VIDEO. "Cela a été un massacre total" : une indienne Pemón témoigne de la torture au Venezuela

À la frontière entre le Venezuela et le Brésil, les Pemóns sont les premières victimes de l'oppression de l'armée vénézuelienne.

RADIO FRANCE / FRANCEINFO

À Caracas, l'opposition vénézuélienne manifeste une nouvelle fois, vendredi 5 juillet. Cette semaine, l'annonce de la mort du capitaine de corvette Rafael Acosta a provoqué indignation et colère. Ce militaire serait mort après avoir été emprisonné et torturé. La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Michelle Bachelet a fait part de son inquiétude, mais ce n'est pas la première fois que des soupçons de torture et de violation des droits humains planent sur le régime de Nicolas Maduro.

Le 22 février dernier, alors que les caméras du monde entier sont tournées vers la Colombie, où l’aide humanitaire est en train d’être regroupée par les partisans de Juan Guaido, c'est à la frontière avec le Brésil que le gouvernement vénézuélien porte ses coups les plus violents. La communauté des Pemóns en a été la première victime. Au plus fort de la répression, près d’un millier de Pemóns ont trouvé refuge chez les Taorepangui brésiliens. La frontière n’existe pas pour ce peuple. Ils partagent le même territoire. Les Pemóns sont arrivés à pied à travers la forêt, chassés par l’armée vénézuélienne.

Nous on n’a pas d’arme. Eux, ils ont tiré avec des armes de guerre.

Patxi

à franceinfo

Le village brésilien de Taru Paru surplombe une épaisse forêt qui fait office de frontière naturelle avec le Venezuela. C'est à une heure de marche de ce village que Patxi, réfugiée Pemón vénézuélienne, a vu sa cousine s'effondrer devant elle : "Elle est morte sur le coup. Il y avait des militaires, mais aussi les collectivos [Parti qui soutient Nicolás Maduro], les paramilitaires ou encore des criminels sortis de prison. Il étaient tous contre nous". Ils se sont calmés quand les "jeunes ont commencé à envoyer les vidéos sur les réseaux sociaux".

Pendant plusieurs jours, les indiens de l'ethnie Pemón et les forces du gouvernement vénézuélien s’affrontent jusqu’à Santa Elena de Uairen, la première ville frontière à quelques kilomètres du Brésil. "Et là, cela a été un massacre total. Il y avait des tanks, des convois. Les soldats tiraient sur les gens dans la rue et récupérer les cadavres", raconte Patxi.

Les détenus torturés

Depuis ces évènements à Santa Elena, entre le 23 et le 27 février, 80 Pemóns sont toujours portés disparus. Boris, lui, a été détenu pendant 24 heures. Les militaires l'ont "électrocuté sur plusieurs parties du corps, sur la jambe. Ils [lui] ont étalé du piment sur le visage par vengeance", raconte-t-il. Selon lui, c'est parce qu'il est indigène.

L’objectif du gouvernement serait de prendre le contrôle de ce territoire. C’est ce que prétend Jorge : "On a toujours voulu être autonomes. On ne veut pas dépendre du gouvernement. Ça, ça ne leur plait pas." Dans cette région, "les sous-sols sont plein de minéraux. Il y a de l’or, du coltan, des diamants. C'est ce qui les intéresse pour faire des affaires avec les autres pays, comme la Russie ou la Chine", estime Jorge. En attendant, il n'est pas question de céder cette terre à Maduro et à ses alliés étrangers. La résistance, les Pemóns vénézuéliens, l’organise de l’autre côté de la frontière, chez les Taorepangi brésiliens.

Patxi, réfugiée Pemón vénézuelienne doit fuir son pays face à la répression de l\'armée.
Patxi, réfugiée Pemón vénézuelienne doit fuir son pays face à la répression de l'armée. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)