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Quatre questions sur l'inculpation de 12 agents russes pour le piratage du Parti démocrate américain

Cette inculpation, dans le cadre de l'enquête sur la possible ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016, intervient trois jours avant un sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine.

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Le numéro 2 du ministère américain de la Justice, Rod Rosenstein, le 13 juillet 2018, après une conférence de presse annonçant l'inculpation d'agents du renseignement russe pour le piratage d'ordinateurs du parti démocrate. (CHIP SOMODEVILLA / AFP)

Plus d'un an après ses débuts, l'enquête de la justice américaine sur les soupçons de collusion entre Moscou et la campagne de Donald Trump se poursuit. Vendredi 13 juillet, le procureur spécial Robert Mueller a annoncé l'inculpation de 12 agents du renseignement russe. Ils sont accusés d'avoir piraté les ordinateurs du Parti démocrate, et récolté des documents internes dont la mise en ligne avait secoué la campagne d'Hillary Clinton. Franceinfo vous explique ce que l'on sait de cette affaire.

Qui sont les 12 agents russes inculpés ?

On sait qu'ils sont tous membres des services de renseignement de l'armée russe, la GRU. La justice américaine identifie deux unités du GRU, l'une chargée du piratage et l'autre de la dissémination des documents, et nomme les officiers qui les dirigeaient. Pour commettre leur piratage, ils s'étaient cachés sous un pseudonyme de faux hacker, Guccifer 2.0.

C'est la première fois que le gouvernement russe est directement accusé par les enquêteurs. En février, le procureur Robert Mueller avait inculpé 13 russes et trois entités russes de tentative d'ingérence dans l'élection, mais il ne s'agissait pas d'agents étatiques. L'acte d'accusation affirmait que le groupe était financé par un allié de Vladimir Poutine, Evgueni Prigozhin.

De quoi sont-ils accusés ?

La justice les soupçonne d'avoir conduit "des opérations informatiques de grande envergure" à l'encontre du Parti démocrate, entre mars et novembre 2016. Selon l'acte d'accusation, ils se seraient introduits dans les ordinateurs de volontaires et responsables du parti, pour y implanter des programmes malveillants et dérober des documents internes.

Ils auraient également "organisé" la publication de ces documents "pour s'ingérer dans l'élection", se masquant derrière un site crée pour l'occasion, DC Leaks et le faux hacker, Guccifer 2.0. Ils sont aussi accusés d'avoir transmis les documents "à une autre organisation", que l'acte d'accusation ne nomme pas. Il pourrait s'agir de WikiLeaks, qui avait notamment publié 20 000 messages internes de responsables démocrates en juillet 2016.

Quelles ont été les conséquences de ce piratage ?

Elles sont discutées. Vendredi, le numéro deux du ministère américain de la Justice, Rod Rosenstein, a affirmé que "l'objectif" des agents inculpés "était d'avoir un impact sur l'élection", rapporte le Washington Post. Mais selon lui, "l'impact qu'ils ont pu avoir est une question de spéculation, ce n'est pas de notre responsabilité".

Le président du comité démocrate national, Tom Perez, qui a réagi sur Twitter en estimant que cette inculpation prouvait que "le gouvernement russe a attaqué notre démocratie en 2016", a souligné "à quel point cette opération était vaste".

Finalement battue par Donald Trump, Hillary Clinton estime, elle aussi, que ce piratage est responsable de sa défaite. En juin 2017, elle avait accusé l'équipe de Donald Trump et la Russie de s'être coordonnées pour faire dérailler sa campagne. Elle avait pris l'exemple des messages piratés du président de son équipe de campagne, John Podesta, qui avaient été diffusés par WikiLeaks en octobre. Une publication qui avait réduit l'impact médiatique de la publication, dans les minutes qui précédaient, d'une vidéo du candidat républicain tenant des propos obscènes sur les femmes.

Cette inculpation embarrasse-t-elle Trump ?

Toujours selon le numéro deux du ministère américain de la Justice, le dossier d'inculpation n'a pas démontré de collaboration intentionnelle entre des Américains et des agents russes. Une porte-parole de la Maison Blanche a immédiatement souligné "l'absence d'allégation sur une implication intentionnelle de quiconque au sein de la campagne [Trump] et l'absence d'allégation sur le fait que ce piratage ait affecté le résultat de l'élection, ce qui correspond à ce que nous avons toujours dit". Donald Trump estime toujours être victime d'une "chasse aux sorcières" dans cette affaire.

En revanche, le timing de cette inculpation est compliqué : Donald Trump doit rencontrer Vladimir Poutine en tête-à-tête lundi à Helsinki (Finlande), soit trois jours après cette inculpation de 12 agents russes pour le piratage du parti rival du président américain.

Les démocrates ont réclamé l'annulation de cette rencontre au sommet, et certains républicains ont également fait part de leur malaise. Comme l'influent sénateur John McCain, qui a suggéré à Donald Trump d'annuler la rencontre "s'il n'est pas prêt à demander des comptes à M. Poutine". "Je vais absolument et fermement poser la question" de l'ingérence russe, a assuré le président américain, qui a maintenu son entrevue avec son homologue russe.

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