Venezuela : quatre questions sur l'influence des Etats-Unis dans la crise

Les Etats-Unis ont très vite soutenu l'opposant Juan Guaido, président par intérim autoproclamé, face à Nicolas Maduro, le successeur d'Hugo Chavez. Pourquoi ce choix ? Explications.

Une femme marchant devant un écran avec le drapeau du Venezuela, lors d\'un meeting entre l\'autoproclamé président par intérim Juan Guaido, et des étudiants de l\'Université Centrale du Venezuela (UCV), à Caracas, le 8 février 2019. 
Une femme marchant devant un écran avec le drapeau du Venezuela, lors d'un meeting entre l'autoproclamé président par intérim Juan Guaido, et des étudiants de l'Université Centrale du Venezuela (UCV), à Caracas, le 8 février 2019.  (MARCELO PEREZ DEL CARPIO / ANADOLU AGENCY)

Autoproclamé président par intérim du Venezuela, l'opposant Juan Guaido a reçu le soutien, dès le 23 janvier, des Etats-Unis. Une cinquantaine de pays, dont le Canada et la France, leur ont emboîté le pas et ont reconnu le président du Parlement comme chef de l'Etat légitime pour organiser une nouvelle élection présidentielle, aux dépens de Nicolas Maduro. En réaction, la Chine et la Russie ont critiqué les "ingérences" des pays occidentaux dans les affaires du Venezuela et la Bolivie a même dénoncé "un coup d'Etat promu par les Etats-Unis".

Dans une interview à la chaîne CBS, dimanche 3 février, le président américain Donald Trump a par ailleurs affirmé que "toutes les options [étaient] sur la table" en réponse à une question sur une éventuelle intervention militaire au Venezuela. Ce à quoi l'opposant Juan Guaido a répondu positivement, se disant prêt, dans un entretien à l'AFP, vendredi 8 février, à autoriser si nécessaire l'armée américaine à agir pour forcer le leader chaviste Nicolas Maduro à quitter le pouvoir et mettre fin à la crise humanitaire. Une position qui interroge sur l'influence des Etats-Unis dans la situation vénézuélienne.

Comment les Etats-Unis mettent-ils la pression sur le Venezuela ?

Outre le soutien affiché au président autoproclamé Juan Guaido, les Etats-Unis ont annoncé des sanctions économiques à l'encontre du régime de Nicolas Maduro. Fin janvier, le secrétaire américain au Trésor a en effet gelé tous les actifs de Petróleos de Venezuela SA (PDVSA), la compagnie pétrolière détenue par l'Etat, si celle-ci ne transférait pas son contrôle "au président intérimaire ou à un nouveau gouvernement démocratiquement élu". Or les Etats-Unis sont le principal, voire l'unique, client du Venezuela pour le pétrole.

Comme l'explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialistes de l'Amérique latine, à franceinfo, ces mesures ne sont pas nouvelles. Elles existaient déjà en 2014 sous l'administration Obama, quand les relations entre les deux pays étaient déjà "difficiles". Selon lui, l'objectif des Etats-Unis est "d'écarter du pouvoir le président actuel, Nicolas Maduro".

Pourquoi Donald Trump souhaite-t-il le départ de Nicolas Maduro ?

Pour Jean-Jacques Kourliandsky, plusieurs raisons expliquent l'intérêt des Etats-Unis à ce que Maduro parte. La première, c'est "d'avoir à la tête de l'un des pays qui est l'un des principaux producteurs de pétrole du monde un gouvernement ami", explique le chercheur. D'après le rapport annuel de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) de 2010, le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde.

Or, poursuit le chercheur, ses alliés actuels sont "des pays qui ont des relations difficiles avec les Etats-Unis pour des raisons commerciales, économiques, comme la Chine, la Russie, la Turquie ou l'Iran". "Ce sont donc des éléments qui motivent la décision du président Donald Trump de forcer le chef d'Etat du Venezuela à partir", ajoute Jean-Jacques Kourliandsky.

Une autre raison, d'ordre idéologique, explique les motivations du président américain.

Donald Trump a besoin de se fabriquer un ennemi idéologique, donc ce que représente le courant bolivarien s'est substitué à ce que représentait l'Union soviétique.Jean-Jacques Kourliandskyà franceinfo

Et d'ajouter : "Il a utilisé l'argument pendant sa campagne contre les démocrates en disant : 'Si Hillary Clinton gagne, on aura le communisme et le Venezuela à la maison'."

Quels sont les intérêts américains au Venezuela ?

"Le fait est que le Venezuela est dans notre hémisphère, je pense que cela nous donne une responsabilité particulière", a justifié John Bolton, conseiller à la sécurité intérieure de Donald Trump. Selon Isabelle Rousseau, professeure au Centre des études internationale au Colegio de Mexico interrogée par RFI"les Etats-Unis veulent reprendre du terrain".

Depuis Bush, et encore plus depuis Obama, les Américains se sont désintéressés de l'Amérique latine. Et cela s'est fait au bénéfice de la Chine.Isabelle Rousseauà RFI

"Notamment parce que la Chine et la Russie – qui a du poids au Venezuela – sont considérées comme des rivales, donc c'est plutôt un problème géopolitique pour les Etats-Unis", ajoute la chercheuse. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le pétrole au Venezuela n'est "pas vital" pour les Etats-Unis : "Ce qui est vital pour Washington, c'est de reprendre la main sur la scène sud-américaine."

La menace d'une intervention est-elle réelle ? 

Pour Jean-Jacques Kourliandsky, il n'existe pas d'"éléments matériels permettant de penser que les Etats-Unis prépareraient une intervention militaire""Ce sont des informations qui sont dans la chaleur du moment", analyse-t-il.

Cela relève de la guerre psychologique. Faire planer une menace, faire pression. C'est aussi un moyen de réaffirmer son soutien au président autoproclamé rival du président Maduro.Jean-Jacques Kourliandskyà franceinfo

Une vision partagée par Isabelle Rousseau, professeure au Centre des études internationale au Colegio de Mexico. "A mon avis, c'est pour calmer le jeu du côté de Maduro, lui dire que si jamais il arrive quoi que ce soit à Guaido ou à ses proches, on est là, avance-t-elle. Mais c'est une arme dissuasive plus qu'autre chose." "On est actuellement dans un scénario de 'guerre froide'", décrypte encore l'auteure du livre Le chaos vénézuélien peut-il embraser la région ?.