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Mort d'Yvan Colonna : des données ont-elles été volontairement effacées pour brouiller l'enquête sur la mort du militant corse en prison ?

Yvan Colonna, condamné à la réclusion à perpétuité pour l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac, est mort le 21 mars 2021 après avoir été agressé par un codétenu de la prison d'Arles (Bouches-du-Rhône).
Article rédigé par franceinfo - Margaux Stive
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Des manifestants tiennent des portraits d'Yvan Colonna lors d'une manifestation à Ajaccio après la mort du nationaliste corse, le 3 avril 2022. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Le militant corse, condamné à la perpétuité en 1998 pour l'assassinat du préfet Erignac, est décédé il y a un an jour pour jour après son agression par Franck Elong Abé, un codétenu à la prison d'Arles. La commission d'enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les conditions de cette agression soupçonne un effacement de certaines données au sein de l'administration pénitentiaire.

>> Assassinat d'Yvan Colonna : défaut de vigilance, failles dans la vidéosurveillance… Ce qu'il faut retenir du rapport de l'inspection générale de la justice sur la prison d'Arles

Au cœur de ces soupçons des alertes faites la veille des faits, et qui ont mystérieusement disparu. Quelques heures avant l'agression d'Yvan Colonna, une surveillante de la prison d'Arles alerte sa direction sur le comportement de Franck Elong Abé, un vétéran du jihad. Jean-Felix Acquaviva est le président de la commission d'enquête parlementaire. D'après lui, deux observations majeures sont faites ce jour-là : "Une qui fait état d'une conversation entre trois détenus, dont Franck Elong Abé, où elle entend sans savoir identifier lequel prononce ces mots : 'Je vais le tuer.' Le deuxième élément, c'est toujours la même journée, un 'changement d'attitude et de comportement' de Franck Elong Abé qu'il faisait le vide dans sa cellule."

"Tout cela est très troublant"

Cette surveillante note le jour même ces observations dans un logiciel dédié aux détenus particulièrement signalés. Sauf que ces alertes, personne ne va les mentionner devant la commission d'enquête parlementaire. Elles n'apparaissent pas non plus dans ce fameux logiciel. D'après Jean-Felix Acquaviva, c'est même plusieurs semaines d'observations qui semblent avoir disparu des fichiers : "À compter du 29 janvier 2022 jusqu'aux faits, il n'y avait plus aucune trace d'aucune observation. Tout cela est très troublant."

"Tout cela ne peut qu'alimenter le fait qu'on essaye de cacher quelque chose. S'il y a eu effacement des données à travers 'le pourquoi ?', ça ouvre beaucoup de portes."

Jean-Felix Acquaviva, député de la 2e circonscription de la Haute-Corse

à franceinfo

Alors ces données ont-elles été effacées pour couvrir un manquement de l'administration pénitentiaire ? C'est aussi l'hypothèse que fait Sylvain Cormier. Il est l'un des avocats de la famille d'Yvan Colonna. "L'hypothèse que quelqu'un soit passée par là pour effacer les données est clairement plausible. Ça peut être une panique a posteriori, ça peut être beaucoup plus grave. Je pense que la commission d'enquête parlementaire a soulevé un lièvre sur l'hypothèse que Franck Elong Abé puisse être une source du renseignement pénitentiaire. C'est franchement une piste très sérieuse."

Une piste qui expliquerait le traitement de faveur accordé selon Me Cormier, à Franck Elong Abé en prison. Le fait par exemple qu'il ait pu travailler malgré sa dangerosité. Sauf que la réponse à cette question est couverte par le secret défense. Un secret qui doit impérativement être levé estime l'avocat. Il envisage de saisir la justice, la commission d'enquête parlementaire n'exclut pas non plus de possibles suites judiciaires.

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