Sommet à Hanoï entre Kim Jong-un et Donald Trump : trois raisons d'être optimiste (sans trop se faire d'illusion)

Les deux leaders politiques nord-coréen et américain sont réunis pour la deuxième fois. Voici ce qui pourrait faire qu'il en ressorte quelque chose.

 Donald Trump et Kim Jong-un, à Hanoï, le 27 février 2019.
 Donald Trump et Kim Jong-un, à Hanoï, le 27 février 2019. (SAUL LOEB / AFP)

Plus de huit mois après leur premier sommet à Singapour, qualifié à l’époque d’historique, Donald Trump et Kim Jong-un sont de nouveau réunis depuis mercredi 27 février à Hanoï, capitale du Vietnam. Ce deuxième sommet permettra-t-il d’obtenir des résultats concrets ? franceinfo a posé la question à trois spécialistes de la Corée du Nord : François Godement (historien et conseiller pour l’Asie de l’Institut Montaigne), Dorian Malovic (chef du service Asie à La Croix et co-auteur du livre Le Monde selon Kim Jong-un aux éditions Robert Laffont) et Antoine Bondaz (chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, enseignant à Sciences Po, co-auteur avec Benjamin Decoin de Corée du Nord : plongée au cœur d'un État totalitaire, aux éditions du Chêne).

1Avant le sommet d'Hanoï, il y a eu celui de Singapour

Le premier sommet, en juin à Singapour, avait débouché sur une vague déclaration sur la dénucléarisation de la péninsule mais sans véritables engagements concrets. L'enjeu était sans doute ailleurs : ce sommet de Singapour, "personne n'y croyait", rappelle Dorian Malovic. Et pourtant : "On peut dire que les objectifs de Singapour étaient flous, mais surtout suffisamment larges pour permettre d'avancer dans un sens ou dans l'autre. Le deuxième sommet est important, il va être même encore plus important. Si le premier sommet a été une façon de briser la glace entre deux ennemis, depuis 70 ans, cela n'est quand même pas rien."

L'enjeu est maintenant d'arriver à des résultats concrets. Pour François Godement, depuis Singapour, le climat a radicalement a changé. "Il y a une atmosphère de détente, c’est-à-dire que paradoxalement, à Singapour, on a promis la dénucléarisation rapide mais ce qu’on a eu c’est la détente par la dénucléarisation." Il s'agit désormais "d'institutionnaliser le dialogue, poursuit Benjamin Decoin, potentiellement avec l'ouverture de bureaux de liaison, une présence diplomatique américaine permanente à Pyongyang."

2Donald Trump a une idée derrière la tête : sa réélection

Donald Trump et Kim Jong-un n'arrivent pas à Hanoï avec le même agenda. Selon Antoine Bondaz, "le jeu que Donald Trump est en train de jouer, c'est un jeu avant tout politique, avant les élections de 2020, c'est à dire faire de la Corée du Nord un marqueur de son premier mandat et un succès diplomatique. La question est la suivante : ce sommet sera-t-il un succès en termes de communication politique ou un succès en termes concrets, c'est à dire une avancée vers la dénucléarisation."

"Donald Trump doit montrer qu’il est un homme d’État qui dénoue les nœuds gordiens que personne d’autre n’a dénoués, explique François Godement. Au fond la question, c’est de savoir s’il va empocher quelque chose, ou si, une fois de plus, les Nord-coréens vont avancer et obtenir un gain, ne serait-ce que de réputation." "Quoi que l'on pense de Donald Trump, son instinct, ou sa volonté, de s'affirmer comme le faiseur de paix sur la péninsule est en train d'avancer", conclut Dorian Malovic.

3Kim Jong-un arrive à Hanoï avec une marge de négociation : le nucléaire

"La Corée du Nord continue d'accroître ses capacités nucléaires et balistiques, rappelle Benjamin Decoin. Tout l'enjeu de ce sommet est donc d'obtenir par exemple le retour des inspecteurs [de l'ONU chargés de surveiller son programme nucléaire] et de s'acheminer, à terme, vers un gel des programmes, puis ensuite un début de démantèlement, mais cela viendra bien plus tard." "Il y aura probablement une déclaration qui va engager le leader nord-coréen à démanteler le complexe nucléaire de Yongbyon, dans le nord du pays, poursuit Dorian Malovic. Avec toutes les limites de ces promesses, c'est-à-dire sans vérification d'inspecteurs internationaux sur place, on aura du mal à savoir si le démantèlement sera complet, total." 

François Godement ne se fait pas plus d'illusion sur la fermeture de la centrale de fabrication de plutonium de Yongbyon : "Il faut se souvenir qu’elle a déjà été fermée plusieurs fois depuis 25 ans. Elle peut être fermée puis rouverte, il n'y a pour l’instant, pas d’irréversibilité." Et Benjamin Decoin rappelle que l'arsenal nord-coréen reste conséquent. "Les estimations varient, mais la Corée aurait entre 30 et 60 armes nucléaires selon les renseignements américains, des missiles de courte portée, moyenne portée et longue portée, explique-t-il. Au-delà de cet arsenal nucléaire et balistique, elle dispose d'un arsenal chimique, de l'artillerie conventionnelle... De quoi frapper les États-Unis, en théorie, mais surtout de quoi frapper le voisin sud-coréen, ou le Japon, et cela c'est dans l'intérêt des États-Unis de l'éviter."