Cinq ans de pontificat de François : "Un pape évangélisateur, prophète, plutôt que grand administrateur"

L'historien des religions Jean-François Colisimo a indiqué, mardi sur franceinfo, que"le bilan du pape apparaîtra forcément mitigé".

Le pape François, au Vatican, le 11 mars.
Le pape François, au Vatican, le 11 mars. (FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

Le cardinal Jose Bergoglio est devenu le pape François il y a tout juste cinq ans. Jean-François Colosimo, historien des religions et directeur général des éditions du Cerf, a fait le bilan de ces cinq ans de pontificat sur franceinfo mardi 13 mars.

franceinfo : Le pape François a été élu sur une promesse, faire le ménage au Vatican, secoué par les scandales de corruption, a-t-il réussi son pari ?

Jean-François Colosimo : Le bilan apparaîtra forcément mitigé, parce que le pape François est un personnage irréductible à ceux qui voudraient se l'approprier. C'est l'homme d'aucun camp. C'est l'homme d'une conception éminemment prophétique de la papauté, d'une papauté simplissime, de la proximité, des pauvres, très engagée dans tout ce qu'il appelle les murs, les frontières, les remparts. Cet homme, qui a une allure réellement prophétique et qui a marqué de manière instantanée, pensait qu'il allait aussi être l'homme d'une réforme structurelle, de fond, quasiment technocratique voire bureaucratique. C'était peut-être se tromper sur le véritable élan qu'il pouvait donner. La preuve en est, c'est que la réforme de la Curie, le gouvernement du Vatican, a peu progressé.

Est-ce essentiellement par son style que le pape François a réussi à bousculer l'Église ?

Oui, parce qu'il n'était pas attendu véritablement sur le reste. Je pense qu'il a voulu révolutionner profondément les mentalités. On l'a vu avec le synode sur la famille, qui posait la question des amours irrégulières, si je puis dire. C'est-à-dire qui ne correspondait pas au modèle catholique parfait du couple hétérosexuel uni à l'Église. Il les a reconnus par une petite note où il permet aux prêtres d'accueillir tous ceux qui ne sont pas dans cet état présumé de perfection. C'est un grand politique, qui sait qu'il a affaire à la première organisation mondiale : 1,5 milliard de croyants. Il a voulu procéder en donnant des signaux pour qu'évoluent les mentalités. Il n'est pas dupe. Il sait qu'il ne suffit pas de réformer les organigrammes pour que les mentalités changent. Reste le grand sujet, celui qui fait scandale : la pédophilie. Il a voulu adopter une attitude tolérance zéro. Il a formé des commissions, dans lesquelles ont été invitées des représentants des victimes, voire des victimes elles-mêmes. Certaines sont parties, dénonçant la lenteur du processus. Mais les affaires sont complexes, à l'échelle d'une organisation planétaire qui est présente dans 200 pays du monde.

A-t-il des difficultés à trouver une position claire sur ce scandale de pédophilie ?

Je crois que jusqu'à son voyage au Chili, les affaires étaient conçues comme assez claires. Mais au Chili il a accepté d'être accompagné par un évêque qui est considéré comme ayant couvert peut-être des affaires de pédophilie. Cela a jeté un certain trouble. Ce qui est important, c'est que ce pape a réconcilié tous ceux qui ne sont pas chrétiens ou catholiques avec une certaine idée de l'évangile vécu. À cinq ans de pontificat, on peut demander où sont les résultats. Mais plus que les résultats, cette idée d'une réconciliation, avec les damnés de la Terre, les marges, les périphéries, est forte. C'est un pape évangélisateur, prophète plutôt que grand administrateur. D'ailleurs il n'a jamais été connu pour avoir cette qualité.