux pages chacun. 

"Voilà exactement ce qui est remonté à la Chancellerie, (...) j'ai pris la peine de procéder à des vérifications exhaustives", martèle la ministre. Et Christiane Taubira d'insister : "Si vous pensez qu'il y a là des comptes-rendus et des synthèses d'interceptions judiciaires, c'est votre liberté."

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Acte 3 : ses documents la contredisent

Mais Le Monde.fr a pu consulter les détails de ces documents apportés par Christiane Taubira en zoomant sur les photos de la ministre en conférence de presse. Et ceux-ci la contredisent. En effet, la lettre d'Eliane Houlette, procureur financier, adressée le 26 février au procureur général près de la cour d'appel de Paris et transmise à la ministre, contient bien des informations au sujet des écoutes. 

Elle mentionne notamment une date d'interceptions des conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog. Mais aussi la teneur de leur conversation : "Monsieur Thierry Herzog (...) est entré en relation, à de nombreuses reprises, avec un magistrat du parquet général de la Cour de cassation, dont le nom figure dans la procédure." 

Le document précise enfin l'objet du trafic d'influence présumé : "Ces communications mettent également en évidence que ce magistrat aurait fait part à Thierry Herzog de son souhait d'être nommé (...) au conseil d'Etat de Monaco et que Nicolas Sarkozy aurait assuré qu'il l'aiderait dans ce projet 'avec ce que tu fais'."