"Corrompue", "dangereuse" : Hillary Clinton, la meilleure ennemie des républicains

Le parti républicain semble bien incapable pour l'instant de se rassembler derrière son candidat Donald Trump. En attendant, l'unité se fait contre la rivale démocrate, Hillary Clinton, cible de toutes les attaques, y compris les plus sexistes.

Une affiche met en scène Hillary Clinton derrière des barreaux, au premier jour de la convention républicaine à Cleveland (Etats-Unis), le 18 juillet 2016.
Une affiche met en scène Hillary Clinton derrière des barreaux, au premier jour de la convention républicaine à Cleveland (Etats-Unis), le 18 juillet 2016. (MAXPPP)

Au coin de Public Square, la place du centre-ville de Cleveland (Etats-Unis), le vendeur à la sauvette fait ses comptes. En pleine convention républicaine, mercredi 20 juillet, ce n'est pas Donald Trump qui fait le plus marcher les affaires ici. Aucun doute pour lui, le best-seller de la journée est un badge à l'effigie d'Hillary Clinton. Le message est explicitement sexiste : "Ne votez pas pour une s*****." Un autre compare l'ancienne secrétaire d'Etat à une commande chez KFC, la chaîne de restauration rapide spécialisée dans le poulet : "Deux grosses cuisses, une petite poitrine, une aile gauche."

La démocrate semble aujourd'hui indispensable au parti républicain, tant il est pour l'instant incapable de se réunir autour de la candidature de Donald Trump. L'unité se fait en réalité contre Hillary Clinton, devenue une sorte d'épouvantail pour la droite américaine, vilipendée pour sa gestion de l'attaque du consulat américain de Benghazi (Libye), en 2012, et décriée pour l'affaire de ses e-mails. Il suffit de se balader dans les allées du Quicken Loans Arena, la salle qui accueille la convention, pour s'en convaincre. A la simple évocation de son nom, les délégués sont unanimes : "Corrompue", "dangereuse", "menteuse".

Hillary Clinton "coupable" de tous les maux

A la tribune, la plupart des orateurs mettent en garde contre l'élection d'Hillary Clinton, qui reviendrait selon eux à offrir "un troisième mandat à Barack Obama". La charge la plus violente est venue du gouverneur Chris Christie, candidat malheureux aux primaires. L'ancien procureur a transformé son discours en réquisitoire contre la démocrate. Jugée "coupable" d'avoir négocié le traité nucléaire avec l'Iran, "le pire de l'histoire américaine""Coupable" d'avoir privilégie les dépenses de l'Etat plutôt que la création d'emplois… "Coupable" d'avoir menti au peuple américain… La liste des méfaits est longue et à chaque fois, la salle hurle son verdict.

La haine est telle qu'elle bascule parfois dans l'irrationnel. Sur Public Square, Jerry prévoit déjà de "déménager au Costa Rica" si elle est élue : pas question de vivre dans "une Amérique socialiste". Habitant de l'Arkansas, le fief de Bill Clinton, il est persuadé que l'ancien président est un consommateur de cocaïne et que la famille s'est toujours arrangée pour faire mystérieusement disparaître tout ceux qui ont enquêté d'un peu trop près sur leurs activités.

"Enfermez-là !", scandent les délégués

Autre opposant, Kyle Kleinhenz "n'oublie pas" Chris Stevens, Sean Smith, Tyrone Woods et Glen Doherty. Sur sa pancarte, le nom des quatre victimes américaines de l'attaque de Benghazi sont inscrites. "Hillary Clinton n'a rien fait pour nos soldats, elle a menti aux familles, accuse-t-il. Elle aurait pu envoyer des renforts, elle ne l'a pas fait pour des raisons politiques."

Un peu plus loin, Kenny Welch, 53 ans, ne digère pas l'affaire des e-mails. Pendant son passage au secrétariat d'Etat, Hillary Clinton a utilisé une adresse privée, plutôt que celle de l'administration. Plutôt ennuyeux à un tel poste, où l'on doit traiter avec des secrets d'Etat. Le FBI a enquêté et a conclu à la "négligence extrême" de la candidate, sans pour autant recommander de poursuites à son encontre. "Si vous ou moi avions fait pareil, nous aurions perdu notre job et nous aurions été incarcérés, assure le manifestant. Au minimum on aurait été inculpés."

Pour appuyer son message, comme de nombreux autres manifestants anti-Clinton, Kenny Welch porte un t-shirt édité par Infowars, un site "alternatif" à tendance complotiste. Le slogan est clair : "Hillary en prison." C'est d'ailleurs le même leitmotiv qui résonne désormais à l'intérieur de la Quicken Loans Arena. Dès que le nom de la rivale démocrate est cité, les délégués républicains se déchaînent en hurlant "Enfermez-là !".