Venezuela : une inflation de 1 000 000% d'ici fin 2018 et une contraction du PIB de 18%, selon le FMI

Le Venezuela est dans une situation similaire à celle de l'Allemagne en 1923 ou à celle du Zimbabwe à la fin des années 2000, selon l'un des reponsables du Fonds monétaire international.

Des Vénézuéliens dans les rues de Maracaibo, le 19 juillet 2018.
Des Vénézuéliens dans les rues de Maracaibo, le 19 juillet 2018. (HUMBERTO MATHEUS / NURPHOTO / AFP)

L'inflation au Venezuela devrait accélérer de 1 000 000% d'ici la fin de l'année et le PIB du pays, en crise financière et humanitaire, devrait se contracter de 18% en 2018, selon des prévisions du FMI publiées lundi 23 juillet.

"Nous projetons une poussée de l'inflation de 1 000 000% d'ici la fin 2018, ce qui signifie que le Venezuela est dans une situation similaire à celle de l'Allemagne en 1923 ou à celle du Zimbabwe à la fin des années 2000", a commenté (en anglais) dans un blog Alejandro Werner, un des responsables du Fonds monétaire international.

Une fuite de la population vers d'autres pays

Il souligne en outre que les pays voisins risquent d'être de plus en plus exposés aux répercussions de l'effondrement de l'économie vénézuélienne. La pénurie de nourriture, les difficultés croissantes pour accéder aux soins de santé, à l'électricité, à l'eau, aux transports, combinées aux problèmes d'insécurité, ont fait fuir en masse la population qui se réfugie, notamment, en Colombie et au Brésil.

Le chef économiste du FMI, Maurice Obstfeld, avait observé la semaine dernière qu'il était difficile pour les économies avoisinantes d'accueillir les Vénézuéliens fuyant leur pays. "La langue n'est pas un problème, bien sûr, mais ces migrants doivent être absorbés" par les pays qui les accueillent, a-t-il expliqué. Ce qui représente un défi en terme de logements ou d'intégration au marché du travail.

Plus d'un million de personnes ont migré du Venezuela vers la Colombie au cours des 16 derniers mois, la majorité pour fuir la crise politico-économique, avait estimé le gouvernement colombien mi-juin.

La production de pétrole diminue

"Le Venezuela reste englué dans une profonde crise économique et sociale", a résumé Alejandro Werner. Et, en 2018, le pays pétrolier enregistrera une récession à deux chiffres pour la troisième année d'affilée, a-t-il précisé. La contraction du PIB devrait être pire qu'escompté au printemps (-3 points de pourcentage) et encore plus marquée qu'en 2017 (-16,5%) alors que la production de pétrole, principale ressource du pays, continue de s'effondrer, a-t-il commenté.

Le Venezuela tire 96% de ses revenus du brut. Or, sa production de pétrole s'est effondrée d'au moins la moitié en un an et demi, faute de liquidités pour moderniser les champs pétroliers. Et la production de brut a poursuivi sa chute en juin, à 1,5 million de barils par jour (mbj), soit son plus bas niveau en 30 ans, a aussi indiqué récemment l'Organisation des pays exportateurs de pétrole.

Le pays ne fournit plus de données économiques depuis plus de dix ans

Le FMI pointe, par ailleurs, la mise en circulation d'un nombre toujours plus grand de billets, ce qui alimente l'hyperinflation. L'exactitude des prévisions reste toutefois sujette à caution, le Venezuela ne transmettant plus de données à l'institution de Washington depuis plus de dix ans.

Début mai, le FMI avait ordonné à Caracas de lui fournir des données économiques fiables sous peine d'exclure le pays de l'institution dans le cadre d'une procédure de "censure". Le FMI, qui compte 189 membres, n'a pas pu effectuer de mission économique dans le pays depuis 2004. Il ne reçoit, depuis, que des données parcellaires.