Etats-Unis : le correspondant de France Télévisions raconte les coulisses de son reportage au cœur des violences au Capitole

Des militants pro-Trump refusant la défaite de leur président ont brutalement envahi le Capitole, mercredi, lors de la confirmation de l'élection de Joe Biden. Le journaliste Loïc de La Mornais était au cœur des événements avec son confrère Thomas Donzel.

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Propos recueillis par - Guillemette Jeannot
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Des partisans de Donald Trump prennent d'assaut le bâtiment du Capitole des Etats-Unis, le 6 janvier 2021 à Washington DC.  (SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

"Je n'ai toujours pas compris." Sur le terrain, Loïc de La Mornais, correspondant permanent de France Télévisions aux Etats-Unis, n'en revient pas de ce qu'il a vécu avec Thomas Donzel, le journaliste reporter d'images avec qui il fait équipe. Venus couvrir l'allocution de Donald Trump aux abords de la Maison Blanche, mercredi 6 janvier, ils se sont retrouvés au pied du Capitole pris d'assaut par des militants trumpistes refusant la défaite de leur président. 

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Au siège du Congrès se déroulait la certification de la victoire du 46e président des Etats-Unis, Joe Biden. Les plus fervents partisans de Donald Trump ont violemment interrompu ces débats, provoquant le chaos. Loïc de La Mornais revient pour franceinfo sur ce moment inimaginable qu'il a vécu de l'intérieur. 

Franceinfo : Avez-vous perçu les prémices de ce qui allait se passer un peu plus tard au Capitole lors du meeting de Donald Trump ? 

Loïc de La Mornais : Immergés dans la foule, Thomas et moi tournions un sujet pour le 20 heures. Il était environ midi quand Donald Trump a pris la parole. Dans la foule galvanisée, nous sentions que la tension montait en puissance. A la fin de son discours, le président a alors demandé à ses partisans de marcher vers le Capitole. C'était un message d'incitation à la violence clair et net.

Comment vous êtes-vous retrouvés sur les marches du Capitole, un lieu interdit d'accès en temps normal ?

Une fois le meeting terminé, nous sommes rentrés au bureau monter les images pour le 20 heures à Paris. A ce moment-là, nous avons entendu parler des premiers affrontements et de la situation qui commençait à dégénérer aux abords du Capitole. Rapidement, la décision a été prise de faire un direct pour le journal du soir au pied du Capitole. Durant la quarantaine de minutes de marche pour se rendre sur les lieux, nous avons croisé en sens inverse des milliers et des milliers de trumpistes qui quittaient la zone, ne se reconnaissant pas dans cet appel à aller marcher sur le temple sacré de la démocratie.

Nous sommes arrivés en même temps qu'une foule de supporters chauffés à blanc dans l'enceinte du Capitole. Avec Thomas, nous étions stupéfaits d'être là sans quasiment aucun policier à l'horizon. En temps normal, il est impossible de pénétrer dans un des lieux les plus sacrés des Etats-unis sans une accréditation. Or, nous nous sommes retrouvés au milieu de milliers de partisans pro-Trump hurlant aux sénateurs qu'ils étaient des traîtres et qu'ils leur feraient la peau avec des fourches. 

Etes-vous au courant à ce moment-là de ce qu'il se passe à l'intérieur du Capitole ? 

Au milieu de cette foule immense, nous avons aperçu quelques militants qui tentaient de forcer la porte d'entrée protégée par seulement deux ou trois policiers. Des grenades lacrymogènes ont été lancées, les gens sont devenus violents, mais nous n'en savions pas plus.

Nous recevions très peu d'informations de la part de notre rédaction et des réseaux sociaux car il n'y avait quasiment pas de réseau. C'est par des bruits de la foule que nous avons compris que certains militants avaient réussi à entrer et que le vice-président Mike Pence avait été évacué. 

Vous êtes-vous posé la question d'entrer à l'intérieur du Capitole ?

A ce moment-là, tout allait très vite. Avec Thomas, nous nous sommes demandé si, nous aussi, nous devions entrer dans le Capitole, car d'autres équipes de télévision l'avaient fait. Nous avons passé en revue toutes les options.

Mais y entrer, c'est un crime fédéral et notre visa risquait de sauter si nous étions pris par la police. Nous ne savions pas comment les forces de l'ordre allaient réagir sur le terrain et cela pouvait littéralement se transformer en bataille rangée. D'un autre côté, notre travail, c'est de couvrir l'événement. Et puis quelques policiers ont réussi à barrer la porte et la garde nationale a repris le contrôle de la situation. 

Comment s'est déroulé votre direct, dont les images sont assez folles ?

Il était environ 14h30, 15 heures [20h30-21 heures à Paris] quand nous avons commencé à faire notre direct au milieu des trumpistes. Nous étions sur les terrasses du Capitole, en plein cœur de l'action. La situation était tendue, j'étais en plein direct quand la police a commencé à nous évacuer manu militari. 

A ce moment-là, j'ai fait abstraction du danger potentiel, me concentrant sur quelques points essentiels. Tout d'abord, l'antenne, afin de tenir des propos construits et ne pas me laisser submerger par l'émotion. En même temps, je devais surveiller et protéger Thomas, qui avait un œil vissé sur l'objectif de sa caméra. Chargé comme un mulet avec tout le matériel, il ne voyait pas ce qu'il se passait ni derrière ni à côté de lui. Dans un mouvement de foule soudain, il pouvait tomber ou être agressé. Nous savions que les trumpistes n'aiment pas la presse et peuvent se montrer violents. Enfin, je surveillais tout le cordon de police qui était derrière moi et qui nous évacuait à coups de sprays lacrymogènes. 

"J'ai vraiment eu peur que la police américaine fasse son boulot à la matraque et que nous nous prenions un coup par derrière."

Loïc de La Mornais

à franceinfo

Heureusement, cela s'est relativement bien passé. Nous sommes rentrés après notre dernier direct à 18 heures sans être inquiétés par la police. 

En tant que grand reporter, aviez-vous déjà vécu ce type d'évènement ? 

Ce n'est pas la première fois que je vis des moments comme celui-ci. J'ai connu des retournements de foule avec la haine qui se déverse, notamment lors de la révolution égyptienne au Caire, au moment de la chute d'Hosni Moubarak, en 2011. A ma grande surprise, j'ai un peu vécu la même chose hier. Nous savions que Donald Trump était capable de manipuler les foules. Mais je ne pensais pas vivre cela au cœur de la capitale fédérale américaine.

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