Une femme candidate à l'archevêché de Lyon : "Ma candidature devrait libérer les femmes pour qu'elles osent dire : pourquoi pas moi ?", explique Anne Soupa

La théologienne de 73 ans souhaite donner de la visibilité aux femmes au sein de l'Église catholique en proposant sa candidature à la succession du cardinal Barbarin. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
L'archevêché de Lyon, place Saint-Irénée, le 1er juin 2016.  (JOEL PHILIPPON / MAXPPP)

Anne Soupa, bibliste, écrivaine et présidente du Comité de la jupe, se présente à la succession du cardinal Barbarin à l'archevêché de Lyon et est de ce fait la première femme à se proposer pour devenir archevêque dans l'histoire de la religion catholique en France. Elle explique lundi 26 mai sur franceinfo que sa candidature "devrait libérer les femmes pour qu'elles osent dire : 'Pourquoi pas moi ?'" et essayer de franchir "le plafond de verre", alors qu'elles sont "très bridées" dans l'Église actuellement.

franceinfo. C'est le pape qui choisit le nom du prochain archevêque de Lyon. Aucune femme n'a jamais été à ce poste dans l'Église catholique. Pensez-vous avoir une chance ?

Anne Soupa. C'est une candidature très sérieuse. J'ai beaucoup réfléchi, j'ai vécu à Lyon, j'ai une vision pour Lyon. Ce n'est pas une candidature fantaisiste du tout. Et surtout, surtout, c'est une candidature qui devrait libérer les femmes pour qu'elles osent dire : "Pourquoi pas moi ?". Ça me paraît essentiel. Les femmes sont très, très bridées dans l'Église catholique. Certaines ont des responsabilités, mais il y a toujours un plafond de verre et la meilleure preuve, c'est qu'il n'y a pas de femmes évêques. Alors pourquoi pas ? Il pourrait y avoir une femme évêque qui ne soit pas prêtre, même si le droit canon, le droit de l'Église l'interdit aujourd'hui. On a le droit d'évoluer. Il faut se mettre à jour. Je pense que la gouvernance de l'Église est fondée sur des bases trop étroites pour être vraiment solide.

Il faut élargir la base et il faudrait que des laïcs gouvernent l'Église, aussi. Et des femmes, pourquoi pas.

Anne Soupa, candidate à l'archevêché de Lyon

à franceinfo

Je ne suis pas prêtre, je ne suis pas religieuse. J'exerce des fonctions d'enseignement, d'animations de groupe, mais pas de responsabilités liturgiques. Je suis laïque, comme tout le monde, mariée. Je pense qu'imaginer un autre visage pour un évêque, c'est très très libérateur. C'est un souffle de nouveauté, c'est important.

Comme vous le dites, les femmes se confrontent à un plafond de verre dans l'Église catholique, voire à un profond machisme. Des personnes ont-elles essayé de vous dissuader de vous présenter ?

Moi-même [je m'en suis dissuadée]. J'ai eu peur. Pendant 24 heures, je me suis dit : mais quelle idée, il ne faut pas. C'est quelqu'un de mes proches qui m'a soufflé cette idée. J'ai laissé passer une nuit puis je me suis dit que c'était une cause juste. Il faut présenter cette candidature, il faut oser. C'est une manière d'ouvrir la porte pour d'autres après moi, et ça, ça me paraît essentiel. Il y a toujours un discours condescendant envers les femmes, qui ne prête pas attention à ce qu'elles font.

Souvent, les prêtres ne voient même pas la présence des femmes et elles ne sont pas bien traitées dans l'Eglise. Elles ne sont pas bien reconnues.

Anne Soupa, candidate à l'archevêché de Lyon

à franceinfo

Les fonctions importantes sont exercées par des hommes. Ce n'est pas sérieux de rester entre hommes. Il faut qu'il y ait des femmes à de vrais postes de responsabilités.

Vous vous présentez à la succession du cardinal Barbarin, qui a été accusé d'avoir caché les agressions pédophiles faites par le père Preynat. Pensez-vous qu'une femme n'aurait pas laissé passer ça ?

C'est toujours l'exercice de la différence dans l'Église. Quand on est entre personnes qui se ressemblent, quand ce sont tous des hommes qui sont tous des prêtres, alors c'est beaucoup plus facile de dissimuler. Quand il y a des gens différents qui viennent d'un autre monde, le regard n'est pas le même et on ne dissimule pas de la même manière. Donc, je pense que c'est très important pour lutter contre les abus, qu'il y ait des femmes responsables dans l'Église.

[Ma candidature à Lyon] n'est pas du tout un hasard. J'ai le soutien de La Parole libérée, l'association de victimes du père Preynat parce que l'association se rend bien compte qu'il faut élargir la gouvernance de l'Église. C'est l'entre-soi qui favorise [ces agressions sexuelles]. Il faut une ouverture de la gouvernance et il faut protéger les petits, c'est le premier rôle de l'évêque. Veiller à la doctrine et protéger les petits. Donc, je pense que ma candidature à Lyon a du sens.

Droit de réponse du cardinal Philippe Barbarin :

Contrairement à certains propos erronés tenus lors du journal de 8 heures du 26 mai 2020 de franceinfo, le cardinal Barbarin n’a jamais étouffé d’abus sexuels durant ses années d’exercice.

Par arrêt du 30 janvier 2020, la Cour d'appel de Lyon a d’ailleurs définitivement relaxé sur le plan pénal Monseigneur Barbarin. La Cour d'appel a notamment jugé que le délit de non-dénonciation reproché au Cardinal n’était pas constitué, ni dans son élément matériel, ni dans son élément moral.

Les juges ont ainsi relevé que :

  • Philippe Barbarin n’avait pas dissuadé la victime qui était venue le rencontrer de déposer plainte ; 

  • Cette victime l’avait ainsi reconnu dans un mail du 9 novembre 2015 adressé au cardinal après le communiqué de presse diffusé par l’archevêché le 23 octobre 2015 : "J’ai pu voir par la presse que vous aviez décidé de communiquer. J’avais reçu quelques jours auparavant un appel du commissariat de police de Lyon pour me prévenir que la procédure allait sortir dans la presse. De plus il m’a été dit que d’autres victimes auraient été trouvées et qui ne sont pas sous le coup de la prescription. Mes enfants en juin et moi-même vous avaient prévenu de notre démarche judiciaire et je sais que vous étiez supporter de ma démarche (je vous en remercie)."

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.